Voir l'état des eaux et son évolution - rivières et aquifères

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Information ou désinformation sur l'état des eaux (3) : les publications officielles du SOeS depuis 2009 sur l'état des eaux et ses tendances sont consternantes


Résumé : Les publications récentes du SOeS sur l'eau sont absolument consternantes et décalées par rapport aux enjeux de protection de cette ressource patrimoniale et de la biodiversité. Elles constituent un camouflet sévère pour les sciences écologiques et statistiques. Aucune vue globale et des thématiques essentielles occultées. Des méthodologies d'un autre temps. Un étalage décomplexé de calculs triviaux et inadaptés, d'affirmations gratuites, d'imprécisions confusantes, de contradictions et même d'erreurs inacceptables. Ne soyons plus des lecteurs benêts des informations chiffrées officielles sur l'état de l'environnement et ses tendances !


Les enjeux d'une information robuste, fiable et circonstanciée sur l'état de l'environnement et son évolution sont immenses. Dans ce contexte, le chapitre "L'eau" du rapport "L'environnement en France" 2010 constitue un bilan officiel d'information sur l'état des eaux qui mérite à triple titre d'être analysé. C'est en effet le premier de ce type publié après le Grenelle de l'environnement, après la dissolution de l'Ifen et la création du SOeS, et réalisé avec les données issues de la surveillance de la Directive Cadre Européenne sur l'eau (DCE).

Le rapport "L'environnement en France" 2010 (150 pages) est donc le premier à avoir été publié depuis la réintégration de l’Ifen au sein de l’administration centrale (voir aussi l'Ifen et La maîtrise de l’information statistique). Il est sorti le samedi 5 juin à 13h30 à la veille de l'ouverture du mondial de football sans même de conférence de presse (Le Rapport sur l’état de l’environnement 2010 publié en catimini). Selon l’édition du quotidien Le Monde du 5 juin 2010, il "fourmille de données, et dresse le panorama le plus complet et le plus à jour de l'état des milieux naturels et des sources de pollution".
On peut lire dans l'avant-propos : "Afin de percevoir le mouvement et ses inflexions, le choix a été fait dans l’édition 2010 du rapport sur l’environnement en France d’asseoir les analyses sur des données bien assurées, des méthodes éprouvées et de privilégier le traitement de séries statistiques de long terme seules susceptibles de révéler les tendances lourdes" (5).
L'évaporation des trois quart de ses pages par rapport à l'édition précédente de 2006 (500 pages) est justifiée de la façon suivante : "Conçu pour servir une communication efficace, le rapport sur l'environnement présenté n'a pas une vocation encyclopédique. Sensiblement plus court que les précédentes éditions, le rapport 2010 n'en reste pas moins investi d'un souci de rigueur en termes de qualité des données mobilisées et de transparence sur les méthodes et statistiques employées. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication permettent d’accéder à des gisements de données et de tendre ainsi vers une information de plus en plus large. De fait, le rapport sur l'environnement 2010 se présente sous la forme d’une vingtaine de courts chapitres développant des problématiques thématiques clés dans le souci de rendre l’information, parfois complexe, la plus lisible possible" (5).
Le chapitre "L'eau" fait donc partie d'un Rapport 2010 assis "sur des données bien assurées, des méthodes éprouvées" et sensé "tendre vers une information de plus en plus large" pour nous donner "une perception suffisamment large et profonde des évolutions en cours" (5). Il est d'ailleurs introduit avec cette précision "Les programmes de surveillance liés à la DCE, prenant la suite et complétant des programmes antérieurs, ont débuté en France en 2007. Cette année constitue ainsi une année de référence" (6).

Cet article se base sur de nombreux exemples concrets pour montrer qu'en contradiction totale avec toutes ces affirmations, le chapitre sur l'eau 2010 est quasiment vide de tout contenu statistique sérieux, qu'il fourmille de chiffres inutilisables et de bêtises et qu'il dresse un panorama incroyablement réducteur, opaque et farfelu de l'état des milieux aquatiques et de ses tendances.

Comme la majorité du contenu chiffré du chapitre "L'eau" est extrait des autres documents publiés et/ou mis en ligne par le SOeS (Rubrique Environnement) en 2009 et 2010 sur l'eau, ce commentaire les prend tous en compte sous le terme "les publis SOeS" et concerne donc :
-Réf.1 : Les "Données essentielles", à la date de rédaction de cet article.
-Réf.2 : "Méthodologie de l’indice d’évolution de la qualité physico-chimique des cours d’eau", Juillet 2009, SOeS, 17p.
-Réf.3 : "La qualité des rivières s’améliore pour plusieurs polluants à l’exception des nitrates", SOeS, Juillet 2009, 4p.
-Réf.4 : "Évolution de la qualité des cours d’eau : volet macropolluants", Novembre 2009, SOeS, 51p.
-Réf.5 : "L'environnement en France - Edition 2010" – Avant-propos et Synthèse, Juin 2010, SOeS, 8p.
-Réf.6 : "L'environnement en France - Edition 2010" - Chapitre L'eau, Juin 2010, SOeS, 8p.
-Réf.7 : "Les pesticides dans les milieux aquatiques données 2007", Juillet 2010, SOeS, 50p. et données essentielles sur le site.
-Réf.8 : Les anciens bilans de l'Ifen "Les pesticides dans les eaux" parus de 2000 à 2007 mis en ligne sur ce même site.

N.B. : L'objectif de Eau-Evolution n'est pas de dénigrer ni de polémiquer, mais de contribuer le plus largement possible au développement et au partage d'un esprit critique et participatif dans le domaine de l'information technique environnementale. Pour cela, au risque d'en décourager beaucoup, il est nécessaire d'entrer dans les détails concrets des informations publiées, de les recouper et de les synthétiser. Il n'y a bien évidemment rien à croire dans les commentaires présentés dans cet article, mais tout à vérifier par soi-même. Clarifier le travail des autres sur la base de présentations méthodologiques souvent très confuses est un travail ingrat et difficile, avec des erreurs possibles, mais il faut néanmoins le faire : dans le cas présent, la critique relève du devoir citoyen. Le lecteur est vivement engagé à exercer lui aussi son esprit critique. Les éventuelles corrections ou précisions sont les bienvenues.

Ci-dessous, le plan synthétique suivi :
Analyse détaillée des publications
- Version très light pour les chapitre l'eau & Cie
- Comment les publis SOeS voient les nitrates dans les cours d'eau
- Comment les publis SOeS voient les nitrates dans les eaux souterraines
- Comment les publis SOeS voient les tendances pour les macropolluants dans les cours d'eau
- Comment les publis SOeS voient les pesticides dans les cours d'eau
- Comment les publis SOeS voient les pesticides dans les eaux souterraines
Bilan des méthodes statistiques des publis SOeS sur l'eau
- Un étalage décomplexé de calculs à la truelle, d'affirmations gratuites, d'imprécisions confusantes, de contradictions et même d'erreurs inacceptables au niveau d'un service statistique national
- Des méthodes d'un autre temps à base de moyennes et de pourcentages réducteurs, triviaux et inadaptés
- Quelques remarques sur l'effacement soudain du SEQ mais aussi des concentrations maximales sur lequel il était fondé
Conclusion : Incompétence ? Escroquerie statistique ? Ou les deux ?
- Aucune vue globale, des thématiques essentielles occultées et le reste n'est que du mauvais bavardage sur fond de méthodes statistiques triviales et de comparaisons de chiffres statistiquement incomparables
- Mais à quoi ou à qui ce simulacre de statistiques sert-il ?
- Une médaille pour le contenu des 8 pages du chapitre "l'eau" !

_______________ANALYSE DETAILLEE DES PUBLICATIONS_______________

VERSION TRES LIGHT POUR LES CHAPITRE L'EAU & Cie

Le chapitre "L'eau" est passé de 42 pages en 2006 (dans le document original et pas dans le document "corrigé" 3 ans après, voir Information ou désinformation sur l'état des eaux (2) : une information officielle indigente et décalée sur l'état chimique patrimonial des eaux jusqu'en 2009) à 8 pages en 2010, soit environ 81 % de pages en moins (on trouve aussi quelques données supplémentaires sur l'eau dans les autres chapitres aussi bien des Rapports 2006 que 2010). Il n'y a manifestement pas eu contraction des informations par rapport au document 2006, mais tout simplement élagage : ce sont des pans entiers d'informations importantes sur les états quantitatif et qualitatif des eaux et leur évolution qui sont passés à la trappe. Il manque par exemple dans le chapitre "L'eau", mais aussi dans toutes les publications connexes (réf. 1 à 8) :
-Un état patrimonial des eaux complet et global, même synthétique, pour l'année 2007 qui est une année de référence pour les données.
-L'actualité marquante de ces 4 dernières années sur l'état des eaux (le document étant quadriennal), avec en particulier les affaires, il est vrai peu flatteuses, des PCBs et des algues vertes.
-L'état des eaux sur les plans quantitatif et morphologique avec entre autres l'impact des prélèvements (sans rapport avec les quelques chiffres fournis sur les prélèvements), les bassins et nappes surexploités et leur évolution.
-Tous les micropolluants autres que les pesticides (métaux, HAP, PCB, autres micropolluants organiques comme phtalates, dioxines, PBDE, etc.) ainsi que les radioéléments.
-L'eutrophisation, microalgues et végétaux aquatiques.
-Les sédiments des cours d'eau, qualité et quantité.
-Les impacts du changement climatique sur l'eau, qualité et quantité.
-Les indicateurs biologiques, poissons, invertébrés, diatomées, etc.
-La toxicité des eaux et des sédiments, périodes critiques et impacts globaux sur la vie aquatique.
-L'état des eaux et les tendances dans les DOM-TOM (il n'y a en effet que très peu d'informations en dehors des cartes minuscules sur des moyennes de nitrates dans les eaux souterraines et les résultats synthétiques de la mise en œuvre réglementaire DCE).

En particulier, la logorrhée abominablement confuse intitulée "Phénomènes émergents" (6) en fin du chapitre "L'eau" ne peut faire illusion sur l'absence criante et injustifiée d'information chiffrée sur les micropolluants, métaux, HAP, PCB et autres micropolluants organiques mesurés qui n'ont rien à voir avec des "phénomènes émergents". Par ailleurs, si "qualité et quantité sont interdépendantes" (6), ce que disait d'ailleurs déjà en ces mêmes termes le chapitre "L'eau" 2006 qui publiait 6 pages rien que sur "Les aspects quantitatif et morphologique de l’état des eaux", pourquoi ces aspects ont-ils été réduits à leur plus simple expression (quelques chiffres disséminés dans le Rapport 2010 ou sur le site du SOeS) et non comme une des problématiques clés sur l'eau ?
De façon générale, on ne trouve aucune justification à l'absence de tous les thèmes cités ci-dessus. Doit-on en déduire qu'ils sont considérés comme du remplissage "encyclopédique" (5) et nullement comme "des problématiques thématiques clés" (5) ? Cette absence est d'autant plus inacceptable que les publis SOeS nous disent que 2007 constitue "une année de référence" (6) pour les données de surveillance des milieux aquatiques.
Le mode light ne concerne pas que la quantité des informations : la suite montre à quel point les "problématiques clés" survivantes, à savoir les nitrates, les tendances pour quelques macropolluants et les pesticides, ont été traitées par les publis SOeS de façon réductrice et inadaptée.

COMMENT LES PUBLIS SOeS VOIENT LES NITRATES DANS LES COURS D'EAU

Comment les publis SOeS évaluent la qualité annuelle/station

Les publis SOeS évaluent la qualité/station par une moyenne annuelle des concentrations mesurées en 2007. Selon ces publications, cette moyenne est pondérée (2) ou non par le temps (6). Elles exigent un minimum de seulement 4 (2) ou 6 (6) mesures/an/station.
Ces moyennes/station ne sont pas présentées point par point sur des cartes. Elles sont encore moyennées par Bassin Versant Rnde (2), pour les 55 BV Rnde métropolitains, ou par secteur hydrographique (6), pour les 187 secteurs métropolitains. Outre que les publis SOeS ne justifient en rien la représentativité hydro-spatiale de ces moyennes par bassin (BV Rnde ou secteur hydrographique), ces présentations biaisent l'aperçu à cause de la taille irrégulière des bassins et/ou de leur manque de pertinence vis-à-vis des milieux et des pressions. La carte par secteurs (6) indique par exemple 3 minuscules secteurs en Poitou-Charentes comme étant les plus pollués, mais on peut se demander combien de stations ces secteurs rassemblent, si on ne trouverait pas une multitude de tels résultats en redécoupant les secteurs plus grands, et quelle est la pertinence statistique et écologique d'une telle information ? Autre exemple : quel est le sens d'une moyenne rassemblant des stations de montagne et de plaine comme sur le bassin "Adour-et-Nivelle" de la carte par bassin Rnde ((3) et (4)) ?
Les publis SOeS présentent des chiffres nationaux avec des nombres ou des pourcentages de points selon certaines gammes de concentration mais sans préciser la représentativité hydro-spatiale de l'échantillon de stations étudié.
Elles nous annoncent que "13 des 1628 points de prélèvements présentent des concentrations moyennes en 2007 supérieures à 50 mg/l, seuil réglementaire de potabilité" (6), mais comme elles omettent de préciser que ce seuil réglementaire de potabilité s'applique aux concentrations maximales et non aux concentrations moyennes, cette information paraît tout à fait confusante et laisserait croire que la qualité relative à la potabilisation des eaux brutes serait meilleure qu'elle ne l'est.
Lee publis SOeS n'appliquent apparemment pas toujours leurs pondérations temporelles, sans toutefois expliquer pourquoi dans un cas elles les utilisent "pour compenser l’irrégularité des Analyses" (2) et pourquoi dans l'autre (6), alors que les données brutes sont identiques, il n'y aurait pas besoin de le faire.
Selon les publis SOeS, la moyenne nationale pour les nitrates en 2007 dans les cours d'eau est de 14,2 mg/L (4) ou de 16 mg/L (6). Dans ce dernier cas, elles ne donnent aucune explication sur la méthodologie utilisée pour agréger les données (pas de "panier" ? pas de "pondération" ?) ni sur ce décalage important au niveau d'une moyenne nationale.
Les méthodes d'évaluations des publis SOeS ne sont pas réglementaires : la Circulaire DCE n° 2005-12 du 28 juillet 2005 relative à la définition du "bon état" préconise en effet, pour les paramètres physico-chimiques de qualité de l'eau supportant la vie biologique, "Pour l’évaluation de l’état, la méthode de calcul du percentile 90 % doit être utilisée : essentiellement en raison du fait que la méthode des moyennes est moins pertinente car les organismes biologiques sont affectés par une concentration maximale, même si son occurrence est faible. De plus, cette méthode est en continuité avec les pratiques actuelles".
Mais les méthodes d'évaluation des publis SOeS n'en sont pas pour autant patrimoniales, justement parce que l'on ne s'intéresse qu'à des moyennes qui n'ont pas beaucoup de sens écologique ni aucune représentativité statistique avec 4 ou 6 mesures/an pour un paramètre si saisonnier que même 12 mesures/an (c'est-à-dire seulement 1 mesure/mois) n'autoriserait pas à calculer une moyenne pertinente. La pondération par le temps peut faire illusion mais ne compense en aucun cas l'absence de données (voir § "Quelques remarques sur l'effacement soudain du SEQ"). Ces moyennes/station ne donnent donc qu'un aperçu grossier et réducteur de la problématique des nitrates dans les cours d'eau.

