Voir l'état des eaux et son évolution - rivières et aquifères

A partir des données brutes mises à la disposition du public, des citoyens élaborent et partagent une information indépendante sur l'état de l'environnement

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L'information libre sur l'état des eaux et des données sur l’eau


A l’aube du XXIe siècle, on s’intéresse beaucoup à l’eau sur la lune et au changement climatique, mais on ne connaît toujours pas vraiment l’état réel de la ressource en eau en France, aussi bien sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif. Et si on ne le connaît pas, c’est en grande partie parce qu’on le mesure mal.

On sait par exemple que les ménages, les industries et l’agriculture déversent des milliers de substances toxiques dans les cours d’eau. Et pourtant, la plupart de ces substances n'y sont pas recherchées, ou mal recherchées, ce qui revient au même.
Selon les données Agences de l'eau-OIEau disponibles en octobre 2009, on a quantifié des PCB dans les rivières dès 1976 dans l'eau (jusqu'à 1,93 µg/L de PCB totaux), dès 1981 dans les poissons (jusqu'à 18300 µg/kg de PCB DP5) et dès 1988 dans les sédiments (jusqu'à 1970 µg/kg de PCB 35). En 1998 par exemple, on trouvait des PCB partout dans les sédiments : jusqu'à 79 µg/kg de PCB 138 µg/kg en Rhin-Meuse, 100 µg/kg de PCB 138 en Adour-Garonne, 240 µg/kg de PCB 153 µg/kg en Seine-Normandie, 300 µg/kg de PCB 138 en Rhône-Méditerranée ou 460 µg/kg de PCB totaux en Artois-Picardie. La toxicité des PCB est connue depuis longtemps et a d'ailleurs conduit à leur interdiction il y a plus de 20 ans. La récente affaire des PCB dans le Rhône (Le Rhône pollué par les PCB : un Tchernobyl français ?) est révélatrice d'un dysfonctionnement grave au niveau de la connaissance et de l'information.
On a quantifié des nitrates dès 1971 (jusqu'à 82 mg/L en Adour-Garonne selon les données Agences de l'eau-OIEau disponibles en octobre 2009). On connait la responsabilité des nitrates dans l'eutrophisation des eaux côtières depuis les marées vertes des années 1970. On sait depuis longtemps que les matières organiques trop concentrées se décomposent en produisant de l'hydrogène sulfuré (H2S) malodorant, corrosif et surtout extrêmement toxique. Les égoutiers le craignent beaucoup. Les algues vertes qui se décomposent en masse sur les plages en produisent forcément. Ne pouvait-on pas prévoir ce risque depuis longtemps (voir par exemple Algues vertes : quand la mort d'un cheval fait bouger un Gouvernement!) ?
Tout cela ne montre-t-il pas que, deux décennies après Tchernobyl, les citoyens ne sont pas informés et/ou protégés en temps voulu ?

Quand elle n’est pas distillée de façon tronquée ou trop tard, l'information officielle sur l’état des eaux est si vague et si confuse que l’on est en droit de se demander à quoi ou à qui elle peut bien servir (voir par exemple Information ou désinformation sur l'état des eaux (2) : une information officielle indigente sur l'état chimique des eaux jusqu'en 2009) ?
La situation concernant l’information sur les pesticides dans les eaux est très bien décrite dans le document La curieuse méthodologie du rapport de l’Ifen dont un extrait : "Dans ces conditions, il est parfaitement impossible de déterminer s’il y a amélioration ou aggravation de l’état des eaux. On constate simplement un certain niveau de pesticides, qui évolue au gré des moyens accordés pour effectuer des analyses, et en fonction des stratégies de mesures et de détection. Un résultat un peu maigre pour presque dix ans d’efforts financiers du ministère de l’Environnement !".

L’eau est pourtant un compartiment majeur de notre environnement et c’est aussi une ressource vitale ! Il faut donc la protéger efficacement. Et cela ne peut se faire sans en connaitre du mieux possible son état. Cette connaissance est un enjeu énorme, comme l'actualité le montre chaque jour de plus en plus. Elle devrait être la plus performante possible, parce qu'elle est le fondement de toutes les actions de protection de la nature et parce qu'elle permet d'évaluer leur efficacité.
Comment vérifier par exemple que les mesures prises par les agriculteurs en faveur de la diminution des pesticides dans les eaux sont efficaces si on ne sait même pas mesurer et évaluer correctement cette contamination ?

