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Un nouveau paradigme pour l'eau potable et l'assainissement (1) : un modèle non durable qui a atteint ses limites


Résumé général des cinq sections présentant un nouveau paradigme pour l'eau potable et l'assainissement (1-Un modèle non durable qui a atteint ses limites, 2-Les contraintes pour un nouveau modèle, 3-La description du nouveau modèle, 4-La réalisation et l'innovation technologique et 5-Les réalisations et expérimentations collectives récentes dans le monde) :

Les systèmes occidentaux d'alimentation en eau potable et d'assainissement des eaux usées domestiques ne sont pas durables(1). Ils constituent une véritable ineptie sur les plans techniques, énergétiques et écologiques. Ils ont, excepté pour les nappes exploitées presque entièrement pour l'irrigation, des impacts qualitatifs et quantitatifs sur la ressource en eau au moins aussi forts, sinon plus, que l'agriculture intensive. Malgré un avenir de fuite en avant technologique, énergétique et financière, que ce soit au niveau des techniques de traitement que de l'exploitation des eaux salées, ils n'offrent pas de garantie de protection de la ressource en eau ni de sécurité sanitaire. De plus, ils entreraient en dysfonctionnement grave si une grande partie de la population restreignait vraiment sa consommation d'eau. On ne devrait pas les exporter dans les pays pauvres du sud. Il est grand temps de les repenser complètement dans une approche interdisciplinaire et intersectorielle, et à la lumière des connaissances scientifiques les plus pointues sur l'eau et l'environnement.

Tout le modèle occidental repose sur deux piliers : la chasse d'eau et l'eau potable au robinet. Ces inventions du siècle dernier s'avèrent finalement stupides et irresponsables. Ce sont des leurres qui nous ont conduits dans des impasses écologiques et on s'y cramponne encore et toujours, sans jamais remettre en cause leur bien fondé.
Or au moins un nouveau paradigme, un modèle réellement durable existe, et il n'est sans doute pas le seul. Il est basé sur deux principes : traiter la pollution à la source et arrêter de gâcher les eaux souterraines profondes. Il repose sur deux piliers : la toilette sans eau et l'eau hygiénique au robinet. Il est adapté à nos pays et aux pays du sud, même et surtout avec la perspective du changement climatique. Il est entièrement respectueux de la ressource, des équilibres écologiques et de l'homme. Il prend en effet en compte : -les contraintes environnementales, dont la protection des milieux aquatiques et la valorisation agricole et énergétique des boues -les contraintes techniques, dont la réutilisation de l'infrastructure existante en l'état -et les contraintes humaines et financières, dont l'hygiène, la qualité de la vie, les coûts réduits et un accès décent à l'eau et à l'assainissement possible pour tous. Il permet de préserver les ressources profondes ou rares pour les générations futures et de laisser plus d'eau disponible pour le soutien des étiages et pour l'agriculture. Cette dernière doit devenir agroécologique partout avec interdépendance pour la gestion de l'eau et la réutilisation des boues issues des toilettes sans eau. Il redonne enfin à l'eau son rôle originel de lien social profond et devrait contribuer à établir la paix dans le monde, car l'or bleu va être de plus en plus à l'origine de conflits entre les pays.

Il faut se donner les moyens d'explorer ce nouveau paradigme. Cela demande : -de la volonté et de l'indépendance politique -un site expérimental -des entreprises motivées prêtes à s'investir dans l'innovation technologique -et des fonds internationaux.
Et cela demande surtout, selon les mots de Aimé Césaire : "la force d'inventer au lieu de suivre ; la force d'inventer notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l'obstruent".

Résumé de cette première section :
Pour une eau potable écologique et un assainissement écologique, il faut repenser complètement nos modèles occidentaux, dans une approche interdisciplinaire au fait des connaissances scientifiques et intersectorielle avec l'agriculture et l’industrie.


Nos modèles d'alimentation en eau potable et d'assainissement ont été inventés au siècle dernier sans contraintes écologiques. Ils sont énergivores, ont des impacts inacceptables sur la ressource en eau et entraînent les pays qui les utilisent dans une fuite en avant technologique et financière. Ce diagnostic est largement partagé : "le modèle occidental de gestion de l'eau n'est pas adapté au niveau de développement et il n'est pas la panacée(2)" ou encore "Le problème qui se présente en France est le manque de mesures par rapport à la pollution souterraine. On n'en parle pas suffisamment. Les eaux souterraines sont les ressources en eaux des prochains millénaires et on ne les connaît pas. En France comme ailleurs, on exploite donc encore très mal ces ressources. Dans 50 ans, si on continue comme ça, on peut craindre une pénurie nationale. La France devra alors s'asseoir avec les pays riverains pour trouver des solutions. La crise de l'eau est quant à elle commencée dans le reste du monde. Il faut aussi comprendre que le changement climatique entraîne l'appauvrissement de l'eau. Il existe des gestes simples (pour éviter cette pénurie d'eau en France). Le problème est qu'ils ne sont pas tous défendables politiquement car ils risquent de toucher des intérêts énormes. La production agroalimentaire serait à changer, il faudrait repenser toute la politique agricole, repenser le développement économique du pays. Mais vous imaginez la complexité que cela représente pour les hommes politiques et leurs intérêts ! Surtout en France, où il est difficile de bousculer les choses. Là est tout le problème"(3).

Dilution des rejets, pollution organique et contamination microbiologique des cours d'eau

Malgré tous les progrès techniques réalisés, nos systèmes d'assainissements(4) n'éliminent qu'une partie de la pollution organique et des microorganismes pathogènes(5) des effluents domestiques. Ils n'en n'éliminent pas non plus les microcontaminants toxiques comme par exemple les substances médicamenteuses ou les nanoparticules dont on commence seulement à découvrir les effets délétères sur les organismes aquatiques(6). Ils ont donc un impact très significatif. En France par exemple, l'essentiel de la pollution organique, la moitié de la pollution phosphorée et une grande partie des contaminations microbiologiques des cours d'eau proviennent des systèmes d'assainissement. La présence de pathogènes fécaux, même après traitement, empêche le recyclage des eaux usées et constitue un problème sanitaire grave dans les pays chauds.
Bien que l'essentiel de la matière organique, la moitié du phosphore et l'essentiel des pathogènes contenus dans les effluents domestiques proviennent uniquement de nos lisiers(7), ces derniers ne représentent qu'un centième environ du volume total des effluents domestiques. Le reste de la pollution des effluents domestiques provient des eaux de lavages dites "eaux grises", et contient essentiellement du phosphore et des tensio-actifs apportés par les agents lavant. Diluer d'un facteur 100 les substances polluantes avant de les traiter constitue une véritable aberration à cause du mauvais rendement épuratoire et de la consommation énergétique accrue. Cette dilution a lieu à l'intérieur des habitations suite au mélange avec les eaux des chasses d'eau et avec les eaux grises mais aussi à l'intérieur des réseaux d'assainissement suite aux entrées inévitables d'eaux de ruissellement des routes et à la collecte de rejets industriels et sauvages. A cette gabegie énergétique et écologique que constitue le fait de diluer la pollution avant de la traiter, s'ajoute l'aberration de l'introduction des papiers hygiéniques dans les effluents : chaque année en France par exemple, environ 800000 tonnes de papiers sont transportés, via les réseaux d'assainissement, jusqu'aux stations d'épuration. Autant d'énergie et d'arbres gâchés, alors que le bon sens voudrait qu'on les recycle directement. De plus, ces papiers séjournent dans les eaux usées et y relarguent des substances toxiques, qui s'ajoutent à tous les produits chimiques que l'on déverse dans les cuvettes des toilettes pour en éliminer la saleté et les odeurs, et qui se retrouveront in fine dans les cours d'eau.

Réutilisation problématique en agriculture des boues des stations d'épuration

Nos lisiers sont une source équilibrée d'azote, de phosphore, de potassium et de matière organique précieuse pour les sols agricoles ou forestiers. Mais les boues organiques produites à partir des effluents domestiques contiennent des substances toxiques (métaux lourds, hydrocarbures, etc.) suite à leur dilution dans le réseau d'assainissement. On ne peut donc pas les réutiliser sans danger pour les sols et la ressource en eau.