Comment les publis SOeS évaluent les tendances

Pour chaque année de 1998 à 2007, les publis SOeS calculent des moyennes nationales des moyennes par BV Rnde ("pondération par la surface respective de chacun des bassins versant" (2)) des moyennes annuelles par station ("pondérées par le temps" (2)), en exigeant seulement 4 mesures/an/station.
Comme "le champ des stations est en constante évolution", les publis SOeS utilisent un "panier semi-évolutif" ("comme pour l'indice air") (2), c'est-à-dire qu'elles comparent d'une année sur l'autre les moyennes de moyennes de moyennes des stations présentes 2 années de suite. Mais en réalité, ce "panier semi-évolutif" ne résout en rien la problématique de la non-représentativité hydro-spatiale des échantillons de stations qui se poserait même si 100 % du territoire était couvert.
L'évolution de cette triple couche de moyennes de données éminemment saisonnières (cycles annuels et pluriannuels) et non-représentatives est en outre présentée en "indice de type chaîné", ce qui opacifie encore plus l'interprétation "l’indice ne donne pas de valeurs moyennes de concentration mais bien des indications d’évolution par rapport à une situation antérieure, la base 100 étant la valeur moyenne observée en 1998" (3). Et d'autant plus que "les évolutions des bassins à faible concentration peuvent être masquées" (2) et que "des évolutions locales peuvent se compenser" (4).
Et pour couronner le tout, l'année de référence de la chaîne, à savoir 1998, n'a pas été choisie pour ses conditions environnementales de référence par rapport à la qualité des eaux (insertion dans un cycle climatique pluriannuel), mais parce qu'elle est "l’année à partir de laquelle plus de 90% du territoire est couvert" (2), et cette justification non écologique peut causer des gros artefacts sur les tendances (voir § suivant sur la Bretagne). Au fait, que signifie "plus de 90% du territoire est couvert" en statistique non décomplexée des écosystèmes aquatiques ?
Les publis SOeS présentent aussi des indices chaînés par BV Rnde (4) "L’agrégation nationale est donc complémentaire d’une vue par bassin" (2). Mais ces indices locaux ont exactement les mêmes défauts de non représentativité des moyennes annuelles et des moyennes par BV Rnde. Il y a simplement une couche de moyennes et donc de non-représentativité en moins.
Quand l'évaluation de la qualité au niveau d'une station est si peu pertinente, qu'attendre de tendances qui sont des moyennes de moyennes à la truelle de ces qualités ? Ces tendances n'enlèvent pas les effets du contexte pluviométrique cyclique sur les concentrations et présentent une série d'années qui n'a pas été correctement replacée dans le contexte environnemental normalement beaucoup plus long pour l'eau. Sans compter la représentativité hydro-spatiale complètement occultée au niveau de chaque BV Rnde et traitée au niveau national de façon tout à fait inadaptée par une simple pondération surfacique (voir § "Comment les publis SOeS voient les tendances pour les macropolluants dans les cours d'eau").
Par ailleurs, même si la qualité des données au niveau national autorisait à calculer toutes ces moyennes et ces tendances, ce qui est loin d'être le cas même pour l'avenir, et même si la méthodologie était pertinente (représentativité temporelle, hydro-spatiale et climatique), n'évaluer des tendances qu'avec le point de vue de moyennes arithmétiques reste considérablement réducteur.

Comment les publis SOeS voient l'évolution des nitrates dans les cours d'eau bretons

Ci-dessous, un graphique Eau-Evolution pour montrer très schématiquement la quantité de données disponibles et ce qui s'est passé au niveau de la pluviométrie et des concentrations moyennes globales en Bretagne de 1989 à 2007 :


De façon synthétique et approximative puisque la quantité de données et leur représentativité est très variable, les années 1996 et 1997 (creux entre deux grands cycles hydrologiques pluriannuels) ont été sèches, en particulier en Bretagne. Les teneurs en nitrates qui étaient basses en 1997 ont brusquement augmenté en 1998 avec l'augmentation de la pluviométrie (par exemple, le débit annuel de la vilaine a plus que doublé entre 1997 et 1998). Les teneurs élevées de 1998/1999 ont ensuite rapidement rebaissé pour se stabiliser depuis environ 2002 malgré l'occurrence d'au moins un nouveau cycle pluviométrique (il semble qu'il y ait eu en réalité un mini-cycle de 2003 à 2005 et un début de cycle en 2006/2007). Pour plus de détails, voir les articles Les nitrates en Bretagne : bilan 2007 et évolution et La rivière "la Vilaine" à Rieux (2) : deux millions de tonnes de nitrates en trop déversés à l'océan depuis 1971.
Le graphique suivant publié par l'Observatoire de l'eau en Bretagne (ce document, voir original sur Evolution des concentrations en nitrates dans les cours d'eau bretons est reproduit ici pour faciliter la compréhension de l'exposé) et qui concerne aussi les concentrations moyennes annuelles montre une courbe similaire avec en particulier le pic de 1998 :



Les publis SOeS annoncent "La Bretagne, région longtemps pointée du doigt pour le haut niveau de pollution aux nitrates de ses eaux, commence à enregistrer des améliorations sensibles de ses eaux superficielles" (5). Pour appuyer ces propos, ces publis SOeS nous présentent -un graphique de tendances par BV Rnde de 1998 à 2007 ("Les nitrates de ces 4 bassins versants, très agricoles et très pollués en 1998, sont en baisse d’environ 20 % sur la période" (4)) -et une carte d'évolution des concentrations moyennes/station de 1997 à 2007 ("La tendance, sur la période 1997-2007, est à la baisse pour une grande majorité des stations, jusqu’à plus de 10 mg/l sur la période" (6)) qui paraissent en effet démontrer une spectaculaire "tendance générale à la baisse dans les cours d'eau" (6) de Bretagne.
Les publis SOeS mettent cette baisse en relation, non pas avec l'insertion particulière de l'année 1998 dans les grands cycles pluviométriques pluriannuels (elles ne présentent d'ailleurs aucun graphe pluviométrique sur la Bretagne, ni à court ni à long terme), mais avec l'amélioration des pratiques agricoles "la Bretagne se distingue avec les baisses les plus importantes, jusqu’à - 20 % depuis 1998, région où par ailleurs les apports azotés ont diminué de près de 30 % sur la même période" (4) ou "Les nitrates de ces 4 bassins versants, très agricoles et très pollués en 1998, sont en baisse d’environ 20 % sur la période. Les apports d’engrais azotés en Bretagne ont effectivement diminué depuis 1998, d’environ 30 %" (4) ou "Une analyse par type de bassin confirme la tendance à la baisse dans les bassins fortement agricoles. Cette évolution, la Bretagne en tête, fait suite à une diminution des intrants azotés" (3). Avec en outre une certaine contradiction interne car comment peuvent-elles expliquer la diminution rapide des concentrations moyennes après 1998 "La diminution se concentre bien souvent sur les premières années (de 1997 à 2002) pour se stabiliser ensuite" (6) par une décroissance des apports que l'on imagine régulière "depuis 1998 d'environ 30%" car sinon elles auraient dû préciser que cette décroissance se concentrait entre 1998 et 2001 ?
La problématique des tendances pour les concentrations en nitrates dans les cours d'eau est en réalité beaucoup plus complexe que le contenu des publis SOeS pourrait le faire croire. Et effectivement, les publis SOeS ont fait plusieurs raccourcis méthodologiques et d'interprétation grossiers qui invalident complètement les supports statistiques qu'elles présentent à l'appui de leurs affirmations.

D'abord l'année de référence 1998 choisie comme origine de leur graphique de tendance pour les bassins versants de la Bretagne (4) est en fait pratiquement le sommet d'un pic des concentrations lié au contexte pluviométrique pluriannuel particulier dans lequel elle s'insère (les publis SOeS avaient pourtant annoncé "privilégier le traitement de séries statistiques de long terme seules susceptibles de révéler les tendances lourdes"), indépendamment des variations des apports azotés. Cela signifie que les concentrations moyennes étaient plus basses en 1997 qu'en 1998 (les concentrations moyennes en 1997 sont d'ailleurs du même ordre de grandeur que celles rencontrés en 2007) et auraient diminué après 1998/1999 en relation directe avec le cycle pluviométrique pluriannuel, même si les apports d'azote n'avaient pas baissé. En commençant leur graphe de tendances en 1998 sur des critères de disponibilité des données (la quantité de données publiques parait pourtant du même ordre en 1997 qu'en 1998), les publis SOeS ne tiennent pas compte du fait que les variations de concentration des nitrates dans les rivières ont un lien direct avec les grands cycles pluviométriques pluriannuels. Difficile de croire qu'au niveau national "L'influence des conditions climatiques est également mise en évidence" (4) quand on voit comment ces publis SOeS les prennent en compte au niveau local sur la même période de temps…

Ensuite, la carte intitulée "Évolution des concentrations en nitrates en Bretagne entre 1997 et 2007" (6) pour les cours d'eau présente une "Évolution annuelle moyenne par station (mg/l)" qui a très probablement été calculée de façon tout à fait inadaptée (simple ajustement linéaire par station entre 1997 et 2007 ?) : car en zappant l'augmentation généralisée des concentrations entre 1997 et 1998, cette baisse généralisée des concentrations moyennes (seules 3 stations sur un total de 93 sont affichées en hausse) est une vue assez simplificatrice et simpliste des évolutions réelles des concentrations entre 1997 et 2007 (une méthode "éprouvée" ?). D'ailleurs pour cette carte, les publis SOeS ne précisent pas comment elles ont calculé les "Évolution annuelle moyenne par station", mais pas non plus si elles ont exigé une fréquence de mesure minimum pour calculer leurs moyennes annuelles, ni si elles les ont pondérées.
N'importe quelle évaluation un tant soit peu sérieuse des tendances entre 1997 et 2007 aurait dû prendre en compte le pic des concentrations de 1998/1999. Car il n'y pas eu de baisse généralisée des concentrations moyennes entre 1997 et 2007 comme le montre la carte des publis SOeS, mais simplement un pic des concentrations moyennes lié à la pluviométrie. La "baisse pour une grande majorité des stations, jusqu’à plus de 10 mg/l sur la période" a commencé non pas en 1997 mais seulement après l'augmentation généralisée et rapide des concentrations à partir de 1998 ; cette "baisse" n'a fait que ramener les concentrations moyennes de façon assez stable depuis 2002 au niveau où elles étaient en 1997 avant le pic ; elle paraît concomitante non pas avec les 10 années de réduction progressive des engrais de 1998 à 2007 mais avec les 3 années de fin du cycle pluviométrique pluriannuel initié en 1998.
Ci-dessous, quelques cartes et graphiques Eau-Evolution pour illustrer très schématiquement ce qui s'est passé au niveau des concentrations moyennes/station en Bretagne entre 1997 et 2007 (les positions des stations sont approximatives sur ces graphes Excel) :











Le graphique suivant, qui présente l'évolution des concentrations moyennes globales en Bretagne de 1989 à 2007, montre combien il est imprudent de calculer des tendances de façon simpliste, en amalgamant sans discernement beaucoup de phénomènes concomitants parfois complexes et en commençant les séries temporelles n'importe quand :



Si bien que la "tendance générale à la baisse dans les cours d'eau" pour la Bretagne, outre le fait que cela ne pourrait de toutes façons concerner que des moyennes annuelles puisque les publis SOeS ne s'intéressent pas aux concentrations maximales, ne peut en aucun cas, si elle est réelle, se déduire des bases statistiques présentées par ces publis SOeS à la fois dans leur graphique des tendances tronqué au sommet du pic en 1998 et dans leur curieuse carte d'évolution entre 1997 et 2007.
Si les indices de tendance pour les BV Rnde de la Bretagne (4) avaient commencé en 1997 et non en 1998, et si la carte des évolutions/station avait affiché la quasi-absence réelle de tendances des concentrations moyennes entre 1997 et 2007, on n'aurait pas eu de "tendance générale à la baisse dans les cours d'eau" qui "fait suite à une diminution des intrants azotés", mais simplement un pic des concentrations moyennes en 1998 lié aux conditions pluviométriques pluriannuelles suivi d'une stabilisation depuis 2002 à un niveau sensiblement équivalent à celui de 1997. C'est tout ce qu'on pouvait déduire de l'analyse grossière faite par les publis SOeS avec des périodes de temps inadaptées et l'absence de données régionales sur la pluviométrie.

Il y a pourtant certainement eu une baisse non climato-dépendante des concentrations de nitrates, c'est-à-dire en lien avec une baisse des apports azotés. Mais pour la présenter, même rapidement, les publis SOeS n'auraient pas dû se limiter aux concentrations moyennes annuelles, et elles auraient dû comparer le déroulement et les impacts de tous les cycles pluviométriques depuis au moins deux décennies. Et pour justifier sérieusement de cette baisse, et c'est ce que l'on attendait au niveau d'un service statistique national, les publis SOeS auraient dû utiliser des méthodes de calculs adaptées donc forcément infiniment plus complexes qui prennent en compte l'ensemble des paramètres de pression, hydrologiques, etc.