Il est clair qu’à présent, les citoyens en ont assez de se faire balader et n’ont aucune raison de faire désormais confiance aux pouvoirs publics ! Quel élément nouveau pourrait-il nous faire espérer -que les Grenelles et la Directive cadre sur l’eau vont changer les choses ? -que l’état réel des eaux aura évolué significativement en 2015 ? -que l’on connaîtra enfin la contamination réelle des eaux par les pesticides, les PCB et autres toxiques ? -que l’on pourra boire l’eau dite potable ou manger des poissons en toute confiance ? -que les grenouilles auront arrêté de changer de sexe ? -que les marées vertes ne seront qu’un mauvais souvenir ? Que les nappes profondes auront retrouvé leur niveau piézométrique originel ? Etc.
Peut-on se satisfaire d’informations futures dans le genre "cette masse d’eau est en bon état chimique" quand on constate que l’état chimique ne prend en compte qu’un tout petit nombre des toxiques susceptibles d’être présents dans l’eau, avec en plus une méthode d'évaluation simpliste et inadaptée basée sur des dépassements de seuils arbitraires par des moyennes annuelles ou des concentrations maximales souvent calculées avec des données inadaptées (fréquence, LQ, etc.), et qu’il ne tient pas compte de la toxicité cumulée de toutes les substances (voir par exemple Comment Eau-Evolution évalue les contaminations chimiques et la toxicité et Petit lexique pour comprendre les données sur l’eau) ? C’est exactement comme si on faisait confiance à un thermomètre gradué à partir de 45°C pour déterminer si un enfant a ou non de la température…
Et de façon générale, peut-on se contenter d’indicateurs comme le "bon état" de la Directive cadre qui agrègent beaucoup de problématiques différentes de façon trop synthétique et qui sous-entendent souvent des appréciations ou des dérogations particulières ? De plus, le terme "bon" est un jugement de valeur conjoncturel relatif à une ressource déjà dégradée et ne correspond sans doute qu’à un état patrimonial réel médiocre, voire mauvais.

On ne peut plus donc faire confiance qu’à nous-mêmes pour faire évoluer les choses ! Il faut absolument faire pression pour que la ressource en eau soit beaucoup mieux surveillée et les citoyens informés de façon beaucoup plus pertinente. Les organisations de protections de l’environnement, collectifs d’usagers et particuliers, chacun agit à sa façon. Cette vitrine citoyenne sur l’état des eaux et des données sur l’eau s’intègre tout à fait dans ce dispositif en produisant une information libre sur l’état des eaux et des données sur l’eau.

Les données brutes relatives à l'état de l'environnement sont désormais accessibles au public (voir Les grands textes sur l'accès à l'information et la participation du public en matière d'environnement). C'est un progrès immense, beaucoup se sont battus pour cela, mais peu de citoyens en profitent au niveau de l’exploitation des données brutes. S’il est exact que, faute de communication suffisante, ces données brutes paraissent encore assez hermétiques, c’est pourtant un moyen de pression redoutable et certainement redouté !
Pourquoi se priver de la liberté d'aller les examiner à la source pour élaborer par nous-mêmes les informations synthétiques dont nous avons besoin et que nous ne trouvons pas ?
Nous avons souvent des formations mathématiques et statistiques au moins aussi développées que la plupart des professionnels qui sont chargés de traiter ces données, et en tous cas largement suffisantes pour élaborer de l'information pertinente avec un simple tableur comme Excel. Nous avons surtout du gros bon sens, nos ordinateurs personnels et une créativité débridée, sans aucun interdits ni censures.
L'usage effectif des données mises à disposition du public devrait aussi permettre l'amélioration de leur qualité et de leur accessibilité.

Eau-Evolution met à la disposition du public un espace participatif pour l’aider à appréhender et à traiter les données brutes de façon à produire une information indépendante sur l'état des eaux.
Cette vitrine est consacrée à l'eau douce continentale. On y parle de cours d'eau et de nappes souterraines, mais aussi des usages de l'eau et de tout ce qui concerne la vie aquatique et le cycle de l'eau.
Toutes les rubriques vous sont ouvertes. Vous pouvez poser des questions, commenter les méthodes et les résultats, expliquer certains résultats, proposer des analyses, des idées géniales, etc.

J'espère que vous y trouverez des réponses à vos interrogations dans le domaine de l'eau, et que vous découvrirez le plaisir inégalé de voir et d'extraire par vous-même des informations originales d'un gisement de données incroyable et encore bien inexploré.

Puissent les bases présentées dans cette vitrine aider chacun à consulter à l’avenir plus facilement les données brutes de façon à juger par lui-même de l’évolution des données sur l’eau et de l’état réel des eaux ainsi que de la pertinence des informations officielles communiquées à ce sujet.