Fuite en avant technologique et financière

Si on veut prévenir une crise majeure de nos systèmes occidentaux d'alimentation en eau potable et d'assainissement, il va falloir faire des investissements financiers très lourds pour améliorer les performances épuratoires des stations d'épuration et réhabiliter les réseaux(8) : "pour le réseau d'assainissement comme pour le réseau d'eau potable, il n'existe pas de maintenance préventive ni de remplacement de conduite avant dégradation majeure. Si les collectivités locales ne peuvent pas réaliser un renouvellement préventif de ces réseaux, le risque pour que l'on arrive, à un horizon de 40 à 50 ans, en particulier pour l'assainissement, à une situation où l'ensemble des réseaux sera vétuste et déficient deviendra très élevé"(9). La vétusté des réseaux entraine une déperdition significative de pollution non traitée dans la nature et une désinfection au chlore accrue.
La pollution générale de la ressource en eau et le changement climatique entrainent une fuite en avant technologique et financière pour le traitement de l'eau potable et pour le traitement des eaux usées : il faudra éliminer de plus en plus de polluants et de micropolluants pour rendre l'eau prélevée réellement potable. Il faudra aussi épurer plus, voire confiner les effluents, pendant les périodes d'étiage et d'inondations qui vont se multiplier avec le changement climatique.

Gâchis de la ressource en eau souterraine

La qualité de l'eau du robinet ne semble pas en adéquation avec ses usages : pas assez bonne pour la consommation, mais trop bonne pour les autres usages domestiques et la plupart des usages industriels. Un français ne consomme au sens large(10) que quelques centièmes du volume d'eau potable qui entre dans son habitation. L'essentiel du volume consommé sert à la toilette, à la chasse d'eau, au lavage de la vaisselle, du linge, des sols, de la voiture, à l'arrosage du jardin, au remplissage de la piscine, à l'extinction d'incendies, etc. De plus, entre l'extraction de l'eau du sous-sol et son arrivée dans une habitation, il y a une perte d'exploitation de 20% à 40 % du volume prélevé, suivant l'état et la configuration des réseaux. Or l'eau brute destinée à l'alimentation en eau potable est extraite de préférence dans les nappes souterraines parce qu'elles sont de meilleure qualité que les eaux superficielles et nécessitent donc moins de traitement. La majeure partie des eaux souterraines exploitées sert d'ailleurs aux usages domestiques ou industriels, extraire l'eau d'irrigation des nappes profondes coûterait trop cher. Si bien que le niveau des nappes, même des nappes profondes, baisse, avec des conséquences déjà visibles ou à venir désastreuses sur leur qualité et sur leur capacité à réalimenter les écosystèmes aquatiques de surface en période d'étiage.
Fermer les forages les uns après les autres parce qu'ils sont trop contaminés en pesticides ou pollués par les nitrates, c'est une solution qui a ses limites... Il arrive aussi relativement souvent que, lorsque le débit d'une nappe souterraine baisse trop, on mélange les eaux souterraines de très bonne qualité avec des eaux de surfaces polluées pour que l'ensemble respecte les normes de potabilisation, et fournir ainsi aux habitants de l'eau potable de bien plus mauvaise qualité après traitement que l'eau initiale prélevée dans les eaux souterraines ! De plus, que signifie exactement le terme "potable", et a-t-on vraiment de l'eau potable au robinet(11) ?
Le gâchis, au nom de "l'eau potable au robinet" de cette ressource en eau faiblement renouvelable et qui reste pratiquement la seule de très bonne qualité est donc un véritable scandale écologique et humain qui prend toute sa dimension dans les pays pauvres du sud.
On se tourne à présent vers la ressource en eau salée, mais cette solution énergivore et dont l'ensemble des impacts écologiques sont encore mal appréhendés, ne peut en aucun cas nous dispenser d'une gestion réellement durable de la ressource en eau(12).

Aucune synergie avec le secteur agricole

Lorsqu'il y a des problèmes concernant l'eau, pollution ou pénurie, on pointe systématiquement le monde agricole. Mais les secteurs de l'eau potable, de l'assainissement et de l'industrie manufacturière sont tout autant en cause, aussi bien sur les plans qualitatifs que quantitatifs.
Les quantités prélevées récemment (hors eaux de refroidissement pour la production d’électricité) sont très parlantes :


On constate en effet qu'on ponctionne les eaux superficielles au moins autant, et même plus, pour l'eau potable et l'industrie(13) que pour l'irrigation, et qu'on ne ponctionne en outre les eaux souterraines pratiquement que pour l'eau potable et l'industrie. Il est bien entendu exact que, les prélèvements dans les eaux superficielles pour l'irrigation ayant lieu du printemps à l'automne, ils ont forcément un impact plus visible à court terme sur les écosystèmes que les prélèvements pour l'eau potable et industrielle qui sont étalés dans l'année. Il est exact aussi que l'eau pour l'irrigation s'évapore et donc disparait du compartiment des eaux superficielles. Mais les prélèvements dans les eaux souterraines pour l'eau potable et l'industrie vident et font baisser les niveaux des nappes concernées, si bien que, pour les nappes qui communiquent avec les eaux de surface, leur impact à plus ou moins long terme sur le régime des eaux superficielles est moins visible, mais sans doute plus fort et plus durable que celui de l'irrigation. Tous ces impacts sont en fait complètement interdépendants : plus on prélève pour l'usage eau potable dans les nappes, moins ces nappes seront capables d'alimenter les étiages en surface, et moins on pourra prélever pour l'irrigation en surface. De plus, les eaux prélevées dans les nappes ne sont pas restituées dans les nappes, mais à la surface, avec des court-circuits hydrauliques jusqu'aux océans. Elles disparaissent donc du compartiment des eaux souterraines.
La plus grande partie de la pollution des cours d'eau et des nappes superficielles par les nitrates et les pesticides est due à l'agriculture intensive. Mais les rejets des stations d'épuration urbaines et industrielles ainsi que les fuites des réseaux d'assainissement sont aussi responsables d'une partie non négligeable de la pollution par les nitrates et les pesticides(14), et surtout de toute la pollution par la plupart des autres substances toxiques, métaux lourds, PCB(15), HAP(16), médicaments, nanoparticules et autres micropolluants émergents.
Les pratiques aberrantes de l'agriculture intensive sont aussi responsables de l'érosion et de la perte de matière organique des sols, ajoutant ainsi à la dégradation générale des eaux superficielles et des eaux souterraines. Pourtant, on fabrique des engrais de synthèse et on ne valorise que très peu les boues des stations d'épuration dans les sols agricoles.

De nombreux autres exemples basés sur les données publiques disponibles sont présentés dans les 3 articles suivants : Aperçu de la pression sur la ressource en eau Micropolluants chimiques (1), Qualité générale (2) et Quantité (3).

Les exemples ne manquent donc pas pour montrer que nos modèles d'alimentation en eau potable, d'assainissement des eaux usées et d'agriculture sont très loin du bon sens écologique, et que toute démarche efficace de protection de la ressource en eau doit absolument les repenser de façon intersectorielle.


Notes

L'auteur présente et développe ici des idées qu'elle avait déjà commencé à publier de façon synthétique dans le dernier rapport quadriennal sur l'environnement dont deux extraits figurent en Annexe. Elles sont le résultat de nombreuses années de réflexion personnelle libre.
  1. Si la plupart des exemples sur l'état de la ressource en eau dans les pays de l'Europe occidentale sont choisis en France, c'est parce que l'auteur connait mieux cet exemple.
  2. Sunita Narain, semaine mondiale de l'eau en 2005
  3. Alice Auréli, journée mondiale de l'eau en 2008
  4. Les stations d'épurations des eaux usées domestiques et les réseaux d'assainissement
  5. Les microorganismes pathogènes sont principalement des virus et les coliformes et streptocoques fécaux
  6. Par exemple cet article du journal du Cnrs
  7. Les lisiers sont l'ensemble de nos urines et de nos matières fécales
  8. L'OCDE (04/12/2008) appelle à investir dans l'eau et l'assainissement
  9. Office International de l'Eau (2002) cité dans l'ouvrage collectif "L'environnement en France – Edition 2006" (Auteur : Anne SPITERI - Coordination : Ifen) Les synthèses de Ifen, Octobre 2006, p. 193-234.
  10. Pour la boisson, le lavage et la cuisson des aliments
  11. "Dans le cadre du "plan national santé environnement", à la demande de la DGS, les DRASS de Midi Pyrénées, Basse Normandie et Rhône Alpes, ont réalisé en 2006 et 2007, en collaboration avec les Agences de l'Eau Seine Normandie et Adour Garonne des campagnes de mesures de résidus de médicaments dans les eaux utilisées pour la production d'eau potable et dans les eaux potables. Elles ont porté sur 141 sites et ont permis de rechercher 76 substances. Les résultats corroborent ceux observés à l'étranger : une vingtaine de substances a été retrouvée dans les eaux potables au moins une fois à des concentrations variant de quelques nanogrammes à quelques centaines de nanogrammes par litre"
  12. Voir étude du WWF "Dessalement : option ou distraction dans un monde assoiffé ?"
  13. Les eaux industrielles, compte non tenu des eaux de refroidissement
  14. Les nitrates proviennent de l'oxydation de l'azote et les pesticides des usages non agricoles des particuliers et des collectivités
  15. Polychlorobiphényles
  16. Hydrocarbures aromatiques polycycliques

Annexe

Ci-dessous, deux extraits du Chapitre "l'eau" de l'ouvrage collectif "L'environnement en France – Edition 2006" Les synthèses de Ifen, 2006 (Auteur Anne SPITERI, Coordination Ifen), p. 193-234

Extrait 1 : « Perspectives : continuité ou changements structurels ?