COMMENT LES PUBLIS SOeS VOIENT LES NITRATES DANS LES EAUX SOUTERRAINES

Comment les publis SOeS évaluent la qualité annuelle/station

Les publis SOeS évaluent la qualité/station par une moyenne annuelle des concentrations mesurées en 2007. Elles n'exigent aucune fréquence de mesure minimale.
Exactement comme pour les cours d'eau, mais alors que les contours des nappes n'ont rien à voir avec ceux des bassins versants de surface, ces moyennes/station sont encore moyennées par secteur hydrographique (187 secteurs) avant d'être présentées sur une carte. Et quand les publis SOeS annoncent "des concentrations moyennes dépassant 40 mg/l au droit de 15 des 182 secteurs hydrographiques diagnostiqués, et 50 mg/l dans 7 d’entre eux. Les taux les plus forts sont enregistrés en Nord Bretagne et dans le bassin versant de la Sèvre Niortaise" (6), on espère que le lecteur comprendra qu'il s'agit d'eaux souterraines. Sans compter ces allusions confusantes "au seuil réglementaire de potabilité" (6) dépassé par "9 %" des stations ou par "7" secteurs hydrographiques. Les publis SOeS présentent donc et comparent entre elles des moyennes géographiques sur des délimitations de bassins versants de surface de moyennes annuelles/station d'eaux souterraines. Et en plus elles comparent ces moyennes géographiques par secteur hydrographique à un seuil de 50 mg/L présenté comme un "seuil réglementaire de potabilité" en réalité destiné à être comparé à une concentration par station et à une concentration maximale annuelle. Donc deux couches de confusion superposées. Sans compter la question complètement zappée de la représentativité de la moyenne des points de nappes parfois empilées qui se trouveraient sous un secteur hydrographique…

Le seuil réglementaire DCE pour le bon état chimique nitrates vis-à-vis des eaux souterraines est de 50 mg/L et il doit être comparé à la moyenne des concentrations. Il est très choquant de constater que la DCE choisisse, comme critère du bon état chimique des eaux souterraines pour les nitrates, de comparer la moyenne des nitrates/station au seuil de 50 mg/L qui est le seuil bien connu de potabilité, mais à condition qu'il soit comparé non pas à la moyenne mais à la concentration maximale.
Les méthodes d'évaluation des publis SOeS suivent donc la réglementation DCE. C'est une dégradation masquée des évaluations SEQ précédentes qui se référaient à l'usage eau potable et n'avaient donc déjà rien de patrimonial.
Les méthodes d'évaluation des publis SOeS ne sont pas patrimoniales parce que, comme pour les eaux de surface, elles ne prennent pas en compte l'aspect des concentrations élevées et aussi que parce qu'une moyenne de nitrates, saisonniers dans la plupart des nappes souterraines justement concernées par ce type de pollution, avec "deux par an en général (entre 1 et 10 analyses selon les points)" (6) n'a aucune représentativité statistique. Les publis SOeS ne donnent pas un aperçu pertinent de la problématique des nitrates dans les aquifères qu'elles n'ont même pas pris la peine de différencier selon leur caractère superficiel ou profond.

Comment les publis SOeS évaluent les tendances

Les publis SOeS présentent ces moyennes annuelles/station (avec 2 mesures/an en général) sur 3 cartes point par point intitulées "Evolution des concentrations en nitrates dans les eaux souterraines entre 1997 et 2007" respectivement pour 1997-1998, 2002 et 2007. Avec jusqu'à 15212 points sur une même carte, elles sont illisibles (6).

Les publis SOeS calculent des pourcentages nationaux de points selon des gammes de concentrations moyennes arbitraires (10, 40 et 50 mg/L) qui n'ont a priori rien de patrimonial, sur des échantillons de stations très variables selon les années, en nombres (de 15212 points en 1997-1998 à 9841 points en 2007) comme en emplacement et en nature (tous réseaux confondus) : "Les points d’eau, ou stations, pris en compte peuvent être différents d’une année sur l’autre, en nombre et en nature (emplacement différent). Ils sont moins nombreux en 2007. L’utilisation majoritaire d’ouvrages d’alimentation en eau potable comme points de prélèvements peut introduire un biais sous-estimant le niveau de pollution" (6). Ces pourcentages n'ont donc aucune représentativité à tous points de vue.

Pour annoncer "Une dégradation lente mais continue des eaux souterraines vis-à-vis des nitrates" (6) les publis SOeS présentent ces pourcentages de points dans un tableau comparatif qu'elles commentent de façon abusive puisqu'ils ne sont en réalité ni représentatifs, ni comparables : "Dans les eaux souterraines aussi, le niveau de pollution reste élevé et tend même à s’accroître. De 1997 à 2007, on observe à la fois un moindre pourcentage de points de mesure de la qualité des eaux souterraines avec des teneurs en nitrates inférieures à 10 mg/l (48 % contre 56 %) et un plus grand pourcentage de points avec des teneurs supérieures à 50 mg/l (6 % contre 4 %)" (6) ou encore "Néanmoins, de façon générale, sur les dix dernières années, on observe des pourcentages de moins en moins importants de points d’eau avec des teneurs inférieures à 10 mg/l et une augmentation de ceux dont la concentration en nitrates dépasse 50 mg/l" (6).
Donc, encore une fois, les publis SOeS ne nous présentent que des simulacres de tendances sur des évolutions qui sont peut être vraies au demeurant mais cela reste à démontrer avec une méthode sérieuse.

COMMENT LES PUBLIS SOeS VOIENT LES TENDANCES POUR LES MACROPOLLUANTS DANS LES COURS D'EAU

Comment les publis SOeS évaluent la qualité annuelle/station

Les publis SOeS publient des tendances pour les nitrates (déjà abordés plus haut), DBO5, orthophosphates, nitrites, ammonium et oxygène dissous ((3), (4) et (6)). Mais elles restent très sommaire sur l'état en lui-même des eaux pour ces paramètres qu'il aurait pourtant fallu évaluer et présenter de la façon la plus approfondie possible, au moins pour 2007, avant d'en étudier les tendances.

Les publis SOeS évaluent la qualité/station par une moyenne annuelle pondérée par le temps des concentrations mesurées en 2007. Elles exigent un minimum de seulement 4 mesures/an/station "Les critères du SEQ ont été reconduits : seules les stations présentant au minimum 1 analyse par trimestre sont retenues" (2). Ces moyennes/station en 2007 ne sont présentées qu'après avoir encore été moyennées par BV Rnde et uniquement sur 3 cartes respectivement pour les nitrates, l'ammonium et les orthophosphates (4). Outre que les 55 BV Rnde réunissent souvent des stations avec des niveaux de pollutions absolument pas comparables (par exemple zones de montagne et plaines agricoles), la présentation de ces moyennes de moyennes avec des carrés est assez illisible.

La méthode des publis SOeS (que des moyennes et avec des exigences très insuffisantes sur la qualité des données) s'avère particulièrement inadaptée aux paramètres cycliques annuels et pluriannuels comme les nitrates, mais aussi pour d'autres paramètres et sur certaines zones géographiques.
L'oxygène dissous par exemple varie de façon globale suivant la latitude et de façon ponctuelle suivant le niveau d'eutrophisation, l'heure de prélèvement et l'ensemble des conditions environnementales du prélèvement. Dans ces conditions, que signifie une "moyenne annuelle", même "pondérée par le temps" de 4 mesures/an d'oxygène dissous ? Absolument rien, surtout que l'on sait depuis longtemps que les conditions deviennent difficiles pour la vie aquatique en-dessous de valeurs critiques complètement occultées par ces moyennes.
Dans les cas des zones faiblement polluées ou des orthophosphates, il peut y avoir relativement beaucoup de valeurs non quantifiées, et avec des limites de quantifications (LQ) variables selon les années. Les publis SOeS ont choisi de calculer les moyennes annuelles des concentrations en remplaçant les valeurs non quantifiées par la LQ/2 "option de l’Agence européenne pour l’environnement et de la Directive Cadre sur l’Eau" (2). Si bien que ces moyennes sont des estimations encore plus grossières de l'état réel des eaux. Elles ne peuvent donc pas servir de base à une évaluation sérieuse des tendances. Toutes les tendances publiées pour les zones faiblement polluées et pour les orthophosphates, notamment les tendances à la hausse, sont donc fortement suspectes.

Comment les publis SOeS évaluent les tendances

Dans un document de 17 pages qui a "pour but de décrire les principes de la méthodologie appliquée" (2), les publis SOeS proposent "une méthodologie d’indice qui permette d’appréhender une tendance de l’état des eaux" (2), pour pallier au SEQ qui "n’est non seulement pas adapté aux critères d’évaluation de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE) mais ne permet pas non plus d’appréhender facilement une tendance" (2) et pour pallier au "nouveau système d’évaluation conforme à la DCE" qui "ne permet pas, a priori, l’étude d’une tendance déconnectée des aspects réglementaires" (2). Les publis SOeS expliquent "L’indice porte sur la physico-chimie des cours d’eau, selon une approche par paramètre et s’appuie sur les travaux antérieurs menés au CGDD/SOeS sur l’air" (2). Quel rapport y a-t-il donc entre la problématique des écosystèmes aquatiques et celle plus récente de la qualité de l'air ? A quand un indice de l'air qui s'appuierait sur les travaux antérieurs menés au SOeS sur l'eau ? N'y a-t-il pas suffisamment de scientifiques qui travaillent depuis longtemps sur les méthodes d'évaluation de la qualité de l'eau que l'on doive s'appuyer sur les travaux antérieurs du SOeS sur l'air ?

Les tendances sont calculées et présentées comme nous l'avons déjà expliqué pour le cas des nitrates dans les cours d'eau, avec en particulier : -le "panier semi-évolutif" qui ne résout en rien la problématique de la non-représentativité hydro-spatiale des échantillons de stations, -l'occultation des concentrations élevées dont l'intérêt est pourtant souligné par la DCE avec son choix du percentile 90, -le choix d'un indice chaîné abscons et qui occulte le contexte pluriannuel à long terme avec 1998 comme année de référence (quantité de données disponibles).
Le lissage extrême et abusif des données dans le temps et dans l'espace, associé à leur manque de représentativité à cause des fréquences de mesure souvent insuffisantes, d'un traitement des valeurs non quantifiées à la truelle et d'une quasi-absence de prise en compte de l'aspect hydro-spatial parait tout à fait inadapté pour produire une évaluation fiable de la qualité en vue d'évaluer son évolution. Les tendances annoncées sont d'ailleurs présentées sans aucun développements statistiques chiffrés d'estimations d'incertitudes, de robustesse ni de significativité. Les publis SOeS ne présentent même pas le nombre réel de stations entrant dans les calculs par BV Rnde et par année. Sans toutes ces précisions basiques, aucune statistique ne peut être crédible.

En utilisant les 55 BV Rnde pour évaluer (et cartographier) la qualité de l'eau (moyennes/BV Rnde), les publis SOeS oublient tout simplement de traiter la représentativité hydro-spatiale à l'échelle de ces BV des stations retenues uniquement sur des critères de données disponibles. En particulier : -les qualités des stations situées sur une même rivière sont corrélées à cause du lien hydrologique amont-aval (le même bassin versant est compté plusieurs fois de l'amont en aval), -les grandes rivières et les avals des grandes villes avec leur profil de qualité particulier sont surreprésentées dans ces séries comportant des données anciennes, -à l'inverse, les petits cours d'eau et le chevelu hydrographique sont sous-représentés. La représentativité hydro-spatiale (densité du réseau hydrographique, taille des cours d'eau, nature et occupation du sol de la zone drainée, etc.) est esquivée alors qu'elle fait partie des difficultés majeures pour élaborer un indice de qualité pour une zone donnée, à l'échelle d'un bassin versant, d'une région ou nationale et que c'est, avec celle de l'évaluation de la qualité/station, un point clé de la pertinence de tels indicateurs par zone géographique.
L'erreur est encore plus grossière quand les publis SOeS utilisent ces 55 BV Rnde en les présentant comme une "agrégation stricte de sous-secteurs hydrographiques connexes" (4) donc pertinente pour calculer les statistiques sur la qualité de l'eau à l'échelle nationale. Ces 55 BV Rnde ne sont que des découpages hydrographiques arbitraires qui constituent bien une partition géographique du territoire mais en aucun cas une partition pertinente pour l'évaluation de la qualité de l'eau à l'échelle nationale. On n'a pas le droit de les assembler dans des calculs statistiques nationaux sous peine de biais importants dus à leur interdépendance. Car excepté pour les BV littoraux isolés ou les BV amont, beaucoup de leurs valeurs de qualité de l'eau sont corrélées à cause du lien hydrologique amont-aval de leur cours d'eau principal : par exemple pour le Rhône, la qualité dans le BV "Rhône à l’aval de l’Isère" dépend de la qualité dans le BV "Rhône de l’Ain à l’Isère" qui dépend elle-même de la qualité dans les BV "Saône du Doubs à Lyon" et "Ain", etc. Les tendances par BV sont donc aussi corrélées.

Grossière erreur méthodologique de surcroît pour "les agrégations typologiques" (3) que font les publis SOeS : "Pour cela, l’occupation du sol dans chaque bassin versant de type RNDE est reconstituée à l’aide des données de la base CORINE Land Cover 2006" (2). Le seul lien que l'on a le droit d'effectuer, c'est entre la qualité de l'eau dans une station donnée et l'occupation du sol dans le bassin qu'elle draine. Et les seuls regroupements que l'on peut faire, ce sont les qualités de l'eau dans les stations dont l'occupation du sol dans le bassin qu'elles drainent est similaire : on peut par exemple faire des statistiques sur les qualités des l'eau rencontrées à l'exutoire de l'ensemble des bassins versants agricoles (sans compter qu'il faut aussi que les faciès géologiques et pédologiques, les types de climats et de pratiques culturales, et les conditions hydrologiques annuelles et pluriannuelle soient similaires !). Or que font les publis SOeS ? Elles relient tout simplement la moyenne des qualités des stations situées sur un BV Rnde, à l'occupation du sol dans ce même BV Rnde ; au lieu de rassembler les stations par la typologie commune du BV qu'elles drainent, indépendamment de toute notion de BV Rnde et de qualité moyenne. L'occupation du sol dans le BV Rnde peut n'avoir aucun lien avec les occupations du sol des bassins drainés par chaque station de mesure située sur ce bassin Rnde. Les stations situées sur le cours d'eau principal d'un BV Rnde non isolé ou non situé en amont drainent aussi tous les bassins versants amont. Les stations situées sur les cours d'eau secondaire d'un BV Rnde par exemple agricole peuvent très bien drainer un bassin versant urbain inclus dans ce BV Rnde. Etc. Il est vrai que la façon dont les publis SOeS traitent les "agrégations typologiques" simplifie considérablement les calculs et zappe en particulier toute la problématique liée à la mauvaise qualité des données sur les coordonnées exactes des stations de mesure.
Si bien que par exemple pour les nitrates, les commentaires qui ont trait à la relation qualité de l'eau/occupation du sol sont fortement suspects : "Une analyse par type de bassin confirme la tendance à la baisse dans les bassins fortement agricoles. Cette évolution, la Bretagne en tête, fait suite à une diminution des intrants azotés. Elle reste malgré tout fragile et à surveiller car certaines régions comme la Basse-Normandie augmentent de nouveau leurs apports" (3) ou "Les nitrates ne baissent que dans les bassins fortement agricoles" (3) ou "Les bassins mixtes présentent une nette tendance à la hausse depuis 2001, plus marquée qu’à l’échelle nationale. Les concentrations de départ sont certes inférieures à celles des bassins agricoles : 10,8 contre 26,3 mg/l en 1998 pour s’établir en 2007 à respectivement 11,3 et 24,7 mg/l. Mais les plus fortes hausses y sont relevées, notamment sur certains bassins amont de la Seine, où par ailleurs les apports d’engrais azotés augmentent, comme en Champagne-Ardenne. Enfin, les bassins peu agricoles présentent une tendance vraisemblablement influencée par les conditions climatiques puisque les apports d’engrais y sont plutôt stables voire en baisse. Les concentrations moyennes sont aussi plus faibles, de l’ordre de 5 mg/l" (3).