Que les lecteurs qui s'empêcheraient de se lancer dans des calculs par crainte de commettre quelques erreurs se décomplexent : il est clair que les organismes officiels de l'information statistique n'ont pas de leçons à donner, au moins pour ce qui concerne le domaine de l'eau.
Prenons par exemple le chapitre "Eau" du "Rapport sur l'état de l'environnement en France - Edition 2006" publié par l'Ifen maintenant Soes (téléchargeable à l'adresse http://www.ifen.fr/acces-thematique/eau.html) :
Ce document publié en 2006 a été modifié en 2009, soit 3 ans après sa publication, avec la justification suivante placée en tête du nouveau document : "Ce document est une version corrigée en juillet 2009. Les corrections portent sur les données relatives à la qualité des eaux, hors pesticides, (p.209 à 213, 217, 219 et 223) qui étaient erronées."
Si l'on compare les deux publications, les corrections sont très lourdes : le nouveau chapitre a quatre pages en moins par rapport à l'ancien ! A l'exception des pesticides et d'un graphique de qualité pour les nitrates, toutes les cartes et graphiques montrant la qualité physico-chimique et chimique calculée avec le SEQ ont été supprimés, réduisant les paragraphes correspondants à des affirmations gratuites.
Le graphique de qualité pour les nitrates a été "corrigé" : le pourcentage des points qui ne sont pas en bonne qualité passe d'environ 50% dans la version initiale à environ 75% dans la version corrigée !
De deux choses l'une :
-Soit toutes les données brutes de qualité de l'eau depuis 1971 sont erronées ! Ce qui paraît invraisemblable.
-Soit, et c'est sans doute ce qui se cache dernière la justification laconique de l'Ifen, les calculs de qualité SEQ étaient erronés pour tous les paramètres sauf pour les pesticides ! Ce qui laisse une marge plus que confortable pour les citoyens qui pourraient eux-aussi faire quelques erreurs en traitant les données brutes !
L'exemple des publications récentes sur l'eau du SOeS (Information ou désinformation sur l'état des eaux (3) : les publications officielles du SOeS depuis 2009 sur l'état des eaux et ses tendances sont consternantes) est tout aussi édifiant à ce sujet.

Et si la qualité de l’information sur l’état patrimonial des eaux ne s'améliore pas rapidement, peut-être faudra-t-il aller plus loin que cette vitrine ponctuelle? En créant par exemple un institut indépendant pour l’information sur l’état réel des eaux. Cette structure proposerait un site d’information libre participatif qui serait alimenté par les travaux de groupes de bénévoles par exemple départementaux qui s’entraideraient pour traiter les données brutes publiques sur l’état des eaux.
Et peut être faudra-t-il faire la même chose pour l’état patrimonial de l’air, des sols et de la biodiversité ?

Mais peut-on dissocier l’évolution de l'état des eaux de celle de Homo sapiens ?





Création : 30 novembre 2009
Dernière actualisation :

Commentaires (fermés depuis mars 2014)

Jean Note, le 2013-02-13 12:20:19

Ce fayot de Jean Cense s'est pris la langue dans ses bottes en voulant faire plaisir à la webmestre. Je crois cependant déceler son intention de représenter le bon peuple :
- celui qui espère trouver ici un lieu d'échange avec les experts ;
- celui qui ne confond pas expert et initié ;
- celui qui aime mieux agir que militer ;
- celui qui a perdu l'illusion d'être le plus malin.
En quelque sorte, le bon sens, qui ne veut ni censurer ni encenser.

Donc, sur le patrimoine naturel, on est bien d'accord qu'il nous appartient. Et que nos représentants ne le gèrent pas en bons pères de famille.
On a compris qu'ils nous embrouillent. Que bientôt ils vont nous faire croire que ce patrimoine n'a jamais existé.

Mais notre compréhension a ses limites (d'ailleurs, ne voit-on pas celles de nos savants ?)
Il nous faut des règles simples. On est d'accord pour en changer à l'occasion. Surtout quand certains commencent à confondre gestion et propriété du patrimoine.
Jusqu'à présent, on croyait que nos grands esprits, nos représentants, voyaient plus loin. Que leur intelligence, jointe à notre clairvoyance quand nous les choisissons, donnaient un sens concret à "gestion patrimoniale."
On commence à admettre que leur principale compétence, c'est de nous manipuler. Que la complexité des connaissances scientifiques facilite la confusion entre expert et initié.
C'est dur pour nous de reprendre en main le patrimoine. On ne pourra plus éviter les devoirs qui vont avec.
Mais, en trente ans, on a bien arrêté de fumer ...


Webmaster, le 2013-12-21 11:52:05

"Recul des pesticides : les calculs biaisés du gouvernement" (http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/12/19/la-fausse-annonce-du-gouvernement-francais-sur-le-recul-des-pesticides_4337234_3244.html). Extraits :
"L'annonce avait été faite en grande pompe, le 9 décembre, par Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt. Devant la presse, M. Le Foll présentait une chute substantielle de l'usage des pesticides entre 2011 et 2012. Première traduction, selon le ministère, du plan Ecophyto lancé en 2008 à la suite du Grenelle de l'environnement, l'indice de recours aux produits phytosanitaires – dit NODU (pour « nombre de doses unités ») – marquait le pas, avec une baisse inédite de 5,7 %.
Selon nos informations, cette victoire ne tient qu'à l'utilisation de données obsolètes. Le recours aux pesticides se serait en réalité accru entre 2011 et 2012.
Le coup est d'autant plus dur que le recul annoncé de 5,7 % permettait d'atteindre une stagnation de l'usage des pesticides sur la période 2009-2012. Des résultats de toute façon largement en deçà de l'objectif du plan Ecophyto – une réduction de moitié du recours aux produits phytosanitaires d'ici à 2018. Et ce, alors que la France est déjà l'un des plus gros consommateurs au monde de pesticides et que l'Institut national de la santé et de la recherche médicale vient de publier une expertise collective concluant à la réalité des risques sanitaires – en particulier pour les personnels agricoles, mais aussi pour les populations vivant près des zones d'application."


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