" Les rejets des stations d'épuration des collectivités participent de façon significative à la pollution des cours d'eau : ils contribuent environ au cinquième de la charge azotée et à la moitié de la charge phosphorée véhiculées par les fleuves français. Les systèmes d'assainissement sont à l'origine de la moitié des contaminations microbiologiques recensées dans les eaux superficielles. Et malgré toutes les mesures et toutes les règlementations, seulement 68% des Step des grandes agglomérations(41) de la France métropolitaine ont des performances épuratoires conformes en 2003-2004. Avec le changement climatique, les étiages estivaux risquent d'être plus fréquents et plus sévères dans les années à venir, si bien que les rejets des Step devront subir des traitements plus poussés pour être tolérés par les milieux récepteurs, avec pour conséquence directe l'augmentation des coûts de l'épuration. Les boues produites ne se valorisent pas facilement dans l'agriculture à cause de leurs teneurs éventuelles en contaminants toxiques. En l'absence de maintenance préventive, l'ensemble des réseaux d'assainissement et d'eau potable risque fort de devenir vétuste et déficient dans 40 à 50 ans(42), avec un coût de réhabilitation prohibitif. Le tiers des volumes prélevés pour l'eau potable ne peut pas se faire dans une ressource de bonne qualité, et la qualité de la ressource se dégrade avec pour conséquence directe l'augmentation des coûts de traitement de potabilisation. Les prélèvements pour l'eau potable ne baissent pas(43) et 10 % des masses d'eau souterraines sont en déséquilibre quantitatif.
Pour l'agriculture, les démarches mises en place à l'échelle nationale et régionale, par les voies de l'incitation, de la règlementation ou du volontariat, commencent à modifier les pratiques et à porter leurs fruits, mais restent pour l'instant très insuffisantes. Sur le plan quantitatif, les activités agricoles sont à l'origine de la moitié des volumes prélevés hors refroidissement dans les eaux superficielles et de quatre cinquièmes des volumes consommés pendant la période estivale, avec pour conséquence un impact majeur sur les écosystèmes aquatiques. Leur taux de comptage est aussi très insuffisant. Sur le plan qualitatif, l'agriculture est responsable d'environ deux tiers de la charge azotée et du tiers de la charge phosphorée véhiculées par les cours d'eau. De plus, les nitrates et les pesticides sont omniprésents en zones de cultures intensives et difficiles à appréhender à cause de leur caractère diffus. L'agriculture intensive favorise l'érosion des sols et leur appauvrissement en matière organique, avec pour conséquence directe la dégradation de la qualité des eaux superficielles et des eaux souterraines.
Tous ces éléments conduisent à un constat de non durabilité. On constate une stabilisation des prélèvements pour l'eau potable et une baisse des dégradations causées par l'assainissement. Mais l'amélioration de l'état des milieux a atteint une phase asymptotique qui ne correspond pas au bon état des milieux aquatiques. Une question se pose : est-il possible d'améliorer ces résultats de façon significative en poursuivant dans la même voie ? Le réexamen des problématiques liées à des activités manifestement non durables semble inévitable à terme. Ce réexamen doit être effectué sans a priori et à la lumière des connaissances scientifiques actuelles sur le cycle de l'eau. Un certain nombre de pays dans le monde ont déjà entamé cette remise en question sur des sujets comme l'eau potable, l'assainissement et l'agriculture.

41 – Agglomérations de plus de 10000 habitants en zones sensibles et agglomérations de plus de 15000 habitants hors zones sensibles.
42 – On compte environ 800000 km de conduites pour distribuer l'eau potable, 250000 km de canalisations pour la collecte des eaux usées et 80000 km de canalisations pour la collecte des eaux pluviales. Environ 1 % des réseaux sont renouvelés chaque année. Selon une étude conduite par l'Office international de l'eau en 2002 pour le compte du Medd, "pour le réseau d'assainissement comme pour le réseau d'eau potable, il n'existe pas de maintenance préventive ni de remplacement de conduite avant dégradation majeure. Si les collectivités locales ne peuvent pas réaliser un renouvellement préventif de ces réseaux, le risque pour que l'on arrive, à un horizon de 40-50 ans, en particulier pour l'assainissement, à une situation où l'ensemble des réseaux sera vétuste et déficient deviendra très élevé".
43 – Et s'ils baissaient trop, la stagnation de l'eau dans les systèmes d'approvisionnement engendrerait des problèmes bactériologiques. Source : Agence allemande de Presse, juin 2005.
"


Extrait 2 : Eau potable, assainissement et agriculture : des pistes pour le futur

"Les progrès de l'industrie dans les domaines qualitatifs et quantitatifs proviennent essentiellement de la prise en compte des pollutions à la source et du recyclage des eaux de process grâce, en particulier, aux nouvelles technologies membranaires. Certains pays de l'Europe du Nord ou d'Asie, en voie de développement ou situés dans des régions arides, commencent à se pencher sur l'application de ces deux principes à l'eau potable et à l'assainissement. Le modèle occidental de gestion de l'eau a été conçu au siècle dernier, sans contraintes de durabilité. Il est à présent contesté : "Il n'est pas adapté au niveau de développement et il n'est pas la panacée" (Semaine mondiale de l'eau en août 2005). Les réflexions et les recherches se basent sur un constat de dilution des pollutions et de gâchis des ressources de très bonne qualité. Ce constat, décliné pour la France, est le suivant : 90 % de la pollution domestique en demande biochimique en oxygène (DBO5), demande chimique en oxygène (DCO) et azote, et 50 % de la pollution en phosphore proviennent uniquement des urines et excréments, eux-mêmes concentrés dans seulement 1 % du volume des effluents. L'essentiel de la contamination en germes pathogènes provient uniquement des excréments dont le volume ne représente que 0,1 % de celui des effluents. Seuls 3 % des 55 m3 d'eau potable consommés chaque année par un Français sont destinés à un usage alimentaire ou apparenté : boisson, lavage et cuisson des aliments. Les 97 % restant servent à d'autres usages qui n'ont pas la même exigence de qualité de l'eau : lavages corporels, lavages des sols, de la vaisselle, du linge et de la voiture, arrosage du jardin, remplissage de la piscine, etc.
Plusieurs pistes techniques émergent. Pour l'assainissement, il s'agirait de ne plus mélanger les urines et excréments avec les eaux de lavage ou "eaux grises", essentiellement chargées en tensioactifs et phosphates. Les lisiers humains pourraient être récupérés par une filière séparée (toilettes sèches par exemple) et traités par compostage de façon à produire des boues organiques valorisables sans risque(a) par la filière agricole. Les eaux grises nécessitent des traitements épuratoires moins coûteux que les effluents domestiques actuels et sont en grande partie recyclables après ces traitements. Pour l'eau potable, il s'agirait de ne prélever que les 3 % nécessaires du volume actuel dans les réserves d'eau souterraine de très bonne qualité(b). Les 97 % restants peuvent se contenter de la ressource superficielle de qualité moindre. La réduction de l'exploitation des eaux souterraines pour l'usage eau potable permettrait de préserver ces ressources faiblement renouvelables pour les générations futures. Elle permettrait aussi à ce compartiment de jouer son rôle de maintien des ressources en eaux superficielles, en particulier des débits d'étiages. Par des pratiques agricoles et des cultures adaptées, les sols végétalisés pourraient alors retrouver leur rôle de régulation des régimes hydrologiques et hydrogéologiques, et de prévention des pollutions des eaux superficielles et souterraines.