Les publis SOeS signalent "La vision est malgré tout incomplète car des évolutions locales peuvent se compenser, sans parler des niveaux de pollution très différents d’un bassin à un autre" (4) ou encore "les évolutions des bassins à faible concentration peuvent être masquées" (2). Cet indice national ne peut donc que privilégier les zones où forcément les efforts de réduction des rejets ponctuels et diffus et de mesure de la qualité de l'eau ont le plus porté puisque les concentrations étaient les plus élevées. De plus, c'est assez surréaliste et rétrograde de mélanger les niveaux et les évolutions des concentrations en Bretagne où en zone de montagne dans une même moyenne. Un indice national qui ne représente pas tous les BV et qui n'a par construction aucun sens n'est tout simplement pas un indice national. Autant ne rien publier dans ce cas.

Non seulement les publis SOeS mélangent pour un même paramètre les évolutions locales et les différents niveaux de pollution, mais elles comparent dans un même graphique les pourcentages de variation sans les relativiser par rapport au type de paramètre : par exemple, les ampleurs des évolutions possibles pour la DBO5 sont bien supérieures à celle de l'oxygène dissous et n'ont pas le même sens écologique. Environ seulement 2 % des moyennes annuelles d'oxygène par station sortent de l'intervalle de 6 à 12 mg/l (calculs Eau-Evolution), donc a priori aucune des moyennes/ BV Rnde de ces moyennes/ station. Si on regarde les résultats présentés par les publis SOeS, on constate en effet que les moyennes d'oxygène/BV Rnde en 1998 et en 2007 ne varient qu'entre 7,4 et 11,4 mg/L tandis que les moyennes en DBO5 par exemple varient entre 0,9 et 7,7 mg/L. Sans surprise, les publis SOeS commentent "L’oxygène dissous est stable sur la période 1998-2007" (4) ou "Les tendances favorables de l’ammonium, des nitrites et de la DBO5 n’ont pas de répercussion sur celle de l’oxygène dissous qui, à l’échelle nationale, est plutôt stable" (4) ou encore "Malgré les tendances à la baisse de la pollution liée aux rejets ponctuels, l’oxygène dissous reste plutôt stable" (6).

Une méthode aussi triviale qu'un nivellement en 2 ou 3 couches de moyennes abusives ne peut pas faire de miracles et montrer autre chose que des trivialités. Les publis SOeS disent "l’étude a été restreinte aux macropolluants, qui présentent un suivi plus ancien et plus stable" (2). Effectivement, si on se limite aux paramètres pour la réduction desquels les stations d'épuration ont été conçues depuis longtemps et qui ont été mieux suivis, la qualité des eaux s'améliore. Mais c'est exactement comme dire que la santé des français s'est améliorée en ne parlant que de la variole, de la tuberculose et de la poliomyélite pour lesquelles les citoyens sont vaccinés depuis longtemps et beaucoup de données sont disponibles ! Les macropolluants présentés (excepté justement l'oxygène dissous et les nitrates pour lesquels on ne peut sans surprise voir aucune tendance) relèvent de l'évidence car les rejets de Phosphates (lessives, agriculture, etc.) ont été considérablement réduits depuis longtemps et les DBO5, nitrites et ammonium sont traités (même si ce n'est toujours pas suffisant) en stations d'épuration. Leurs évolutions sont déjà montrées depuis longtemps, en particulier avec le SEQ qui pourtant "ne permet pas non plus d’appréhender facilement une tendance". On aurait plutôt eu besoin d'un état des lieux 2007 détaillé pour ces paramètres que de se faire asséner pompeusement des tendances tellement évidentes qu'elles ne peuvent en aucun cas prouver que les méthodes grossières des publis SOeS soient de bonnes méthodes. Même un élève de collège avec des calculs rudimentaires, quoique ce soit difficile de faire plus rudimentaire que des moyennes de moyennes de moyennes à l'emporte pièce, verrait ces tendances.

Et finalement, quelle est la signification de ces indices nationaux ? Quels sont tous les biais de l'aperçu qu'ils présentent sur l'état des eaux ? Qu'est-ce qu'on évalue exactement ? Sans doute uniquement, et de façon la plus grossière qui soit, la tendance de la qualité des grands et très grands cours d'eau pour les principaux paramètres traités en station d'épuration ou dont les rejets ont été limités.
Ces indices ne donnent qu'une vision réductrice, biaisée et trop synthétique. Ils sont en outre très difficiles à interpréter : on aurait préféré des courbes de concentrations que des indices chaînés qui n'apportent rien à la compréhension si ce n'est une couche de plus de bling-bling méthodologique, de confusion et la comparaison de choses pas comparables. De plus, les courbes aurait permis d'accompagner la moyenne annuelle des concentrations d'une barre verticale représentant son incertitude, valeur indispensable étonnamment absente de tous les graphiques.
Cette méthode triviale, réductrice, qui ne peut s'appliquer qu'à très peu de paramètres, qui est truffée de calculs et de simplifications abusives qui esquivent toutes les difficultés, n'a donc absolument rien d'une "méthode éprouvée" (5) et ne peut servir qu'à montrer des évidences ou à remplir des rapports inutiles.

COMMENT LES PUBLIS SOeS VOIENT LES PESTICIDES DANS LES COURS D'EAU

Comment les publis SOeS évaluent la qualité annuelle/station

Bien que les publis SOeS expliquent que "les performances analytiques liées aux micropolluants, en particulier les pesticides, sont irrégulières et peuvent ne pas être satisfaisantes dans le cadre de la construction d’un indice : le taux de quantification est par exemple souvent assez faible, ce qui rend le calcul d’une moyenne annuelle délicat. De ce fait, l’étude a été restreinte aux macropolluants, qui présentent un suivi plus ancien et plus stable" (2) ou encore "Cette méthodologie n’est malgré tout pas applicable aux micropolluants (pesticides, métaux…), en raison de contraintes inhérentes à ces paramètres, essentiellement analytiques, liées aux limites de quantification, qui rendent difficiles le calcul de moyennes annuelles" (4), elles calculent quand même des moyennes annuelles pour les pesticides dans les cours d'eau. Plus précisément, des moyennes annuelles/station des "pesticides totaux" ainsi que des quelques substances les plus quantifiées (7).
Les publis SOeS présentent aussi quelques cartes de "respect des normes" : elles vérifient substance par substance pour les substances concernées s'il y a ou non dépassement de leur norme NQE en concentration moyenne et en concentration maximale (7).
Les exigences minimum des publis SOeS pour le calcul des "pesticides totaux" sont de 4 prélèvements/an avec moins 29 pesticides mesurés/prélèvement selon un texte qui n'est pas particulièrement clair ("-un suivi, si possible stable dans l’année, d’au moins 29 pesticides ; -un suivi d’au moins 10 pesticides également classés comme substances prioritaires et dangereuses au titre des annexes IX et X de la DCE" (7)).
Cette somme des pesticides, vu le peu d'exigence sur la qualité des mesures et sans oublier la variabilité des LQ ("Le suivi en pesticides est malgré tout différent d’une station à une autre, les limites de quantification peuvent également varier selon la station et la substance recherchée" (6)), n'est qu'une évaluation au minimum qui ne peut pas être comparée d'une station à une autre au niveau national. Et c'est encore plus le cas lorsqu'on en fait la moyenne annuelle qui oublie d'ailleurs toute notion de pondération par le temps pourtant mise en avant "pour compenser l’irrégularité des Analyses" (2) dans le cas des macropolluants. Les publis SOeS remplacent les valeurs non quantifiées par 0 pour la moyenne annuelle des "pesticides totaux" tandis qu'elles les remplacent par LQ/2 pour la moyenne annuelle substance par substance (7). Mais aucune de ces deux moyennes n'a finalement de pertinence statistique. Suivant les valeurs des LQ ainsi que les périodes où les mesures sont faites et donc les proportions de valeurs non quantifiées, on peut obtenir des résultats tout à fait déconnectés de la réalité de la contamination, toujours sous-évalués pour les pesticides totaux mais sur ou sous-évalués pour les substances isolées.
Les publis SOeS ne donnent pas de raison écologique pour le choix de "29 pesticides" mesurés au minimum. Serait-ce pour ne pas laisser quasiment vide le quart Sud-ouest des cartes sur les "pesticides totaux" ? Peut-on calculer une somme représentative en se contentant de seulement 29 substances recherchées, alors que plus de 230 substances différentes ont été quantifiées en 2007 (voir Carte de qualité des rivières : les pesticides cumulés dans l’eau en 2007) ? Peut-on comparer deux stations avec 29 substances recherchées sur l'une et 290 substances sur l'autre ? Peut-on obtenir une moyenne annuelle représentative des concentrations en pesticides avec "4 prélèvements" et de plus sans aucune exigence sur l'aspect période mesurée ? Quelle dose d'incompétence ou d'absence de rigueur faut-il pour oser calculer une moyenne de pesticides hautement saisonniers avec seulement 1 mesure tous les 3 mois ?
Les publis SOeS expliquent, à propos des "pesticides totaux"/station, que "Réglementairement, deux seuils de concentration sont à considérer pour les «pesticides totaux» : - 0,5 µg/l : concentration au-delà de laquelle l’eau n’est plus potable et nécessite un traitement en vue d’une consommation humaine ; - 5 µg/l : concentration au-delà de laquelle il n’est plus possible de traiter l’eau pour la rendre potable" (6). Comme elles omettent de préciser au lecteur que les seuils réglementaires de potabilité pour les pesticides totaux s'appliquent aux concentrations maximales et non aux concentrations moyennes, cette phrase paraît, comme pour les nitrates, tout à fait confusante. Les publis SOeS présentent une carte "pesticides totaux" point par point et commente : "Une majorité de stations présente des concentrations totales en pesticides en moyenne annuelle inférieures à 0,5 µg/l" (7) ou encore "Dix-sept stations présentent une moyenne annuelle supérieure à 5 µg/l" (7) ou encore "82 % des stations sélectionnées présentent une concentration en «pesticides totaux» inférieure à 0,5 µg/l en moyenne en 2007" (6). L'information étant nivelée à cause des moyennes, le choix de seuils conçus au départ (et déjà trop élevés) pour des valeurs maximales aurait dû être justifié. Ce choix qui n'a a priori rien de patrimonial rend la carte particulièrement pauvre en contenu informatif et peu sensible, même avec l'affichage du seuil de 0,1 µg/L insuffisant pour représenter des moyennes. Dans le bilan pesticides publié par l'Ifen en 2007 (8), avec une évaluation par le percentile 90 des concentrations annuelles ("SEQ-Eau qualité globale eaux superficielles, option 90 %"), la carte de qualité des cours d’eau (réseaux connaissance générale) affichait 80 % de stations avec plus de 0,1 µg/L par substance ou plus de 0,5 µg/L pour le total des pesticides. La carte de qualité des cours d'eau (réseaux surveillance DCE et complémentaires) présentée par les publis SOeS en 2010, avec une évaluation par la moyenne des concentrations totales ("Moyenne annuelle par station" des "pesticides totaux") n'affiche plus que 46 % de stations avec plus de 0,1 µg/L et 18 % des stations avec plus de 0,5 µg/L. Comme le critère par substance n'est plus pris en compte, on ne peut plus rien comparer (ce qui est très incorrect vis-vis des lecteurs du SOeS ex-Ifen) sauf toutefois la différence de sensibilité des cartes : les points sans quantification et la première classe de quantification représentaient 20 % de l'échantillon affiché sur la carte de l'Ifen. Ils représentent 54 %, soit plus de la moitié de l'échantillon pour la carte des publis SOeS.

Les publis SOeS commentent les cartes de "respect des normes" : "Ce sont donc 200 stations au total (dont 128 en RCS) sur les 1 822 étudiées (11 %) pour lesquelles au moins un pesticide dépasse la norme de qualité environnementale" (7), alors même qu'elles signalent "Dans un très grand nombre de cas, les limites de quantification sont trop élevées et rendent impossible l’évaluation de l’état de 1 609 stations, soit 88 % des stations étudiées. Les normes ont en effet été fixées en priorité selon des critères de toxicité et après 2007 (par la directive européenne 2008/105/CE, adoptée par le Parlement et le Conseil le 16 décembre 2008). Les laboratoires intègrent depuis peu à peu ces nouvelles exigences" (7) ou encore "Le quart de ces 200 stations hors norme au niveau national se trouve en région Ile de France. Cette région est la plus touchée avec près de 47% des stations de son territoire ne respectant pas les normes de qualité environnementale. Les autres régions les plus touchées sont le Nord-Pas de Calais (43% des stations hors normes), les Pays de la Loire (26%) et le Centre (20%). Ce diagnostic doit être relativisé par le fort taux de stations pour lesquelles il n’est pas possible d’émettre un avis" (7). Les publis SOeS font un effet d'annonce en quatrième de couverture du bilan 2010 "Les normes de qualité environnementales définies à ce jour ne sont pas respectées sur 11 % des points en cours d’eau et sur 18 % des points en eaux souterraines. Dans de nombreux cas, les performances analytiques des laboratoires ne permettent pas de statuer sur le respect ou non de ces normes" (7). Mais que signifient ces "11 % des points" et ces commentaires sur l'Ile-de France etc., quand les "nombreux cas" sur lesquels on ne peut rien dire représentent en réalité "88 %" des 1822 stations de l'échantillon total ? On peut seulement dire qu'il n'y a que 12 % (219 stations) sur lesquelles on peut émettre un avis, et que 91 % de ces stations avec"avis possible" ne respectent pas la norme, soit encore que le pourcentage de stations ne respectant pas la norme est compris entre 11 % et 99 % de l'échantillon total. Pourquoi publier et en plus commenter tous ces pourcentages puisqu'ils n'ont aucune valeur statistique ? Même l'échantillon n'est pas représentatif de quoi que ce soit. Il serait plus honnête de rendre une page blanche. Sans surprise, tous ces pourcentages complètement farfelus sont repris sans analyse approfondie par les médias encore trop confiants. Actu-Environnement annonce par exemple "Les rivières restent davantage contaminées que les eaux souterraines. La concentration totale en pesticides est supérieure à 0,5 µg/l sur 18 % des points de mesure en rivières et sur 3,8 % des points en eaux souterraines. 11 % des points de mesure en eaux superficielles ne respectent pas les normes fixées dans le cadre de la directive sur l'eau (DCE) pour au moins une des 18 substances ou groupes de substances jugés prioritaires" sans que le lecteur confiant ne puisse se douter qu'en réalité les "11 %" peuvent aussi bien être 99 %, et que la concentration totale n'est plus considérée comme avant par son maximum mais par sa moyenne.
Autre remarque : les chiffres présentés pour les 18 substances possédant une NQE montrent que certains laboratoires produisent des analyses avec des LQ qui ne sont pas plus élevées que ces NQE, ce qui signifie donc que c'est techniquement possible. Dans ce cas, il est inacceptable que l'on n'ait pas pris la précaution élémentaire d'imposer chaque année que toutes les analyses sur l'ensemble du territoire soient effectuées avec les LQ les plus basses possibles. Et ce d'autant plus que les normes n'ont pas atterri du jour au lendemain sur la directive, que les projets de normes sont parfois bien antérieurs et donc que les laboratoires pouvaient se préparer bien avant la campagne 2007. Les échantillons prélevés en 2007 auraient aussi pu être conservés (congélation, etc.) pour être analysés après le 16 décembre 2008 avec les LQ adaptées.