a – Car non mélangées avec les autres effluents responsables des apports en contaminants toxiques.
b – Les systèmes d'assainissement actuels pourraient être utilisés pour la collecte et le traitement des eaux grises nettement moins impactantes en cas de fuites. Les réseaux d'eau potable actuels pourraient être utilisés pour distribuer une eau répondant aux normes de potabilité pour la microbiologie, mais à des normes beaucoup moins contraignantes pour d'autres polluants comme par exemple les nitrates ou les pesticides. Cette eau proviendrait du recyclage des eaux grises complété par des prélèvements dans des cours d'eau ou des nappes superficielles de moindre qualité. L'eau potable proviendrait des nappes profondes de très bonne qualité et serait distribuée en contenants recyclables. Les hôpitaux, industries agroalimentaires et autres établissements qui ont des besoins en eau potable particuliers peuvent abaisser la teneur de l'eau en certains paramètres en installant des postes de traitement complémentaires.
"




Création : 27 août 2008
Dernière actualisation : 14 mars 2009

Commentaires (fermés depuis mars 2014)

Cyrille WWF, le 2009-09-24 17:28:15

Remarquables ces 5 articles "Un nouveau paradigme pour l'eau potable et l'assainissement", personnellement, j'adore ! : Concrètement cessons le fiasco actuel et mettons-nous autour de la table pour réfléchir à un nouveau modèle plus durable, même si nous n'avons pas tous, toutes les solutions. Posons les problèmes, et les coûts/efficacité et tentons de voir si ce modèle nous conduit vers une impasse à court/moyen terme (concrètement, il y a urgence : regardez l'état de certaines nappes phréatiques en France laminées en moins de 30 ans) ! Les efforts sont à engager d'urgence sur nos nappes profondes à préserver pour l'alimentation en eau potable de très bonne qualité ! Les propositions formulées peuvent rapidement être testées dans le cadre d’opérations pilotes ! Une question cependant, je n’ai pas vu ou mal apprécier la question du traitement du pluvial ! => Là encore pour le pluvial un nouveau paradigme est à envisager plutôt que le tout-tuyaux : des solutions existent actuellement, mais sont peu démocratisées et loin d’être mises en avant par les collectivités !

Webmaster, le 2009-09-25 07:44:48

Merci Cyrille pour toutes ces remarques encourageantes et constructives ! Je n’ai effectivement pas approfondi le traitement du pluvial. L’essentiel était de ne pas mélanger les apports des réseaux d’assainissement aux lisiers domestiques, et cela concerne aussi les eaux pluviales (eaux de ruissellement) chargées de toutes sortes de substances indésirables (hydrocarbures, métaux lourds, etc.) qui se mélangent de façon chronique ou accidentelle aux eaux usées.
Pour l’exemple de nouveau paradigme présenté ici, les eaux météoriques (moins polluées que les eaux de ruissellement) s’intègrent naturellement comme ressource en eaux de surface de moindre qualité avec les cours d’eau et les nappes de surface. Ces eaux météoriques pourraient donc entrer directement comme eau brute au niveau des stations de production d’eau hygiénique ou de façon délocalisée chez les industries et chez les particuliers, moyennant un poste de traitement pour la transformer en eau hygiénique si besoin. J’intègre tout cela dans les différents articles pour que chacun apporte là-dessus aussi des idées nouvelles.

Webmaster, le 2013-06-30 16:58:10

Cela fait plaisir… "Nouvelles solutions pour la crise de l’eau" (http://blog.mondediplo.net/2013-04-25-Nouvelles-solutions-pour-la-crise-de-l-eau). Extraits :

"Le paradigme traditionnel de la gestion de l’eau et de l’assainissement est à bout de souffle. La crise environnementale majeure qui affecte aussi la gestion de l’eau appelle l’émergence de nouveaux concepts et de nouveaux modes d’organisation décentralisée.
La crise de l’eau se manifeste sous différentes formes : le prix, la potabilité et la propreté sanitaire, l’utilisation généralisée de chlore, la pénurie pour certains et les inégalités de distribution pour d’autres, ce qui ramène de nouveau au problème du prix. Sur certaines îles dans les Caraïbes le mètre cube d’eau coûte l’équivalent de 12 euros. En Europe les factures pourraient atteindre un mois du salaire minimum par an.

Le paradoxe de Sachsenhausen
Dans certaines familles en Allemagne, la mentalité « verte » a conduit à l’adoption de mesures d’économie d’eau il y a déjà une dizaine d’années : prendre plutôt des douches que des bains, arrêter l’eau de la douche quand on se savonne, fermer les robinets quand on se lave les dents ou qu’on se rase, etc.
Dans le quartier de Sachsenhausen à Francfort, pionnier dans l’attitude écologique, (berceau du parti des Verts allemands), des effets paradoxaux se sont répétés : les économies d’eau dans les appartements ont comme conséquence que, sous terre, le débit est insuffisant pour transporter les résidus solides des eaux usées. Les tuyaux se bouchent. Les pompiers doivent injecter artificiellement de l’eau. Certaines sociétés de distribution d’eau en tirent argument pour communiquer sur le fait qu’économiser l’eau n’aide pas à faire baisser la facture globale. Il faudrait maintenant augmenter les tarifs pour l’assainissement. L’augmentation des coûts d’entretien, de réparation et même de re-dimensionnement des canalisations serait ainsi inévitable.

Eau et assainissement : un cycle non-dissociable
Les économies d’eau relient donc les services de distribution et d’assainissement, ce qui a conduit à la création des « petits cycles de l’eau » : de nombreuses expériences dans le monde testent les possibilités de recyclage des eaux usées. L’exemple le plus systématique est la presqu’île de Singapour qui voulait à tout prix trouver une solution à la dépendance du continent et de son voisin mal-aimé la Malaisie.
L’eau récupérée est si « propre » qu’elle est embouteillée et pourrait être vendue. Mais la barrière psychologique est jugée si importante que les stocks sont, pour l’instant encore, régulièrement vidés. Le marché n’est pas prêt. Il y a une aversion psychologique contre la réutilisation des eaux usées : on parle de facteur « beurk » ! Elle n’est pas justifiée, mais compréhensible. Les boucles sont fermées et ce qui se passe à grande échelle pourrait se faire à plus petite échelle, et peut-être à moindre coût, jusqu’à 80-90% de la consommation d’eau.

La qualité de l’eau
Le système « haussmanien » des réseaux collectifs ne pourrait pas garantir la qualité de l’eau sans l’utilisation du chlore. Les structures des tuyaux souterrains, en toile d’araignée, ont à chaque nœud majeur des petites « bombes », réglables à distance, qui injectent à intervalles réguliers des doses de chlore. Si, par exemple, le plan « Vigipirate » accroît ses niveaux d’alerte, ces doses sont automatiquement augmentées. Les canalisations sont souvent défectueuses : l’eau se perd. Chaque trou ou fissure est ouvert dans les deux sens. Le plus souvent, l’eau se perd, mais des bactéries et d’autres micro-polluants peuvent rentrer.
Il n’y a aujourd’hui pas d’alternative à l’utilisation du chlore pour obtenir une eau propre sous les grandes villes. Il y a des pays, même en Europe, où le niveau de chlore est si important que l’eau du robinet n’a plus la qualité d’une eau potable. La situation en Espagne est devenue comparable à celle de plusieurs pays, de l’Europe de l’Est, à la Turquie et à 70 % des pays de la planète. L’eau a l’odeur et le goût de chlore. L’eau du robinet est donc remplacée par de l’eau embouteillée.

L’eau embouteillée
La consommation d’eau embouteillée est une catastrophe écologique. Les bilans carbones et pollueur-payeur ne sont plus mesurables. Mais plus l’eau du robinet a un goût de chlore, plus la consommation d’eau embouteillée augmente. L’Italie et l’Espagne sont les champions de la consommation en Europe.
L’industrie de l’eau embouteillée a d’ailleurs commencé à faire la publicité des effets dangereux des sous-produits de la chloration : les trihalométhanes par exemple, font ainsi depuis peu l’objet d’une surveillance accrue. Plusieurs études ont prouvé leurs effets cancérigènes. La qualité de l’eau embouteillée est elle-même très variable, beaucoup de marques utilisant tout simplement l’eau du robinet, avec les mêmes dangers que pour toute eau stockée et exposée à la chaleur. Certaines sources sont considérées comme impropres, surtout en Amérique du Sud et en Asie.