La méthode d'évaluation de la contamination des eaux par les pesticides des publis SOeS est en réalité une dégradation de la méthode antérieure qui n'était déjà pourtant largement pas satisfaisante (voir § "Quelques remarques sur l'effacement soudain du SEQ") : les pesticides totaux étaient déjà calculés dans le SEQ, mais cette méthode n'en considérait que le maximum et n'osait pas en calculer une moyenne annuelle avec seulement 4 prélèvements par an ! Il y a donc double dégradation méthodologique : le remplacement du maximum par une moyenne annuelle encore plus bancale et la comparaison à des références eau potable de 0,5 µg/L et 5 µg/L d'une moyenne et pas du maximum.
Les publis SOeS présentent donc des évaluations réglementaires (respect des normes) mais rien de patrimonial : l'aspect concentration élevée est complètement occulté pour les "pesticides totaux" et n'apparait que par la comparaison réglementaire de la moyenne annuelle aux NQE pour un nombre relativement très limité de 18 substances à usage le plus souvent restreint ou interdit. L'aspect cocktail n'apparait que par une moyenne peu fiable des "pesticides totaux", ce qui est très réducteur, ne tenant compte ni du nombre des substances présentes simultanément ni de leur effet toxique cumulé. Ces évaluations à la truelle et en plus présentées avec des seuils inadaptés, ne donnent donc qu'un aperçu grossier et réducteur des pesticides dans les rivières. Elles cachent par exemple que le nombre de pesticides présents dans un même prélèvement en 2007 peut atteindre la valeur maximale de 28 substances (voir Carte de qualité des rivières : les pesticides cumulés dans l’eau en 2007).

Comment les publis SOeS évaluent les tendances

Lees publis SOeS expliquent "Le suivi de l’évolution de la présence des pesticides dans les milieux aquatiques se heurte à de nombreuses difficultés techniques et méthodologiques. Elles portent notamment sur la variabilité dans le temps et dans l’espace du nombre de points de mesure, des substances mesurées, des limites de quantification, des fréquences et des périodes d’analyse. Des tendances peuvent néanmoins être dégagées en étudiant les fréquences de quantification des pesticides figurant parmi les 15 substances les plus souvent rencontrées depuis 1997. Cela permet de renseigner l’évolution de la présence (ou de l’absence) des substances dans les cours d’eau mais non l’évolution de leur niveau de contamination. L’effort de recherche peut influencer la fréquence de quantification. Cette dernière, représentée sous forme de diagrammes à barres, est donc complétée par des courbes matérialisant la fréquence de recherche" (7). La fréquence ou pourcentage de quantification est le "Nombre d’analyses sur lequel le pesticide concerné a été quantifié rapporté à l’ensemble des analyses de ce paramètre" (7).
Pour dégager ses tendances, les publis SOeS se sont donc rabattues sur le calcul de l'évolution de 1997 à 2007 des pourcentages de quantification substance par substance pour "les 15 substances les plus souvent rencontrées depuis 1997" (au fait, que signifie "rencontrer" une substance en statistique non décomplexée des écosystèmes aquatiques ?). Cette méthode avait en effet déjà été utilisée il y a 7 ans par l'Ifen dans les bilans pesticides pour les données 2001 (paru en 2003) et 2002 (paru en 2004). Or voici ce qu'en pensait l'Ifen (8) :
-"La caractérisation des niveaux de contamination des eaux continentales passe par l’estimation de concentrations ou de flux annuels ou saisonniers. C’est l’évaluation de la précision de ces estimations qui permettra de qualifier le caractère significatif ou non des variations inter-annuelles. L’analyse approfondie de ces questions méthodologiques reste à développer. Néanmoins, un échantillon, composé de toutes les stations suivies depuis 1997 dans le cadre du RNB, permet d’illustrer cette problématique, pour des substances recherchées systématiquement. Toutefois, malgré le choix d’un échantillon identique dans le temps, des biais subsistent, dus aux mesures elles-mêmes (changements de méthodes d’analyses au cours des années et donc évolution des limites de quantification, augmentation du nombre de prélèvements annuels…)" (Au fait, où est cette analyse approfondie promise à l'époque par l'Ifen ?).
-"À l’échelle nationale, il n’est actuellement pas possible de tirer des conclusions générales ni d’extrapoler à partir de la centaine de points de mesure de cet échantillon, où seules cinq substances actives sont suivies sur chacun d’entre eux".
-"Pour une même substance, les limites de quantification des analyses réalisées depuis 1997 peuvent être très variables, ce qui rend délicat toute interprétation. Dans l’échantillon présenté, pour l’atrazine par exemple, elles s’étendent de 0,01 µg/l à 0,5 µg/l" (Le problème reste pourtant entier pour les données 2007 pour lesquelles les publis SOeS disent "les limites de quantification pouvant par ailleurs varier d’une station à une autre et selon le pesticide").
-"la perspective de l’interdiction de certaines substances comme les triazines (toutes interdites à partir du 1er octobre 2003 sauf pour la terbuthylazine en viticulture qui sera interdite à partir du 1er juillet 2004) peut favoriser le développement de l’utilisation de produits de substitution pour lesquels la surveillance doit être adaptée" (la surveillance mais aussi l'évaluation car on ne peut absolument pas dresser un panorama des tendances de la contamination par les pesticides en se contentant de points de vue substance par substance).
L'Ifen confirme dans le bilan suivant (données 2003 et 2004) paru en 2006 (8) qui a carrément supprimé toute publication de ces tendances de pourcentages de quantifications :
-"Bien que la tentation soit grande, les pourcentages de stations ou d’analyses quantifiées donnés dans ces bilans ne doivent pas être interprétés en terme de tendances à ce niveau de l’évaluation de la contamination. De plus, un certain nombre de biais importants proviennent de la variabilité : -des limites analytiques (par exemple, limites déclarées de 0,0005 µg/l à 50 µg/l pour l’atrazine) ; -des stratégies de mesure (fréquences, périodes de mesure, molécules recherchées, etc.) ; -des échantillons de stations mesurées (variabilité liée à l’évolution des réseaux avec des bassins sous-représentés certaines années).
Avec la mise en place du système d’information sur l’eau et des contrôles de surveillance et opérationnels pour la directive cadre, des progrès significatifs sont attendus sur les données de contamination des eaux par les pesticides. En particulier au niveau : -de la représentativité spatiale des réseaux de connaissance générale de l’eau ; -de l’homogénéisation des stratégies de mesures et de la qualité des données (en particulier, limites de quantification maximales, fréquences de mesure minimales avec des périodes obligatoires de prélèvements, liste nationale minimum de molécules à rechercher, etc.) ; -des durées de mise à disposition de l'information au niveau national
".
-"Il faut aussi éviter de comparer d’une année sur l’autre sans discernement les pourcentages de points quantifiés ou les pourcentages d’analyses quantifiées pour en dégager des tendances. Il reste en effet un important travail à effectuer pour présenter un rendu statistique qui soit représentatif de la contamination sous tous ses aspects, ainsi que du réseau hydrographique ou du réseau hydrogéologique français".
Et dans son bilan pesticides publié en 2007 (8), l'Ifen affirmait encore "Il n’est pas possible à ce jour de dégager des tendances d’évolution de la qualité des eaux vis-à-vis des pesticides", ne laissant plus aucun avenir à l'ancienne méthode des fréquences de quantification à la truelle.

Les bilans pesticides de l'Ifen depuis 1997 étaient donc déjà très insuffisants (voir aussi Information ou désinformation sur l'état des eaux (2) : une information officielle indigente sur l'état chimique des eaux jusqu'en 2009), mais ils laissaient espérer "des progrès significatifs", une "analyse approfondie de ces questions méthodologiques", "un rendu statistique qui soit représentatif de la contamination sous tous ses aspects" (8), etc. Et voilà qu'en 2010, les publis SOeS (pour ne pas montrer page blanche sur les tendances pesticides ?) nous recyclent la vieille méthode des pourcentages de quantification à la truelle. Et d'autant plus à la truelle que ces fréquences sont calculées à l'échelle nationale : alors que l'Ifen prenait la précaution de calculer ses tendances sur "un échantillon identique dans le temps", cet aspect de stabilité de l'échantillon est complètement occulté pour les pesticides par les publis SOeS qui avaient pourtant insisté sur la nécessité de prendre un "panier semi-évolutif" pour les tendances des macropolluants.
Et, comme point de vue global sur la contamination, les publis SOeS ne nous proposent que la moyenne annuelle des "pesticides totaux"/station. Alors que ces "pesticides totaux" ne donnaient déjà pas satisfaction dans les bilans antérieurs quand elle était prise en compte par le SEQ sous son aspect maximum moins mal adapté aux données qu'une moyenne.

Les publis SOeS accompagnent leurs tendances d'une variable "l'effort de recherche" sans doute sensée, par son pouvoir explicatif, leur redonner un cachet statistique : "L’effort de recherche peut influencer la fréquence de quantification. Cette dernière, représentée sous forme de diagrammes à barres, est donc complétée par des courbes matérialisant la fréquence de recherche". Sauf que ces publis SOeS réduisent malheureusement cet "effort de recherche" à "la fréquence de recherche" (le "nombre de stations sur lequel a été cherché ce paramètre rapporté au nombre total de stations où des analyses pesticides ont été effectuées" (7)) et sans même préciser les nombres annuels exacts de stations mesurées ni d'analyses réalisées qui peuvent très variables d'une année sur l'autre.
Ce faisant, les publis SOeS ont juste oublié que leur "fréquence de quantification" peut varier du simple au double ou pire suivant de toutes petites variations d'un effort de recherche qui aurait impérativement dû prendre en compte au moins :
-les nombres, la localisation et la représentativité hydro-spatiale des stations. Si une substance est préférentiellement recherchée là où elle risque de se trouver, le taux de quantification augmente. Il diminue dans le cas inverse quand l'échantillon prend en compte beaucoup plus de zones naturelles, petits cours d'eau en tête de BV, etc.
-les nombres et les fréquences des analyses alors qu'elles signalent pourtant que "le suivi diffère et parfois de manière importante d’une station à une autre (de 1 à 25 prélèvements par an selon les stations)" (7). Si la fréquence des analyses, donc entre 4 et 25 mesures/an, est plus élevée dans les stations les plus contaminées, le taux de quantification augmente. Il diminue dans le cas inverse.
-les périodes et la représentativité temporelle des analyses. Si les réseaux évoluent vers des mesures systématiques et régulières toute l'année, donc relativement plus nombreuses en hivers, le taux de quantification diminue. Il augmente dans le cas inverse. Il augmente aussi quand les fréquences sont plus élevées pendant les périodes de fortes variations (base de l'échantillonnage statistique) que sont les pics printaniers par exemple.
-les limites analytiques, car une légère augmentation des LQ peut faire énormément baisser un pourcentage de quantification et inversement. Et le taux de quantification devient encore plus sensible au choix des LQ que les pratiques agricoles évoluent vers des dosages des substances plus faibles, sans que la toxicité résultant de leur propre pouvoir toxique accru ou de l'effet cocktail n'en soit forcément diminuée.

On peut constater, sur l'exemple de la comparaison de la recherche de l'AMPA en 2002 et en 2007, combien ces "fréquences de recherche" non accompagnées du simple nombre de stations recherchées ne veulent rien dire :
Les publis SOeS publient 615 stations où l'AMPA est recherché "avec plus de quatre analyses dans l'année" pour les réseaux "programmes de surveillance de la DCE (à plus de 70 %) auxquels s’ajoutent, le cas échéant, des réseaux complémentaires" pour 2007. L'Ifen (8) publiait 621 stations "tous réseaux confondus" avec recherche de l'AMPA pour 2002. Dans les courbes de tendances des publis SOeS, l'AMPA est donc vraisemblablement recherché en 2002 sur moins de 621 stations (en enlevant le réseau sanitaire et autres stations mal suivies). Selon les graphiques et les chiffres présentés par les publis SOeS (7), la fréquence de recherche est d'environ 60 % en 2002 contre 37 % en 2007. Elles en concluent "L’effort de recherche du glyphosate et de son métabolite l’AMPA n’est significatif qu’à compter de 2002, où il dépasse les 60 %. Il chute en 2007, ce qui rend cette année moins représentative" (7). Pourtant, l'estimation ci-dessus des nombres effectifs de stations recherchées (que les publis SOeS a omis de présenter), montre qu'ils sont au moins similaires en 2007, et avec ces seuls éléments, on ne comprend donc pas l'affirmation selon laquelle 2007 serait "moins représentative" que 2002.
De même, les publis SOeS présentent pour l'année 2000 environ 90 % de fréquence de recherche pour l'atrazine (7) en signalant que "L’effort de recherche de l’atrazine et de son métabolite l’atrazine déséthyl est quasi-constant sur toute la période" 1997-2007 (7). Mais on constate que l'Ifen (8) ne publiait que 689 stations avec recherche de l'atrazine "tous réseaux de mesure confondus" pour cette même année 2000. Dans les courbes de tendances des publis SOeS, l'atrazine est donc vraisemblablement recherchée en 2000 sur moins de 689 stations (en enlevant le réseau sanitaire et autres stations mal suivies). Donc pour une même "fréquence de recherche" d'environ 90 %, l'atrazine est recherchée en 2000 dans moins de 689 stations alors qu'elle est recherchée en 2007 dans 1819 stations avec "plus de 4 analyses dans l'année" en 2007.
On remarque aussi que l'année 2007, avec ses seulement 37 % de fréquence de recherche mais ses 615 stations recherchées pour l'AMPA et le glyphosate, n'est a priori en rien moins "représentative" que l'année 2000 malgré ses plus de 90 % de fréquence de recherche, mais avec ses moins de 689 stations recherchées pour l'atrazine.
On voit bien que tous ces pourcentages, qu'ils soient de 20 %, de 60 % ou de 90 %, n'ont absolument aucune valeur informative et aucun sérieux car ils sont privés de leur base statistique qu'est l'effectif et la représentativité de l'échantillon. La représentativité hydro-spatiale ne se réduisant de toute façon pas à un nombre de stations et n'étant absolument pas traitée, pourquoi et de quoi un "effort de recherche" de 60 % serait "significatif" comme l'affirment les publis SOeS ? Et si par exemple les 40 % de stations manquantes concernent des zones particulièrement ou très peu contaminées ?
Il est significatif que l'Ifen (8) ait fournit des graphiques d'évolutions des nombres de stations et d'analyses de pesticides par type de réseau depuis 1997 jusqu'au bilan publié en 2007 (données 2005), ce qui permettait de comprendre une des limites de la méthode des pourcentages de quantification. Or les publis SOeS ne les présentent plus, alors même que "La mise en œuvre de la directive cadre européenne sur l’eau (DCE) a conduit à une évolution des réseaux de suivi de la qualité des eaux" (7). C'est ainsi que l'on constate que pour les eaux de surface, hors réseaux sanitaires, le nombre de stations passe d'environ 400 en 1997 à 2000 en 2005, le nombre d'analyses passant lui d'environ 90000 en 1997 à 1420000 en 2005, et que donc les seules "fréquences de recherche" affichées par les publis SOeS n'ont en réalité aucune valeur explicative.