Dégradation des rivières et des aquifères
Il faut développer des systèmes de contrôle plus systématiques des nappes phréatiques et des cours d’eau, qui sont déjà très chargés des pesticides de l’agriculture et des effluents de l’élevage des animaux (surtout des porcs).
La France est condamnée par la Cour de Justice de la Communauté Européenne pour un manquement à la Directives « nitrates » (CE 75-440) sur plusieurs rivières de Bretagne. Sont également visées par la Commission Européenne un grand nombre de stations d’épuration (et pas seulement en France), qui ne sont toujours pas au niveau des normes européennes.
De plus en plus, les effluents des stations d’épuration sont chargés de traces de substances « modernes » et non dégradables : les résidus corporels des pilules contraceptives (avec des effets sur la fertilité masculine), et d’autres médications de masse comme, par exemple, le Tamiflu à la suite de la grippe H1N1.
Dans certains pays européens les nappes phréatiques sont déjà exploitées d’une manière « sauvage », comme dans le Sud de l’Espagne. Toujours en Espagne, mais aussi en Grèce, des charges particulières comme les margines (résidus fortement toxiques de la production de l’huile d’olive) risquent de contaminer les nappes pour les générations futures.
L’irrigation « propre » (sans ajouts de pesticides) devrait être considérée comme un service rendu à l’environnement. Une rémunération partielle des paysans écologiquement responsables serait macro-économiquement moins coûteuse que le recours à ce qui est considéré comme la solution « miracle » pour les pays en manque d’eau propre : la filtration par des membranes et notamment les usines de dessalement.

La toxicité des boues
Les résidus solides des stations d’épuration sont très souvent séchés à ciel ouvert. Ainsi, ils sont exposés aux fortes pluies et risquent de se déverser d’une manière incontrôlable dans la nature.
Les déversoirs d’orage sont également très nocifs. La fermeture des plages dans certaines villes côtières après de fortes pluies (même dans une grande ville comme Marseille), est fréquente. Le problème des boues toxiques et non biodégradables atteint des dimensions préoccupantes au niveau planétaire.
Après l’interdiction du « tourisme des boues » à l’intérieur de l’Europe (par exemple en Bulgarie ou en Roumanie), certains pays n’ont pas développé de techniques de traitement primaire, et les problèmes s’aggravent. Certains pays risquent ainsi d’étouffer dans leurs boues. Il y a par exemple une île en face d’Athènes qui est fermée au public et qui a dû élargir le périmètre d’interdiction d’approche pour les bateaux. La toxicité des boues est devenue un problème majeur.
Pour certains spécialistes, ce problème, avec une dimension apocalyptique, n’est plus réversible. Pour la plupart des ingénieurs de l’eau des pays où l’assainissement reste embryonnaire, le seul modèle imaginable est le réseau collectif, comme celui développé en Europe depuis Haussmann, il y a 150 ans. Mais la multiplication des stations d’épuration traditionnelles en Chine et dans d’autres pays en Asie n’est plus gérable.

La désertification
La réponse au cri d’alarme de beaucoup de scientifiques quant aux graves risques d’instabilité des sociétés en développement du fait d’une urbanisation sauvage commence avec le traitement de la question de l’eau et de son assainissement.
A force de favoriser les monocultures, les sols atteignent un niveau d’appauvrissement (manque d’oxyde de fer) qui les rendront inutilisables pour les générations futures. La consommation d’eau pour l’irrigation est démesurée et elle vide et pollue les aquifères.
Les populations des villages abandonnent l’agriculture et se ruent vers les capitales. Les zones urbaines s’élargissent et des bidonvilles aux conditions sanitaires catastrophiques hébergent un sous-prolétariat urbain qui dispose, pour seul bien, de grands écrans de télévision ou de petits écrans de téléphone portable. Agressivité et illusions des belles images d’Hollywood et de Bollywood suscitent envies et jalousies, qui provoquent ensuite violences ou migrations de masse. Le retour sur les terres appauvries n’est plus possible. Et la désertification augmente dramatiquement.
Si cette nouvelle urbanisation atteint le niveau que connaissent les pays développés, à savoir 80%, la planète ne pourra plus nourrir ses 7 milliards d’habitants d’ici 2020 et les tensions sociales ne seront plus maîtrisables.
Envisager un frein à l’urbanisation sauvage ou un retour à la terre passera nécessairement par une réorientation de l’agriculture vers la biodiversité et les petites unités. Les structures de distribution des petites quantités d’eau disponibles et l’assainissement rudimentaire ne peuvent cependant plus s’inspirer des modèles centralisés. La récupération des eaux de pluies et le recyclage des eaux usées dans des systèmes individuels ou semi-collectifs à grande échelle est la seule solution. Chaque kilomètre de tuyaux superflu représente un risque.

L’eau et la santé publique
L’origine des réseaux de distribution d’eau et de traitement des eaux usées remonte à l’épidémie de choléra de 1832. Les risques de grandes épidémies sont maintenant éliminés en Europe et ils sont devenus épisodiques dans le monde. En revanche, les épidémies de diarrhée se sont généralisées. Il s’agit là d’une inégalité indigne entre pays du Sud et du Nord. Les diarrhées sont parfois mortelles pour les bébés et les jeunes enfants, et elles sont de plus un facteur central de la faiblesse récurrente des capacités de travail dans les économies de nombreux pays en Afrique, en Amérique Centrale et en Asie.
Pasteur disait que l’homme « boit 80% de ses maladies ». Même les pays riches ont encore des problèmes de santé publique liés à l’eau : ils doivent lutter contre la présence et la prolifération des légionelles et pseudomonas dans les établissements de santé les plus modernes, ainsi que dans les hôtels de luxe.
Le dernier décret français de la lutte contre les légionelles du 10 février 2010 oblige chaque exploitant recevant du public à faire des contrôles réguliers des installations d’eau chaude. L’omniprésence de ces bactéries, découvertes lors d’un congrès de légionnaires américains à la fin des années soixante-dix, a fait l’objet d’une attention adéquate des autorités sanitaires dans les pays du Nord. Mais dans les pays du Sud, ainsi que dans les pays de l’est ou du sud de l’Europe, comme en Italie et en Grèce, leur prise en compte est quasiment inexistante.

Epilogue sur la perte d’efficacité des antibiotiques
L’observation des capacités de mutation des légionelles (selon la température et le dosage de chlore) nous interpelle quant à la fin possible d’une médecine qui a jusqu’à présent fait confiance aux traitements antibiotiques des infections.
Le très renommé Paul Ehrlich Institut en Allemagne, spécialisé dans les traitements des personnes ayant des déficits immunitaires (sida, cancers), a ouvert une page internet : « Sujet explosif : les anti-bioticas ». Un nombre croissant de personnes deviennent en effet multi-résistantes à tous les groupes d’antibiotiques. Des études prouvent que leur sur-consommation peut amener à une immunité grandissante.
La consommation d’antibiotiques est différente selon les pays. Elle est, aujourd’hui, beaucoup plus importante en France qu’en Allemagne par exemple, selon un rapport de 1 à 4. Une étude récente, effectuée par des chercheurs suédois et la fondation Tour du Valat, en Camargue, a a identifié dans le milieu naturel des bactéries multi-résistantes (famille des e-coli), probablement échappées du milieu hospitalier.
Il faut faire face à cette question : serons-nous dans vingt ans dans une situation comparable à celle des pays qui ne peuvent pas traiter des infections avec des antibiotiques, non pas par manque de moyens, mais par manque d’efficacité ? Peut-être verrons-nous bientôt l’époque de l’usage des antibiotiques comme un petit chapitre (de 50-70 ans) de l’histoire, un chapitre avec un point final, comparable à celui de l’épuisement du pétrole, voire pire quant à ses conséquences.

Conclusion
L’eau est un bien sensible et doit être pensée comme un système fermé, un système en boucle. Adopter le principe de subsidiarité et essayer de gérer les boucles de façon plus locale ne constitue pas une panacée. Mais comme l’affaire du sang contaminé l’a illustré en France, une action publique plus locale réduirait cependant les risques d’effets catastrophiques, tout en accroissant probablement la responsabilisation des citoyens-citadins.
Dans les pays développés, il y a peu de chances qu’on adopte la stratégie proposée par le professeur Bunker Roy dans ses barefoot colleges, où l’on apprend à des femmes illettrées à installer et entretenir un système d’approvisionnement en eau avec des pompes solaires et des citernes d’eau de pluie. Mais il est temps de réfléchir à une recomposition de nos services publics, au moins à la périphérie des villes et dans les campagnes, en combinant les ressources des technologies autonomes avec les réseaux publics traditionnels, ne serait-ce que pour rendre l’infrastructure collective plus durable.
Il y a 5 millions de fosses septiques en France, et elles ne vont pas disparaître. D’autres pays pourraient s’inspirer des services publics de gestion semi-collective des fosses septiques qui ont été mis en place. Dans une vaste périphérie européenne, en dehors de la « banane bleue », les fosses septiques constitueraient ainsi un progrès considérable et moins onéreux que les réseaux actuels.
Pour l’eau du robinet, c’est la même chose : il y a encore de nombreuses populations non raccordées, de l’Irlande aux pays de l’Est, en passant par le nord du Portugal, la Galice, le sud de l’Italie etc. L’idéologie écologique de Sachsenhausen deviendra peut-être une solution crédible sur les plans économique et sanitaire.
C’est l’enjeu du concept de croissance verte tel que le développe en Allemagne ou aux Etats-Unis le rapport « Wasser 2050 », commandé par le gouvernement allemand à des chercheurs et représentants de l’industrie de l’eau. Le rapport évoque le chiffre de 480 milliards d’euros pour les besoins en « Decentralized Watermanagement » (gestion de l’eau décentralisée) dans le monde d’ici 2050.
Quoiqu’il en soit, pour 70 % de la population mondiale les systèmes haussmaniens des réseaux collectifs sont soit inapplicables soit simplement une option parmi d’autres. Selon « Wasser 2050 », seul un très grand effort mis en œuvre immédiatement pourrait permettre à l’Europe d’obtenir le tiers de ce chiffre de 480 milliards.