Les publis SOeS omettent d'accompagner leurs graphes de tendances même des simples nombres d'analyses. Prenons l'exemple concret du lindane : pour le même "échantillon, composé de toutes les stations suivies depuis 1997 dans le cadre du RNB" qui comportait 108 stations, l'Ifen (8) publiait environ 600 analyses de lindane en 1997 contre 1700 pour 2002. Le nombre d'analyse a presque triplé entre 1997 et 2002. On ne sait pas si les fréquences des analyses ont été augmentées plutôt en hivers, plutôt en été ou de façon régulière. Mais les fréquences moyennes de mesures sont passées de 1 mesure/2 mois à plus de 1 mesure/mois. Que penser donc du sérieux des graphes de tendances des publis SOeS où non seulement les nombres d'analyses varient, mais aussi les échantillons de stations, les périodes des mesures, les limites analytiques, etc. !

Tout cela montre combien tous ces pourcentages de quantification ou de recherche présentés par les publis SOeS en guise d'information sont dangereux, insuffisants et occultent la réalité. On pourrait à juste titre les qualifier d'escroquerie statistique car ils rassemblent des données où tout varie. Et même si les publis SOeS avaient présenté des statistiques sérieuses, c'est-à-dire sans comparer des choses incomparables parce que tout varie en même temps partout, ces pourcentages ne donneraient aucune information sur l'évolution des teneurs en pesticides, ce qui est quand même un aspect non négligeable de la contamination que l'Ifen en 2006 déjà prévoyait de traiter "Il reste en effet un important travail à effectuer pour présenter un rendu statistique qui soit représentatif de la contamination sous tous ses aspects" (8).

Non seulement les pourcentages de quantification qu'elles présentent n'ont absolument aucun sérieux statistique, mais en plus les exemples ci-dessous sur l'atrazine, le métolachlore, le glyphosate et l'AMPA montrent que les publis SOeS les commentent de façon erronée :
-Les publis SOeS annoncent "Présente en 2007 dans plus de 13% des stations, l’atrazine... " (7). Mais elles annoncent aussi pour cette même année 2007 "L’atrazine et son métabolite principal l’atrazine déséthyl ne sont pas quantifiés dans respectivement 56 % (1 015 stations sur 1 819) et 60 % (715 stations sur 1 186) des points de mesure" (7), ce qui est incohérent. Ce pourcentage "plus de 13%" paraît faible et correspond étrangement au pourcentage de quantification des analyses d'atrazine égal à "13,5 %" présenté dans les graphe et tableau des fréquences de quantifications 2007 publiés sur la même page. Il n'aurait donc a priori rien à voir avec un pourcentage de stations. La carte des concentrations moyennes annuelles 2007 présentée par ces mêmes publis SOeS montre que l'atrazine est quantifiée sur 804 des 1819 stations où elle est recherchée (7). L'atrazine est ainsi présente en 2007 sur 44 % des 1819 stations où elle est recherchée ou du total des 1822 stations sélectionnées. Donc non seulement les publis SOeS présentent une fréquence de quantification d'analyse comme un pourcentage de stations quantifiées, et auraient du dire "l’atrazine est présente en 2007 sur 44 % des stations" mais elles ne marquent pas d'étonnement en présentant des valeurs qui devraient leur paraitre suspectes comme seulement 13 % de stations quantifiées pour l'atrazine.
-Les publis SOeS annoncent "le métolachlore est également quantifié sur près de 12 % des stations" (7). Mais elles annoncent aussi pour cette même année 2007 "Plus de la moitié des stations ne présente toutefois aucune quantification dans l’année (714 sur 1 318 soit 54 %)" (7), ce qui est incohérent. Ce pourcentage "près de 12%" correspond étrangement au pourcentage de quantification des analyses de métolachlore égal à "11,9 %" présenté dans les graphe et tableau des fréquences de quantifications 2007 publiés sur la même page. La carte des concentrations moyennes annuelles 2007 présentée par ces mêmes publis SOeS montre que le métolachlore est quantifié sur 604 des 1318 stations où il est recherché (7). Le métolachlore est ainsi présent en 2007 sur 46 % des 1318 stations où il est recherché ou sur 33 % du total des 1822 stations sélectionnées. Donc les publis SOeS présentent encore une fréquence de quantification d'analyse comme un pourcentage de stations quantifiées et aurait du dire "le métolachlore est quantifié sur 46 % des stations où il est recherché soit encore sur 33 % de l'échantillon total de 1822 stations".
-Les publis SOeS annoncent "Se sont substitués aux premières places le glyphosate et surtout son métabolite l’AMPA, qui se retrouvent quantifiés respectivement dans près du tiers et près de la moitié des cours d’eau analysés chaque année depuis 2002" (6). Ces pourcentages "prés du tiers" et "prés de la moitié" correspondent étrangement aux pourcentages de quantifications d'analyses présentés dans les graphes des tendances 2002/2007 publiés sur la même page (pour le glyphosate et l'AMPA respectivement environ 38 % et 53 % en 2002, et 22 % et 43 % en 2007). Les cartes des concentrations moyennes annuelles 2007 présentées par ces mêmes publis SOeS montrent que le glyphosate est quantifié sur 354 des 615 stations sélectionnées où il est recherché et que l'AMPA est quantifié sur 413 des 615 stations sélectionnées où il est recherché (7). Le glyphosate et l'AMPA sont ainsi présents en 2007 respectivement sur 19 % et sur 23 % du total des 1822 stations sélectionnées. Et ils sont présents respectivement sur 58 % et 67 % des stations où ils sont analysés. Donc non seulement les publis SOeS présentent leurs fréquences de quantification d'analyse comme des pourcentages de stations quantifiées et auraient du dire "le glyphosate et son métabolite l’AMPA sont quantifiés en 2007 respectivement dans 58 % et 67 % des stations où ils sont analysés, soit encore dans 19 % et 23 % de l'échantillon total de 1822 stations", ce qui n'a dans les deux cas rien à voir avec "prés du tiers" et "prés de la moitié". Mais pire, les publis SOeS présentent leurs fréquences de quantification d'analyse comme des pourcentages de cours d'eau analysés (au fait, que signifie "un cours d'eau analysé" en statistique non décomplexée des écosystèmes aquatiques ?). L'Ifen avait pourtant mis en garde explicitement contre ce type de confusion : "De façon générale, il faut éviter toute interprétation qui confondrait un point de mesure avec un cours d’eau ou une nappe ou encore des pourcentages de points avec des pourcentages de cours d’eau ou des pourcentages de nappes souterraines («90 % de points de mesure des cours d’eau quantifiés en classe jaune» ne signifie pas que «90 % des cours d’eau sont en classe jaune»)" (8) !
Sur cet exemple du glyphosate et de l'AMPA, les cartes 2007 citées ci-dessus montrent aussi qu'ils sont recherchés avec "plus de 4 analyses dans l'année" sur 615 stations ("1207 stations" sans mesure sur 1822), donc sur 3 fois moins de stations que l'atrazine ou le diuron (recherchés sur 1819 stations) et sur 2 fois moins de stations que le métolachlore (recherché sur 1318 stations). Et la différence ne porte pas que sur le nombre de stations recherchées : on observe de grandes zones plutôt naturelles et moins contaminées où le glyphosate et l'AMPA ne sont pas recherchés.
En se basant sur ces fréquences de quantifications incomparables et réductrices, les publis SOeS annoncent que l'AMPA est la substance la plus quantifiée en 2007 "Se sont substitués aux premières places le glyphosate et surtout son métabolite l’AMPA" (6) ou "le glyphosate et son métabolite l’AMPA sont très présents depuis le début des années 2000 dans les cours d’eau, remplaçant ainsi l’atrazine parmi les pesticides les plus quantifiés". L'expression "glyphosate et de son métabolite l’AMPA qui sont respectivement les troisième et première substances les plus fréquemment quantifiées dans les rivières" (7) amalgame les aspects analytiques et géographiques : elle laisse entendre que l'on trouve de l'AMPA partout dans les rivières alors que les cartes 2007 (7) montrent que l'AMPA n'est quantifié que dans 413 stations contre1320 stations pour le diuron qui serait lui, toujours selon ces cartes, la substance quantifiée sur le plus grand nombre de stations de l'échantillon total.

Toujours pour les cours d'eau bien entendu, les tendances annoncées ne sont pas forcément les mêmes selon les documents : les publis SOeS disent "D’autres substances, sans être interdites, ont vu leur taux de quantification chuter comme l’isoproturon, l’alachlore et dans une moindre mesure, l’aminotriazole. La quantification du diuron diminue également mais ce pesticide reste très présent, notamment dans le nord de la France" (6) mais aussi "Les pesticides classés prioritaires et dangereux, mais encore autorisés en 2007 comme le diuron et l’isoproturon, ne présentent aucune tendance notable" (7). Pour le diuron et l'isoproturon, le mystère reste donc entier sur ces tendances qui n'auraient de toute façon jamais dues être interprétées puisque ces pourcentages n'ont aucun sérieux statistique.

Alors que les publis SOeS expliquent qu'elles choisissent 1998 pour démarrer les tendances sur les macropolluants parce qu'elle est "l’année à partir de laquelle plus de 90% du territoire est couvert" (2), elles ne fournissent aucune justification de ce type sur le choix de 1997 pour démarrer les tendances sur les pesticides.
Notons aussi que le chapitre "L'agriculture" de ce même rapport "L'environnement en France" 2010 ne présente même pas l'évolution des quantités de pesticides utilisées dans un contexte pluriannuel qui remonterait au moins à l'année 1997 (la série présentée ne commence qu'en 2001) à partir de laquelle il présente pourtant ses "tendances" pour quelques pesticides dans les cours d’eau, ce qui aurait permit au lecteur de comparer ("le tableau révèle une cohérence d’ensemble", "privilégier le traitement de séries statistiques de long terme seules susceptibles de révéler les tendances lourdes", "Des séries statistiques longues" (5)).

Ces tendances sont donc calculées avec des méthodes inadaptées aux données mais aussi à la problématique des eaux de surface : occultation des concentrations élevées, des périodes sensibles, des effets cocktails, des toxicités, etc. Elles ne peuvent donc montrer autre chose que des évidences : les substances interdites diminuent. Les publis SOeS disent d'ailleurs "Sur la période 1997-2007, l’effort de recherche fluctuant selon les pesticides et les années, il est difficile de mettre en évidence des tendances. Néanmoins, on observe une baisse sensible de la présence dans les cours d’eau des molécules frappées d’interdiction (lindane, pesticides de la famille des triazines), même si elles ne disparaissent pas totalement, à l’image de l’atrazine" (7). Et encore aurait-il fallu ne pas omettre de présenter ces tendances dans leur support privilégié qui sont, par exemple pour le lindane, non pas l'eau mais les sédiments et les organismes vivants (coquillages, etc.). Les quelques évolutions triviales présentées ne peuvent en aucun cas prouver que la méthode grossière utilisée par les publis SOeS pour "dégager" des tendances, recyclage d'une ancienne méthode provisoire abandonnée de l'Ifen, soit une bonne méthode. Et quand les publis SOeS affirment "Des tendances peuvent néanmoins être dégagées en étudiant les fréquences de quantification des pesticides" (7), c'est sans doute qu'elles n'ont qu'une notion très lointaine de ce qu'est la rigueur statistique.

COMMENT LES PUBLIS SOeS VOIENT LES PESTICIDES DANS LES EAUX SOUTERRAINES

Comment les publis SOeS évaluent la qualité annuelle/station

Bien que cela ne soit pas plus pertinent en eaux souterraines que dans les cours d'eau, les publis SOeS calculent quand même des moyennes annuelles/station des "pesticides totaux" et des quelques substances les plus quantifiées.
Elles présentent aussi quelques cartes de "respect des normes" : "Le respect des normes de qualité, ou NQ, pour les pesticides dans les eaux souterraines, est soumis à la vérification conjointe de deux conditions : 1. la concentration moyenne annuelle en «pesticides totaux» doit être inférieure à 0,5 µg/l ; 2. la concentration moyenne annuelle par substance pesticide, doit être inférieure à 0,1 µg/l à l’exception de quatre substances (aldrine, dieldrine, heptachlore et heptachlore epoxyde) pour lesquelles la norme est de 0,03 µg/l. Le non respect de l’une ou de l’autre de ces conditions, et qui plus est, le non respect concurremment de ces deux conditions, entraînent une non conformité du point d’eau" (7).
Les publis SOeS n'exigent aucune fréquence de mesure minimale. Elles signalent "Limite de la méthode : la fréquence d’analyses des eaux souterraines est faible : deux par an dans la majorité des cas (entre 1 et 10 analyses). Pour certaines stations, la moyenne annuelle correspond donc à une seule analyse" (6). Ne signaler qu'une seule limite à "la méthode" explique bien des choses…
Pour calculer "les pesticides totaux", les exigences en nombres de substances recherchées des publis SOeS pour la même carte présentée sont variables selon ces publications "L’étude de la concentration totale en pesticides, ou «pesticides totaux» dans les eaux souterraines, a été menée sur une sélection de 1 827 stations, comportant le suivi d’au moins 10 substances différentes" (7) ou bien "Seules les stations présentant plus de 2 pesticides différents recherchés ont été ici prises en compte, d’où une sélection de 1 827 stations sur les 1 963 disponibles" (1) (quant à la carte de 1534 stations (6), les publis SOeS ne précisent simplement pas leurs exigences). On ne sait donc pas si c'est 2 ou 10 substances recherchées, ni si c'est par prélèvement ou sur l'ensemble de l'année. Dans les deux cas, et sans oublier la variabilité des LQ, ce n'est pas assez pour évaluer une somme représentative du total réel des pesticides. Peut-on calculer une somme représentative en se contentant de seulement 2 (ou 10 ?) substances recherchées, alors que plus de 140 substances différentes ont été quantifiées en 2007 (voir Carte de qualité des aquifères : les pesticides cumulés dans l’eau en 2007) ?
Les totaux présentés ne sont ainsi que des évaluations au minimum et non comparables d'un point à un autre. Certains points signalés comme non quantifiés n'auraient certainement pas dû figurer sur les cartes parce trop mal mesurés. Les publis SOeS remplacent les valeurs non quantifiées par 0 pour la moyenne annuelle des "pesticides totaux" tandis qu'elles les remplacent par LQ/2 pour la moyenne annuelle substance par substance. Mais aucune de ces deux moyennes n'a finalement de pertinence statistique. Suivant les valeurs des LQ ainsi que les périodes où les mesures sont faites et donc les proportions de valeurs non quantifiées, on peut obtenir des résultats tout à fait déconnectés de la réalité de la contamination, toujours sous-évalués pour les pesticides totaux mais sur ou sous-évalués pour les substances isolées.
Mêmes méthodes et donc mêmes critiques que pour les pesticides dans les cours d'eau, avec en plus des fréquences de mesures exigées moindres alors que la plupart des nappes contaminées sur lesquelles on a justement besoin d'informations précises sont des nappes libres où les teneurs peuvent être très variables. On omet toujours de préciser au lecteur que les seuils réglementaires de potabilité pour les pesticides totaux s'appliquent aux concentrations maximales et non aux concentrations moyennes "Trois points d'eau (0,2 %) dépassent le seuil de 5 µg/l, au-delà duquel la potabilisation de l’eau n’est plus possible" (6).
L'information étant nivelée à cause des moyennes, le choix de seuils conçus au départ (et déjà trop élevés) pour des valeurs maximales aurait dû être justifié. Ce choix qui n'a a priori rien de patrimonial rend la carte particulièrement pauvre en contenu informatif et peu sensible, même avec l'affichage du seuil de 0,1 µg/L insuffisant pour représenter des moyennes. Par exemple, dans le chapitre "L'eau" du précédent rapport "L'environnement en France" publié par l'Ifen en 2006, les points sans quantification et la première classe de quantification représentaient 40,8 % de l'échantillon affiché sur la carte de qualité des eaux souterraines (réseaux connaissance générale). Ils représentent 75,5 % de l'échantillon pour la carte des publis SOeS (réseau contrôle de surveillance DCE) présentée en 2010 (6).