(* Peter Paulich, Blue District, Conseiller Coopération franco-allemande, German-French Working Group for Decentralized Watermanagement. Ce texte est la traduction par l’auteur d’une présentation effectuée en anglais au TEDxMunich en octobre 2012.)"

Webmaster, le 2013-07-05 08:19:39

Le rythme moyen du renouvellement des conduites d'alimentation en eau potable serait supérieur à deux fois leur durée de vie... "Eau: une association tire l'alarme sur l'état des canalisations" (http://www.20minutes.fr/planete/1184315-20130704-eau-association-tire-alarme-etat-canalisations). Extraits :
"Les canalisations d'eau en France nécessitent une rénovation d'urgence mais «personne» ne connaît leur état exact, alors qu'un état des lieux est obligatoire d'ici la fin de l'année, alertent jeudi 60 millions de consommateurs et la Fondation Danielle Mitterrand.
L'enjeu est de taille, avertissent les deux associations. Chaque année, 1,3 milliard de m3 d'eau sont perdus, 60% du réseau est constitué de matériaux (aciers, fonte et PVC) «pouvant représenter un risque sanitaire» et le retard pris dans le renouvellement risque d'alourdir la facture pour les Français.
«Or, la plupart des collectivités sont dans l'impossibilité de présenter ne serait-ce qu'un inventaire précis de leur réseau, pourtant obligatoire à la fin de l'année 2013», soulignent-elles dans un communiqué.
«Comment imaginer dans ces conditions que le réseau soit correctement entretenu alors que personne n'en connaît précisément l'état», poursuivent-elles.
Le rythme actuel de renouvellement moyen des quelque 850.000 km de canalisations en France est de 160 ans, 23% affichant même un taux supérieur à 500 ans.
4,5 milliards d'euros par an
«Or une canalisation a une durée de vie d'environ 75 ans», écrivent 60 millions de consommateurs et France Libertés, qui estiment la facture de la rénovation du réseau à 4,5 milliards d'euros par an sur la période 2015-2030."

Webmaster, le 2013-07-21 07:38:49

Le fait que les stations d'épuration ne peuvent pas traiter l'intégralité des eaux usées (dysfonctionnements, orages violents, etc.) peut aussi avoir des conséquences graves, cf. "New York: eaux usées et bactéries résistantes dans l'Hudson River" (http://www.20minutes.fr/planete/1190151-20130718-new-york-eaux-usees-bacteries-resistantes-hudson-river). Extraits :
"Les New-Yorkais et touristes tentés par un petit bain dans l'Hudson River pour se rafraîchir durant l'actuelle vague de chaleur vont devoir s'abstenir en raison de la présence de bactéries résistantes aux antibiotiques dans le fleuve, selon les autorités jeudi.
Des chercheurs de l'Université de Columbia ont mis en lumière la présence importante de ces bactéries dans l'Hudson River, qui coule sur la partie ouest de Manhattan.
Le déversement d'eaux usées sans traitement préalable directement dans la rivière est vraisemblablement à l'origine de la présence de ces organismes. Ainsi, se baigner dans l'Hudson n'a jamais été aussi dangereux.
«Si vous trouvez des bactéries résistantes aux antibiotiques dans un écosystème, c'est difficile de savoir d'où elles viennent, mais dans l'Hudson on pense vraiment que cela vient d'eaux usées non traitées», a déclaré Andrew Juhl, micro-biologiste de l'Université de Columbia.
Les militants écologistes affirment que des eaux usées sont régulièrement rejetées dans l'Hudson parce que les stations d'épuration ne peuvent pas traiter l'intégralité de ces eaux sales en certaines occasions, notamment lors des grosses pluies d'orage.
Les autorités municipales tentent d'améliorer la situation en installant des revêtements qui permettent à l'eau de s'infiltrer dans le sol, et en plantant de la végétation sur les toits des immeubles pour réduire les écoulements.
La diffusion de bactéries résistantes aux antibiotiques a notamment été mise sur le compte d'une trop grande utilisation de ces médicaments pour des infections mineures. Rien qu'aux Etats-Unis, 100.000 personnes meurent chaque année d'infections résistantes aux antibiotiques attrapées dans des hôpitaux."

Webmaster, le 2013-09-05 08:23:17

Le contenu de l'appel à projets lancé en juillet 2013 "Innovations et changements de pratiques : Lutte contre les micropolluants chimiques des eaux urbaines" (http://www.onema.fr/Appel-a-projets-Micropolluants-dans-les-milieux-aquatiques) est un bon révélateur de la frilosité vis-à-vis d'une remise en question réelle et profonde mais nécessaire de notre modèle complètement inadapté de gestion de l'eau. Extraits :

"Les micropolluants des milieux aquatiques sont des substances (résidus de médicaments, cosmétiques, détergents, pesticides urbains, polluants issus des matériaux, des revêtements urbains, hydrocarbures, plastifiants, contaminations métalliques, nanoparticules …) susceptibles d’avoir une action toxique pour l’homme et/ou les organismes aquatiques, même à des concentrations infimes."

"Face à la problématique grandissante des micropolluants, le Ministère de l’Ecologie, l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema) et les Agences de l’eau, en partenariat avec le Ministère en charge de la santé, lancent conjointement un appel à projets sur les moyens de lutter contre les micropolluants des eaux usées urbaines.

Quels types de solutions innovantes peuvent être soutenues ?
Changements de pratiques des usagers et des professionnels, collecte ciblée des déchets, rétention ou traitement avant rejet dans les réseaux collectifs, aménagements urbains pour la gestion du pluvial et des surverses de réseau, produits de substitution, méthodes de mesures des micropolluants et de leurs flux, etc…

Quelles sont les caractéristiques principales des projets attendus ?
-Avoir une dimension partenariale et être portés de préférence par une collectivité territoriale
-Pouvoir tester en conditions réelles, sur le terrain, la faisabilité des solutions
-Intégrer plusieurs dimensions de la gestion des micropolluants : diagnostic, prévention, traitements innovants des micropolluants, métrologie (science des mesures), acceptabilité des projets par la population
-Etre porteurs d’innovation dans le domaine technologique ou vis à vis du changement des pratiques de gestion et des comportements.
-Intégrer l’étude coût-efficacité des solutions envisagées et définir les conditions de réussite ou les indicateurs de performance."

Webmaster, le 2013-09-20 11:49:50

Il serait en effet peut être temps que l'on se rende compte que nos paradigmes passés sont à revoir, cf. "65 parlementaires demandent une réforme ambitieuse de la politique de l’eau" (http://www.eauxglacees.com/65-parlementaires-demandent-une). Extraits :
"« Le constat est désormais partagé par tous : le « modèle » de l’eau français inventé à l’orée des années 60 a permis d’importantes avancées, mais il est aujourd’hui arrivé au terme d’un cycle historique : la qualité de l’eau et des milieux aquatiques se dégrade, les pollutions se multiplient, les usages évoluent et les conflits qui s’y rattachent s’exacerbent. De nouveaux enjeux apparaissent : réchauffement climatique, risques émergents pour la santé, sécheresse, inondations, accès à l’eau pour tous…

Le XXème siècle fut celui des infrastructures et des réseaux. Le défi du XXIème siècle est celui de la protection de la ressource en qualité et en quantité. « L’eau facile est devenue fragile »."