Les publis SOeS annoncent "Les pesticides dans les eaux souterraines en 2007 : des nappes moins contaminées que les cours d’eau" (6). Pour affirmer cela, elles comparent apparemment des pourcentages de points dans certaines gammes de concentration identiques sur des échantillons de 1781 stations ((6) et (7)) en cours d'eau, et de 1534 stations (6) ou 1827 stations (7) en nappes souterraines : "Le niveau de contamination est plus important dans les rivières que dans les eaux souterraines. Ainsi, la concentration totale en pesticides est supérieure à 0,5 µg/l sur 18 % des points de mesure en rivières et sur 3,8 % des points en eaux souterraines" (7).
D'une part, on ne peut pas comparer ces pourcentages : d'abord il faudrait comparer des échantillons de stations comparables, c'est-à-dire soit soumis tous les deux à la pression des pesticides, ou ayant tous les deux une vraie représentativité hydro-spatiale. Ensuite, il faudrait comparer des moyennes comparables donc représentatives de la contamination réelle. Par exemple, les publis SOeS ont calculé leurs moyennes en exigeant au moins 3 fois plus de substances recherchées en cours d'eau (29) qu'en eaux souterraines (2 ou 10 ?), ce qui minimise systématiquement les teneurs en "pesticides totaux" dans les nappes souterraines. Le manque général de représentativité des moyennes (nombres de substances, LQ, fréquences et périodes des mesures, etc.) empêche toute comparaison des stations de surface entre elles, des stations d'eaux souterraines entre elles, et a fortiori entre les deux groupes de stations.
D'autre part, on ne peut pas, sauf à ce que cela n'ait aucun sens écologique, évaluer et comparer la contamination patrimoniale des eaux souterraines avec les mêmes seuils que celle des cours d'eau.
Et enfin, les publis SOeS ne comparent que des moyennes annuelles de concentrations qui ne donnent qu'un aperçu très réducteur sur la contamination des cours d'eau comme des nappes.
Que les publis SOeS commencent donc par évaluer correctement et sous tous ses aspects la contamination des cours d'eau et des nappes. Après seulement, elles pourront s'autoriser à les comparer (au fait, que signifie une "nappe contaminée" ou un "cours d'eau contaminé" en statistique non décomplexée des écosystèmes aquatiques ?). L'information "des nappes moins contaminées que les cours d’eau" ne signifie donc pas grand chose.

Comme pour les nitrates dans les eaux souterraines, la réglementation DCE relative aux pesticides est plus laxiste que la réglementation eau potable (bien qu'elle doive la prendre en compte sur les zones de protection des forages destinés à l'alimentation en eau potable) qui n'avait déjà elle-même rien à voir avec l'état patrimonial. On lit "Pour une soixantaine de molécules, les limites de quantification pratiquées par les laboratoires d’analyses sont parfois supérieures à la norme de qualité. Dans ce cas, il n’est pas possible, pour la substance concernée, de statuer sur le respect ou non de la norme". Or "Pour les eaux souterraines, les normes de qualité (NQ) ne sont pas spécifiques et la grande majorité des pesticides suivis doit répondre à un seuil commun" (7) qui est de 0,1 µg/L. On constate donc que les limites de quantification dans les eaux souterraines ne sont pas systématiquement plus basses que pour les eaux de surface et que ni la DCE ni le SIE n'exigent qu'elles soient au maximum de 0,01 µg/L comme prévu pourtant par le SEQ eaux souterraines publié en 2003 qui fixait le premier seuil de contamination à 0,01 µg/L par substance (0,001 µg/L même pour certaines substances) : "L'état patrimonial du SEQ Eaux souterraines fournit une échelle d'appréciation de l'atteinte des nappes par la pollution et permet de donner une indication sur le niveau de pression anthropique s'exerçant sur elles sans faire référence à un usage quelconque".

Les publis SOeS annoncent "L’effort de recherche progresse par rapport aux années précédentes, tant en nombre de substances recherchées au moins une fois - 447 en 2006 - qu’en fréquence de recherche – 155 substances recherchées sur plus de la moitié des points contre 117 en 2006" (7). Mais l'effort de recherche ne se limite largement pas à l'aspect quantitatif du nombre de substances recherchées. En particulier les analyses effectuées avec des LQ trop élevées sont inexploitables, la substance étant comme non-recherchée. Si l'on tient compte des remarques émises sur les limites de quantification "Le problème des limites de quantification, incompatibles dans bien des cas avec les normes en vigueur, se pose de la même manière que pour les eaux superficielles" (7) ou bien "Au total 1 522 stations, soit plus de 80 % des points d'eau suivi au niveau national, présentent au moins une substance pour laquelle il n’est pas possible d’émettre un avis sur le respect de la norme. Cependant, il faut pondérer cette remarque car, pour certaines molécules, l'analyse n'a pas été demandée initialement mais est fournie gracieusement par le laboratoire à une performance moindre" (7), on peut douter de la progression annoncée de l'effort de recherche. Ajoutons que la représentativité hydro-spatiale ne se réduit pas non plus à un nombre de stations.
Les publis SOeS présentent des évaluations réglementaires (respect des normes) mais rien de patrimonial : l'aspect concentration élevée est complètement occulté pour les "pesticides totaux" comme pour les substances isolées. L'aspect cocktail n'apparait que par une moyenne abusive des "pesticides totaux", ce qui est très réducteur, occultant par exemple que le nombre de pesticides présents peut atteindre la valeur maximale de 14 substances dans un même prélèvement en 2007 (voir Carte de qualité des aquifères : les pesticides cumulés dans l’eau en 2007). Il ne faut pas oublier que beaucoup de nappes souterraines communiquent avec les eaux de surface, impactant donc au même titre la biodiversité.
Comme pour les nitrates, les publis SOeS n'ont même pas pris la peine de différencier les contaminations des aquifères selon leur caractère superficiel ou profond.

Comment les publis SOeS évaluent les tendances

Comme pour les pesticides dans les cours d'eau, on "dégage" des tendances dans les publis SOeS en calculant l'évolution de 1997 à 2007 des pourcentages de quantification substance par substance pour "les quinze substances les plus souvent rencontrées depuis 1997" (7). Les critiques de cette méthode sont les mêmes : ces pourcentages n'ont aucune valeur statistique et génèrent des tendances ininterprétables et sans aucun renseignement sur les niveaux des contaminations. Les publis SOeS les présentent néanmoins avec la même légèreté que pour les cours d'eau.

Les publis SOeS nous expliquent que "Les effets de l’interdiction en 2001 de l’atrazine et de la simazine ne sont pas, ou très peu, perceptibles en eau souterraine, en raison des temps de migration" (7) ou encore "la «mémoire des eaux profondes» sera longue à effacer" (5). La lenteur des temps de migration et des effets des mesures d'interdiction est effectivement un phénomène bien connu pour toutes les substances de façon globale dans les eaux souterraines. Mais les publis SOeS évoquent aussi le phénomène contraire pour commenter leurs résultats "Les isomères de l’hexachlorocyclohexane, dont le plus répandu est le lindane, ont été interdits à l’utilisation à la fin de l’année 1998. La fréquence de quantification a dès lors fortement chuté, malgré un effort de recherche croissant". D'abord il n'y a aucune raison pour qu'un effort de recherche (au sens des publis SOeS) croissant conduise à un pourcentage de quantification plus élevé (la baisse du pourcentage de quantification du lindane ne serait-elle pas justement due à un effort de recherche croissant qui prendrait relativement mieux en compte des zones ou des périodes peu contaminées ?). Ensuite, de 1997 à 2007 l'effort de recherche étant "significatif" au sens des publis SOeS (> 60%), il ne pourrait donc pas, en restant dans leur logique, impacter significativement le pourcentage de quantification. Enfin, cette "forte chute" anormale pour des eaux souterraines, d'autant plus que le lindane ne se dégrade pas particulièrement rapidement, aurait du alerter les publis SOeS sur les manquements de leur variable explicative : l'effort de recherche aurait dû en effet prendre en compte aussi les nombres exacts de stations, leur localisation et leur représentativité hydro-spatiale, les nombres et les périodes des mesures, mais aussi les variations des LQ (une faible augmentation des LQ peut faire beaucoup baisser un pourcentage de quantification et inversement).

Toujours pour les nappes souterraines bien entendu, les tendances annoncées ne sont pas forcément les mêmes selon les documents. Les publis SOeS disent par exemple "Outre l’atrazine et ses métabolites (atrazine déséthyl, atrazine déisopropyl, 2-hydroxy-atrazine), les substances les plus quantifiées dans les eaux souterraines en 1997 sont la simazine, le diuron, la terbuthylazine, l’oxadixyl, le tébutame, le lindane, l’isoproturon et l’oxadiazon. Ces molécules montrent des taux de quantification en régression entre 1997 et 2007" (6) mais aussi "La fréquence de quantification du diuron, substance prioritaire de la DCE, est en légère progression" (7). Pour le diuron, le mystère reste donc entier sur ces tendances qui n'auraient de toute façon jamais dues être interprétées puisque ces pourcentages n'ont aucun sérieux statistique.

Les publis SOeS annoncent "De nouvelles molécules, non recherchées en 1997, terbuthylazine déséthyl et AMPA, enregistrent des taux de quantification importants en 2002. De même, le glyphosate, absent des analyses de 1997, montre un taux de quantification de 4,6 % en 2002, diminuant à 0,86 % en 2007 (environ 2 % en 2004 et 2005)" (6). D'une part les publis SOeS ne marquent pas d'étonnement devant un saut de pourcentage de quantification dans des nappes de plus de 30 % à moins de 10 % en l'espace de seulement 5 ans pour le terbuthylazine déséthyl, ou un saut de plus de 20 % à moins de 5 % pour l'AMPA dans la même durée. D'autre part, les publis SOeS ne tiennent même plus compte de "l'effort de recherche" qu'elles proposent pourtant pour interpréter les graphes de tendance (7) et qui est justement particulièrement faible pour ces trois substances en 2002. Elles présentent des commentaires incohérents avec le premier cité : "Les variations de l’effort de recherche ne permettent pas d’interpréter les évolutions de la fréquence de quantification de son métabolite, la terbuthylazine déséthyl" (7) et "Les efforts de recherche du glyphosate et de son métabolite l’AMPA sont trop récents pour mettre en évidence une tendance des fréquences de quantification" (7).

Comme pour les cours d'eau, l'Ifen a fournit des graphiques d'évolutions des nombres de stations et d'analyses de pesticides par type de réseau depuis 1997 jusqu'au bilan publié en 2007 (données 2005), ce qui permettait de comprendre une des limites de la méthode des pourcentages de quantification. Or les publis SOeS ne les présentent plus, alors même que "La mise en œuvre de la directive cadre européenne sur l’eau (DCE) a conduit à une évolution des réseaux de suivi de la qualité des eaux" (7) et qu'elles affichent des tendances sans préciser les nombres exacts de stations mesurées ni d'analyses réalisées et réduisant "l'effort de recherche" à "la fréquence de recherche". C'est ainsi que l'on constate que pour les eaux souterraines, hors réseaux sanitaires, le nombre de stations passe d'environ 900 en 1997 à 1600 en 2005 avec un pic à 2000 en 2003, le nombre d'analyses passant d'environ 80000 en 1997 à 560000 en 2005, et que donc les seules "fréquences de recherche" affichées par les publis SOeS n'ont en réalité aucune valeur explicative.

Les publis SOeS ne devraient même pas commenter ces fréquences de quantification qui n'ont aucune valeur informative. Comme pour les cours d'eau, ces fréquences de quantification bafouent les règles élémentaires de la statistique.
Les tendances sont faites avec des méthodes inadaptées aux données et à la problématique des eaux souterraines (ressource patrimoniale dont les contaminations sont durables et donc à évaluer très finement et avec des limites analytiques très basses) et impropres à montrer quoi que ce soit puisqu'il n'y a pas d'évidences grossières dans les eaux souterraines. La méthode utilisée par les publis SOeS pour "dégager" des tendances dans les eaux souterraines, recyclage d'une ancienne méthode de l'Ifen appliquée provisoirement en cours d'eau puis abandonnée, n'est qu'un simulacre de méthode et révèle une inaction durable et inavouable dans ce domaine. Et quand les publis SOeS affirment "Des tendances peuvent néanmoins être dégagées en étudiant les fréquences de quantification des pesticides" (7), c'est sans doute qu'elles n'ont qu'une notion très lointaine de ce qu'est la rigueur statistique.