Webmaster, le 2013-09-26 11:30:15

Et l'impact environnemental ? On n'a pas fini de découvrir toutes les conséquences d'un modèle scandaleusement aberrant, cf. "Drogues : les égouts révélateurs des habitudes de consommation des Français" (http://lci.tf1.fr/science/sante/drogues-les-egouts-revelateurs-des-habitudes-de-consommation-8274859.html). Extraits :
"Des chercheurs du CNRS ont analysé la présence de traces de drogues dans les eaux usées de plusieurs villes de France. Résultats : Lille serait la capitale européenne de la consommation de cocaïne et de cannabis. Les Montpelliérains auraient quant à eux un fort penchant pour l'ecstasy.
Dans une étude publiée début septembre, des chercheurs d'un laboratoire CNRS de l'université Paris-Sud ont analysé des échantillons d'eaux usés provenant de 25 communes françaises de 10.000 à plus de 100.000 habitants, à la recherche de traces de drogues. Le but initial : mesurer le taux de contamination des eaux par ces substances et son impact environnemental.
De fait, après consommation, des traces de drogues persistent après leur évacuation du corps et ces résidus atterrissent dans les égouts. Et selon l'étude, les Français habitant les villes étudiées consomment en moyenne beaucoup de drogues. Une donnée fondamentale quand il s'agit d'adapter les méthodes de retraitement des eaux usées contaminées.

Cartographique de la consommation de drogues
Mais il s'avère qu'en marge de l'impact environnemental, l'étude scientifique a également permis de mesurer le niveau de consommation de drogues propre à chaque ville. Et, in fine, il en ressort une cartographie des habitudes des Français en matière de substances illicites.
Premier enseignement, Lille serait championne du rail de coke : en effet, selon l'analyse, la consommation moyenne de cocaïne dans la métropole nordique s'élève à 1409 mg par jour et pour 1000 habitants. Un chiffre de consommation qui reste évidemment théorique, puisqu'il se base sur le taux de résidus réjetés. C'est en tout cas 10 fois plus que la moyenne nationale (130 mg/l/jour/1000 habitants) établie dans la même étude. Et ce chiffre constitue aussi un record d'Europe. A noter que Paris , Avignon et Montpellier tirent leur épingle du jeu lorsqu'il s'agit de "sniffer" avec une consommation de cocaïne atteignant 500 mg/l/jour/1000 habitants.

Consommation de cannabis plus forte en France qu'aux Pays-Bas
Autre information, rapportée par le site Docbuzz qui reprend les détails de l'étude, l'agglomération lilloise s'imposerait aussi comme un champion européen de la consommation de cannabis avec un taux 5 fois plus important qu'à... Amsterdam (selon une étude publiée en 2012). Un comble quand on sait que la consommation y est légale, contrairement à la France... Dans le détail, les Lillois en fumeraient 999 mg/jour/1000 habitants. Lille est suivie de près par Avignon, où la consommation de "shit" atteint aussi des sommets. L'étude démontre également que la consommation moyenne de cannabis en France dépasse celle des Pays-Bas.
Autre ville à se démarquer en France : Montpellier. Dans cette grande ville étudiante, c'est l'ecstasy qui est plébiscitée ; la concentration de traces de cette drogue atteint des sommets avec des taux cinq fois supérieurs à la moyenne française. A noter d'ailleurs que selon l'étude, cette drogue, dite récréative, est principalement consommée dans le Sud de la France. Enfin, dernier enseignement de cette étude : d'une manière générale et pour tous les types de drogues, la consommation a tendance à augmenter sensiblement le week-end.
A Lille, en tout cas, les résultats de l'étude font l'effet d'une bombe. Et, selon France Info, Martine Aubry a vivement réagi. Dans un communiqué publié après la diffusion sur France 3 d'un sujet sur l'étude, la maire de la métropole du Nord juge "scandaleux d'affirmer que les Lillois sont devenus les plus gros consommateurs de drogues en Europe !""

Webmaster, le 2013-10-09 08:25:41

Il est depuis longtemps plus qu'urgent de revoir notre logiciel de pression sur la ressource en eau, cf. "Evolutions observées dans les débits des rivières de France" (http://www.onema.fr/IMG/pdf/debits-des-rivieres.pdf). Extraits :
"Les situations de pénurie d'eau (étiages accentués en rivière, baisses soutenues de nappes phréatiques) font l'objet d'une attention croissante notamment en raison de l'observation de l’augmentation de déséquilibres en diverses régions entre ressources et usages de toutes natures. Ces déséquilibres, plus apparents encore à travers les sécheresses récentes - en dépit du retour d'années humides - risquent, pour une part au moins, d'être aggravés par les perspectives de changement climatique, mais aussi plus généralement de changement global (démographie, demandes agricole et énergétique, urbanisation...).
La France bénéficie d'un réseau de suivi des débits des rivières exceptionnel par son étendue et son ancienneté. Il a été possible d'analyser avec des outils mathématiques l'évolution sur ces quarante dernières années de caractéristiques hydrologiques fondamentales comme les étiages, le débit moyen (ou module), et les hautes eaux. Il en ressort des évolutions significatives sur certains territoires et pour certaines variables, allant globalement dans le sens d'une raréfaction de la ressource, et d'une aggravation des étiages."

">>Sévérité des étiages (déficit de volume)
Il existe une séparation nord-sud marquée, avec une tendance à l’aggravation de la sévérité des étiages dans plusieurs régions de la moitié sud de la France, notamment dans les Pyrénées, le Massif Central et le Jura, ainsi qu’en Aquitaine et sur le pourtour Méditerranéen. Les cours d'eau purement nivaux des Alpes et des Pyrénéees n'en sont cependant pas victimes. Les évolutions significatives de la sévérité des étiages sont bien moins nombreuses dans la partie nord du pays.

>>Saisonnalité des étiages (début de l’étiage)
Contrairement à la sévérité des étiages, l'évolution de leur saisonnalité n'a pas de structure géographique particulière. A l’échelle de la France, la tendance la plus marquée concerne le début de la période d’étiage, qui semble se décaler vers plus de précocité sous la moitié sud-est du territoire ainsi que sur quelques cours d'eau bretons. Ce décalage est moins marqué pour le centre de l’étiage, et devient peu significatif pour la fin de l’étiage.

>>Moyenne annuelle de débit ("module")
Aucune tendance significative n’est détectée sur le nord de la France. Par contre, on observe de nombreuses tendances significatives à la baisse dans la partie sud, et plus précisément dans les Pyrénées, les Cévennes et le Massif Central. Remarquons par contre que les changements ne sont pas significatifs pour les stations purement nivales des Pyrénées et des Alpes.

>>Hautes eaux (maximum annuel de débit)
Comme pour les indices décrivant les basses et les moyennes eaux, on peut distinguer une division nord-sud dans ces résultats : dans la partie nord, les tendances, bien que souvent non significatives, sont généralement positives. Plusieurs tendances cohérentes à la hausse peuvent notamment être observées dans le nord-est du pays. Inversement, les tendances sont généralement négatives dans la partie sud du pays, avec des regroupements cohérents de tendances à la baisse dans les Pyrénées ou le Massif Central."

"Au terme de cette étude, il apparaît clairement une tendance à la baisse de la ressource en eau de surface, et à l'aggravation des étiages sur de vastes portions du territoire (particulièrement la moitié sud, mais pas seulement). Contrairement à l'étude précédente (Renard 2006), ce signal est maintenant statistiquement significatif.
Si ce panorama connaît dans le détail des situations contrastées voire favorables, et bien que l’attribution au changement climatique ne soit pas établie, il n'en reste pas moins qu'il signe une situation de tension sur la ressource confirmant de nombreuses observations de terrain. Il confirme ainsi l'intérêt de mener des actions volontaristes de préservation de la ressource et d'économie d'eau, dans le cadre d'une gestion équilibrée garantissant de façon pérenne la préservation du bon fonctionnement des milieux aquatiques et la satisfaction des usages.
Il est clair que ces résultats n'auraient pas pu avoir cette robustesse sans l'étendue et l'historique exceptionnels du réseau hydrométrique français. C'est un véritable patrimoine qui doit être pérennisé si l'on veut pouvoir, à l'avenir, conduire à nouveau ce type d'analyse et mettre en place une véritable surveillance climatique des régimes hydrologiques. Les modalités de pérennisation du Réseau de Référence pour la Surveillance des Etiages (RRSE) restent encore à définir."

Webmaster, le 2013-11-25 09:01:02

En France aussi, les stations d'épurations n'ont pas été conçues pour traiter ces types de produits chimiques, cf. "Only half of drugs and other contaminants removed from sewage" (http://www.straight.com/news/535781/only-half-drugs-and-other-contaminants-removed-sewage). Extraits :
"That’s the finding of a new report by the International Joint Commission, a consortium of officials from the United States and Canada who study the Great Lakes. The impact of most of these "chemicals of emerging concern" on the health of people and aquatic life remains unclear. Nevertheless, the commission report concludes that better water treatment is needed. "The compounds show up in low levels—parts per billion or parts per trillion—but aquatic life and humans aren’t exposed to just one at a time, but a whole mix," said Antonette Arvai, a Windsor, Ontario–based physical scientist at the International Joint Commission and the lead author of the study. "We need to find which of these chemicals might hurt us."

More than 1,400 wastewater-treatment plants in the United States and Canada discharge 4.8 billion gallons of treated effluent into the Great Lakes Basin every day, according to the study. The scientists reviewed 10 years of data from wastewater-treatment plants worldwide to see how well they removed 42 compounds that are increasingly showing up in the Great Lakes. Six chemicals were detected frequently and had a low rate of removal in treated effluent: an herbicide, an antiseizure drug, two antibiotic drugs, an antibacterial drug, and an anti-inflammatory drug. Caffeine, acetaminophen, and estriol (a natural estrogen) also were frequently detected in sewage but had high removal rates. The wastewater plants had a low removal rate (less than a 25-percent chance of removing 75 percent or more) for 11 of the 42 chemicals. "The weight of evidence suggests that at least half of the 42 substances examined in the present study are likely to be removed in municipal wastewater-treatment plants," the authors wrote.

Previous research has linked other drugs in fish to slower reaction times to predators, altered eating habits, and anxiety. Triclosan, an antibacterial and antifungal compound found in some soaps, toothpastes, and other consumer products, has proven acutely toxic to algae and can act as a hormone disruptor in fish. Triclosan was found frequently, according to the new report, and plants had "medium removal efficiency". Also, the anti-inflammatory drug diclofenac bioaccumulates in fish, but its impact is unclear, said Diana Aga, a chemistry professor and researcher at the University of Buffalo who studies emerging chemicals in the Great Lakes. Aga said that even without knowing exact impacts, consistently seeing antibiotics show up in effluent is concerning. "Even at low levels, you don’t want to have people ingest antibiotics regularly because it will promote resistance," she said.

Chemicals showing up in wastewater effluent doesn’t necessarily mean they will be found in drinking water. But some studies have found prescription drugs in drinking water at parts-per-trillion levels. A federal study of 74 waterways used for drinking water in 25 states found 53 had traces of one or more pharmaceuticals. There are currently no federal regulations of pharmaceuticals in waste or drinking water. However, 12 pharmaceuticals are currently on the Environmental Protection Agency’s list of chemicals under consideration for drinking-water standards.

Most researchers expected that the large lakes would dilute pharmaceuticals quickly, but a study this summer found the drugs contaminating Lake Michigan two miles from Milwaukee sewage outfalls. It’s important to not place blame squarely on wastewater-treatment plants, said Michael Murray, a scientist with the National Wildlife Federation’s Great Lakes Regional Center who is on the IJC’s board. "They weren’t designed to handle these types of chemicals," Murray said. "And most municipalities in the Great Lakes are under tight budgets and they’re just doing what they can to meet requirements." Most plants use activated-sludge treatment, which uses bacteria to break down solids that come in from the wastewater. Since the chemicals come into the plants at such low levels, many of them readily break down, said Allison Fore, a spokesperson for the Metropolitan Water Reclamation District of Greater Chicago. Other newer technologies, such as ozonation or carbon filters, also are effective at removing pharmaceuticals and other new chemicals but are expensive, Arvai said."

Webmaster, le 2014-02-27 06:29:36

L'eau potable telle qu'elle est conçue dans le système actuel est une production purement industrielle, on pourra donc a priori toujours en fabriquer, mais à quel prix, pour nos budgets et surtout pour l'environnement ? Cf. "La bonne qualité de l'eau potable masque celle de la ressource, selon l'UFC-Que Choisir" (http://www.actu-environnement.com/ae/news/bonne-qualite-eau-potable-masque-qualite-ressource-ufc-que-choisir-pesticides-agriculture-20894.php4). Extraits :
"Si l'association l'UFC-Que Choisir salue la bonne qualité de l'eau potable pour 98% des français, elle alerte cependant sur l'état de la ressource et sur le coût des traitements nécessaires."

"Gestion de l'eau : un "modèle à bout de souffle"
Le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) s'interrogeait déjà en septembre 2013 sur la possible résolution de l'équation "difficulté de gestions grandissantes et baisse des budgets". Il avait quant à lui évalué le flux financier annuels pour la gestion du petit cycle de l'eau (Le cycle domestique de l'eau potable : captage, traitement, stockage et distribution et l'assainissement : collecte, épuration, rejet) à 17,2 Md€. Dans le même temps, plusieurs rapports d'évaluation de la politique de l'eau reconnaissent la nécessite de revoir un "modèle à bout de souffle"."

""98% des français bénéficient d'une eau de très bonne qualité, mais cette impression positive ne doit pas masquer d'autres réalités préoccupantes", pointe Olivier Andrault, chargé de mission alimentation et agriculture à l'UFC-Que Choisir, lors de la présentation à la presse, mercredi 26 février, de leur analyse "La qualité de l'eau potable en France : à vau-l'eau ? ". Pour l'association, ce bon résultat est principalement dû aux efforts de dépollution des eaux destinées à la consommation. Elle illustre ce constat en prenant l'exemple de la Bretagne. "Malgré la présence ubiquitaire des nitrates dans les rivières bretonnes, ils sont absents de l'eau du robinet, notamment grâce à la technique consistant à diluer les eaux polluées avec des eaux respectant la norme", dénonce t-elle. L'UFC-Que Choisir estime le coût de la dépollution au niveau national entre 640 et 1.140 millions d'euros par an. Dans sa présentation, l'UFC-Que Choisir souligne enfin que 1,48 millions de consommateurs reçoivent toujours une eau polluée."

"La pollution agricole reste la première cause de non conformité
La première cause de cette non conformité reste, selon l'association, une pollution d'origine agricole (63%). Les contaminations aux pesticides (60 % des pollutions d'origine agricoles), sont essentiellement relevées dans les grandes zones de production agricole (potentiellement 561.900 consommateurs) : le bassin parisien, le Nord, la vallée du Rhône et dans une moindre mesure dans le Sud-Ouest. La pollution aux nitrates est localisée dans le quart nord-est de la France (204.700 consommateurs) dans les zones de grandes cultures et de zones maraîchères (bassin parisien, Champagne-Ardenne, Nord-Pas-de-Calais). "Nous assistons à une fuite en avant : les engagements Grenelle 1 et 2 sur la protection des captages ne sont pas respectés", constate Alain Bazot, président de l'UFC-Que Choisir, il y a une course à la recherche de nouveaux captages". Selon l'association, chaque année 400 captages destinés à la fabrication d'eau potable, sont fermés, sur les 34.000 existants, notamment du fait de leurs teneurs en nitrates et pesticides. Autre contamination possible : le sélénium. "Dans les zones de fortes irrigations, le niveau des nappes peut s'abaisser et amener à forer de plus en plus profondément pour l'alimentation en eau ", souligne Olivier Andrault. Le sélénium présent dans les couches profondes de la couche terrestre est alors entraîné avec l'eau. Ce type de pollution se retrouve dans les zones de grandes cultures irriguées (Essonne, Eure-et-Loir, Indre, Indre et Loire, Loiret, Marne, Nord, Seine-et-Marne, Vienne). Elle concerne potentiellement 172.200 consommateurs. Viennent ensuite pour 33% des non conformités, des défauts de traitement de l'eau : contaminations bactériennes (380.000 consommateurs) et dépassement des teneurs en aluminium (110.000 consommateurs). 4% des cas seraient liés à la radioactivité naturelle des sous-sols granitiques (50.500 consommateurs)."

"Une progression significative des pollutions bactériennes
Pour obtenir ces données, l'association a réactualisé les données de sa précédente étude réalisée en 2012. Elle s'est basée pour cela sur des informations publiées sur le site du ministère de la Santé entre septembre 2011 et janvier 2014. Entre ces deux analyses, l'UFC-Que Choisir note "une progression significative des pollutions bactériennes qui augmentent de 12 points par rapport au précédent relevé, à l'inverse les contaminations pesticides et nitrates baissent de 6 points et les surdosages en aluminium de 1 point, alors que les contaminations en composés radioactifs et en sélénium sont stationnaires"."


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