BILAN DES METHODES
___________STATISTIQUES DES PUBLIS SOeS SUR L'EAU___________

UN ETALAGE DECOMPLEXE DE CALCULS A LA TRUELLE, D'AFFIRMATIONS GRATUITES, D'IMPRECISIONS CONFUSANTES, DE CONTRADICTIONS ET MEME D'ERREURS INACCEPTABLES AU NIVEAU D'UN SERVICE STATISTIQUE NATIONAL

Synthèse non-exhaustive des exemples présentés dans l'analyse détaillée précédente

Les publis SOeS calculent des moyennes sans aucune représentativité ni annuelle ni hydro-spatiale
Pratiquement tout l'édifice méthodologique des publis SOeS est bâti sur des moyennes. Mais est-ce que ces moyennes ont une quelconque valeur représentative ? On peut en effet légitimement se demander :
Que signifie une "moyenne annuelle" en cours d'eau, même "pondérée par le temps" de 1 mesure de nitrates ou d'oxygène dissous tous les 3 mois ou même tous les 2 mois ?
Que signifie une "moyenne annuelle" en cours d'eau de 1 mesure de "pesticides totaux" tous les 3 mois ? Et que signifie une somme de pesticides avec seulement 29 substances recherchées, alors que plus de 230 substances différentes ont été quantifiées en 2007 ?
Que signifie une "moyenne annuelle" en nappe phréatique de 1 mesure de nitrates tous les 6 mois ?
Que signifie une "moyenne annuelle" en nappe phréatique de 1 mesure de "pesticides totaux" tous les 6 mois ? Et que signifie une somme de pesticides avec seulement 2 (ou 10?) substances recherchées, alors que plus de 140 substances différentes ont été quantifiées en 2007 ?
Que signifie une moyenne géographique sur un BV Rnde des moyennes annuelles par station lorsque l'on ne connait ni le nombre exact ni la situation géographique des stations prises en compte ?
Que signifie une moyenne sur un BV Rnde qui mélange les Pyrénées avec les Landes ("Adour et nivelle"), ou la Haute-Marne avec la région parisienne ("Marne") ?
Que signifie une moyenne géographique sur la France qui mélange les moyennes géographiques des BV Rnde "Côtiers picards et boulonnais" et "Corse" ?
Que signifie finalement une moyenne nationale de moyennes par BV Rnde de moyennes annuelles de 1 mesure de nitrates ou d'oxygène dissous tous les 3 mois pour des stations de cours d'eau dont on sait pas ce qu'elles représentent dans le BV Rnde ?
Et a-t-on réellement le droit de comparer toutes ces moyennes entre elles, que ce soit des moyennes annuelles par station, par BV Rnde ou nationales ?

Les publis SOeS présentent des indices et des pourcentages qui ne veulent rien dire
Cet effet d'annonce des publis SOeS sur les pesticides en quatrième de couverture du bilan 2010 "Les normes de qualité environnementales définies à ce jour ne sont pas respectées sur 11 % des points en cours d’eau…. Dans de nombreux cas, les performances analytiques des laboratoires ne permettent pas de statuer sur le respect ou non de ces normes" est tout simplement inacceptable. Que signifie ces "11 % des points" quand les "nombreux cas" sur lesquels on ne peut rien dire représentent en réalité "88 %" de l'échantillon total ? On peut seulement dire que la majorité (91 %) des stations pour lesquelles on peut émettre un avis (12 % de l'échantillon total) ne respecte pas la norme. C'est-à-dire, en corrigeant la formulation des publis SOeS, que "Les normes de qualité environnementales définies à ce jour ne sont pas respectées sur 11 % à 99 % des points en cours d’eau"… Annoncer "11 %" (même en ajoutant une petite phrase qui, on le sait bien, n'a que peu de chance d'être prise en compte à sa réelle valeur et investiguée par les médias) au lieu d'annoncer "entre 11% et 99 %", c'est-à-dire au lieu de ne rien annoncer, ne relève-t-il pas de la propagande ? Est-ce bien digne du niveau d'un service statistique national ?
Pour les tendances sur les nitrates dans les eaux souterraines, les publis SOeS calculent des pourcentages nationaux de points selon des gammes de concentrations arbitraires qui n'ont rien de patrimonial, et sur des échantillons de stations éminemment variables selon les années, en nombres (15212 en 97-98 et 9841 en 2007) comme en emplacement et en nature si bien qu'ils n'ont aucune représentativité à tous points de vue. Ces pourcentages de points statistiquement incomparables sont étonnamment repris dans un tableau comparatif et dans les commentaires.
Dans leurs graphes d'évolution des indices pour les macropolluants, les publis SOeS ne fournissent pas le nombre réel de stations entrant dans les calculs par BV Rnde et par année, et encore moins la représentativité hydro-spatiale de ces échantillons annuels de stations par BV.
De même pour les pesticides en cours d'eau et en eaux souterraines, les publis SOeS accompagnent leurs graphes de tendance des "fréquences de quantification" par substance de "la fréquence de recherche" qui est le pourcentage de stations sur lequel la substance a été cherchée. Mais elles ne fournissent pas les nombres annuels exacts de stations mesurées ni d'analyses réalisées. Et encore moins la représentativité hydro-spatiale de ces échantillons annuels de station, ni la représentativité des analyses en termes de fréquences et de périodes de mesures ni de LQ qui sont elles-aussi éminemment variables.
Or sans toutes ces précisions de base, aucune statistique ne peut être crédible.
Quant à leur méthode des "fréquences de quantification" utilisée en 2010 pour "dégager" des tendances pour quelques substances pesticides en cours d'eau et en eaux souterraines, les publis SOeS recyclent tout simplement une ancienne méthode que l'Ifen a appliqué provisoirement en cours d'eau, a jugé inadaptée et a abandonné dès 2006. Il faut en effet n'avoir qu'une notion très lointaine de la rigueur statistique pour oser comparer entre eux ces pourcentages de quantification que l'on peut qualifier d'escroquerie statistique car tout y varie (nombres et position des stations, nombres et périodes des analyses, LQ des analyses) sans même que l'on n'évalue la représentativité de quoi que ce soit.
Le pire, c'est que, alors que ces pourcentages n'ont aucune valeur statistique et génèrent des tendances ininterprétables et sans aucun renseignement sur les niveaux des contaminations, les publis SOeS les comparent et les commentent, faisant ainsi preuve d'une irresponsabilité inacceptable !

Les publis SOeS commencent leur graphe de tendance au sommet d'un pic
Les publis SOeS ont choisi l'année 1998 comme origine de leur graphique de tendance pour les bassins versants de la Bretagne. Mais si ces publis SOeS s'étaient un minimum embarrassé des questions de représentativité (représentativité pluriannuelle cette fois), elles auraient constaté que l'année 1998 était située au sommet d'un pic des concentrations lié au contexte pluviométrique pluriannuel particulier dans lequel elle s'insère. La seule information l'on peut en tirer de ces ersatz de tendances, c'est que les concentrations dépendent de la pluviométrie, et non pas que "Les nitrates de ces 4 bassins versants, très agricoles et très pollués en 1998, sont en baisse d’environ 20 % sur la période. Les apports d’engrais azotés en Bretagne ont effectivement diminué depuis 1998, d’environ 30 %".

Les publis SOeS présentent une carte qui affiche des tendances en passant allègrement à travers un pic
La carte intitulée "Évolution des concentrations en nitrates en Bretagne entre 1997 et 2007" pour les cours d'eau présente une "Évolution annuelle moyenne par station (mg/l)" qui a certainement été calculée de façon tout à fait inadaptée (la méthode n'est pas communiquée, s'agirait-il d'un simple ajustement linéaire par station entre 1997 et 2007 ?) car cette baisse généralisée (seules 3 stations sur un total de 93 sont en hausse) des concentrations moyennes "jusqu’à plus de 10 mg/l sur la période" est une vue assez simplificatrice et simpliste des évolutions réelles des concentrations entre 1997 et 2007.
N'importe quelle évaluation un tant soit peu sérieuse des tendances entre 1997 et 2007 aurait dû prendre en compte le grand pic des concentrations intermédiaire de 1998/1999/2000.
Si les indices de tendance pour les BV Rnde de la Bretagne avaient commencé en 1997 et non en 1998, et si la carte avait affiché la quasi-absence réelle de tendances des concentrations moyennes entre 1997 et 2007, on n'aurait pas eu de "tendance générale à la baisse dans les cours d'eau" qui "fait suite à une diminution des intrants azotés", mais simplement un pic des concentrations moyennes en 1998 lié aux conditions pluviométriques pluriannuelles suivi d'une stabilisation depuis 2002 à un niveau sensiblement équivalent à celui de 1997. C'est tout ce qu'on pouvait déduire de l'analyse grossière de périodes de temps inadaptées des publis SOeS et du manque de données régionales à long terme sur la pluviométrie.
Il y a pourtant certainement eu une baisse non climato-dépendante des concentrations de nitrates, c'est-à-dire en lien avec une baisse des apports azotés. Mais pour la présenter, même rapidement, les publis SOeS n'auraient pas dû se limiter aux concentrations moyennes annuelles, et elles auraient dû comparer le déroulement et les impacts de tous les cycles pluviométriques depuis au moins deux décennies. Et pour justifier sérieusement de cette baisse, et c'est ce que l'on attendait au niveau d'un service statistique national, les publis SOeS auraient dû utiliser des méthodes de calculs adaptées donc forcément infiniment plus complexes qui prennent en compte l'ensemble des paramètres de pression, hydrologiques, etc.

Les publis SOeS font des statistiques sur les eaux souterraines en agrégeant les points selon des contours de bassins versants de surface
Dans la série "méthode éprouvée" (triples couches de moyennes non représentatives, pourcentages de quantification de tout et n'importe quoi, etc.), les publis SOeS ont aussi inventé le bassin versant de surface pour représenter la pollution des eaux souterraines : alors que les contours des nappes n'ont rien à voir avec ceux des bassins versants de surface, les publis SOeS présentent et comparent entre elles des moyennes géographiques sur des délimitations de bassins versants de surface de moyennes annuelles par point d'eaux souterraines. Et quand elles annoncent "des concentrations moyennes dépassant 40 mg/l au droit de 15 des 182 secteurs hydrographiques diagnostiqués, et 50 mg/l dans 7 d’entre eux. Les taux les plus forts sont enregistrés en Nord Bretagne et dans le bassin versant de la Sèvre Niortaise", on espère que le lecteur comprendra qu'il s'agit d'eaux souterraines. Comment ne pas s'étonner devant la façon très décomplexée dont les publis SOeS comparent ces curieuses moyennes géographiques d'eau souterraine par secteur hydrographique de surface à un seuil de 50 mg/L présenté comme un "seuil réglementaire de potabilité" en réalité destiné à être comparé à une concentration par station et à une concentration maximale annuelle ("souci de rendre l’information, parfois complexe, la plus lisible possible") !
Non seulement les publis SOeS esquivaient toutes les questions de représentativité hydro-spatiale des stations de cours d'eau dans un bassin versant arbitraire (Rnde ou secteur hydrographique) sur lesquelles elles se trouvent, mais que dire de la représentativité de la moyenne des points de nappes parfois empilées qui se trouveraient sous un secteur hydrographique ? On attend l'invention du bassin versant hydrogéologique pour représenter la pollution des cours d'eau…

Les publis SOeS présentent des fréquences de quantification d'analyses de pesticides en cours d'eau comme des pourcentages de stations quantifiées
Les publis SOeS annoncent "Présente en 2007 dans plus de 13% des stations, l’atrazine...". Ce pourcentage "plus de 13%" paraît faible et correspond étrangement au pourcentage de quantification des analyses d'atrazine en 2007. La carte des concentrations moyennes annuelles 2007 présentée par ces mêmes publis SOeS montre que l'atrazine est quantifiée sur 804 des 1819 stations sélectionnées où elle est recherchée. L'atrazine est ainsi présente en 2007 sur 44 % des stations où elle est recherchée. Rien à voir avec les 13 % annoncés. Donc non seulement les publis SOeS présentent une fréquence de quantification d'analyse comme un pourcentage de stations quantifiées, mais elles ne marquent pas d'étonnement en présentant des valeurs qui devraient leur paraitre écologiquement suspectes comme seulement 13 % de stations quantifiées pour l'atrazine.
Même erreur quand les publis SOeS annoncent "le métolachlore est également quantifié sur près de 12 % des stations". Ce pourcentage "près de 12%" correspond étrangement au pourcentage de quantification des analyses de métolachlore en 2007. La carte des concentrations moyennes annuelles 2007 présentée par ces mêmes publis SOeS montre que le métolachlore est quantifié sur 604 des 1318 stations sélectionnées où il est recherché. Le métolachlore est ainsi présent en 2007 sur 46 % des stations où il est recherché. Rien à voir avec les 12 % annoncés.

Et les publis SOeS présentent même des fréquences de quantification d'analyses de pesticides comme des pourcentages de cours d'eau quantifiés
Les publis SOeS annoncent "Se sont substitués aux premières places le glyphosate et surtout son métabolite l’AMPA, qui se retrouvent quantifiés respectivement dans près du tiers et près de la moitié des cours d’eau analysés chaque année depuis 2002". Ces pourcentages "prés du tiers" et "prés de la moitié" correspondent étrangement aux pourcentages de quantifications d'analyses présentés dans les graphes des tendances 2002/2007. Les cartes des concentrations moyennes annuelles 2007 présentées par ces mêmes publis SOeS montrent que le glyphosate est quantifié sur 354 des 615 stations sélectionnées où il est recherché et que l'AMPA est quantifié sur 413 des 615 stations sélectionnées où il est recherché. Donc non seulement les publis SOeS présentent encore des fréquences de quantification d'analyse comme des pourcentages de stations quantifiées et auraient dû dire "le glyphosate et son métabolite l’AMPA sont quantifiés en 2007 respectivement dans 58 % et 67 % des stations où ils sont analysés". Rien à voir avec "prés du tiers" et "prés de la moitié". Mais pire, les publis SOeS présentent des fréquences de quantification d'analyse comme des pourcentages de cours d'eau analysés, malgré la mise en garde explicite de l'Ifen contre ce type de confusion explicable chez un néophyte "De façon générale, il faut éviter toute interprétation qui confondrait un point de mesure avec un cours d’eau…". Si l'Ifen n'a pas mis en garde contre la confusion entre une analyse chimique et un point de mesure, c'est que cela n'avait jamais eu lieu… avant les publis SOeS ?

Les publis SOeS relient des qualités d'eau à l'occupation du sol des BV Rnde où se trouvent les stations de mesure et non à l'occupation du sol des BV réellement drainés par ces stations
Si les précurseurs des sciences hydrologiques du monde entier pouvaient lire la façon plus que décomplexée dont les publis SOeS réalisent leurs "agrégations typologiques", ils se retourneraient dans leurs tombes : "Pour cela, l’occupation du sol dans chaque bassin versant de type RNDE est reconstituée à l’aide des données de la base CORINE Land Cover 2006". Le seul lien que l'on a le droit d'effectuer, c'est entre la qualité de l'eau à une station donnée et l'occupation du sol dans le bassin versant qu'elle draine. Et les seuls regroupements que l'on peut faire, ce sont les qualités de l'eau pour les stations dont l'occupation du sol dans le bassin qu'elles drainent est similaire : on peut par exemple faire des statistiques sur les qualités des l'eau rencontrés à l'exutoire des bassins versants agricoles (sans compter qu'il faut aussi que les faciès géologiques et pédologiques, les types de climats et de pratiques culturales, et les conditions hydrologiques annuelles et pluriannuelle soient similaires !). Or que font les publis SOeS ? Elles relient la moyenne des qualités des stations situées sur un BV Rnde, à l'occupation du sol dans ce même BV Rnde ; au lieu de rassembler les stations par la typologie commune de leur BV drainé, indépendamment de toute notion de BV Rnde et de qualité moyenne. C'est tout simplement du grand n'importe quoi à tous points de vue. Il est vrai que cette façon de traiter les "agrégations typologiques" simplifie considérablement les calculs, zappant en particulier toute la problématique liée à la mauvaise qualité des données sur les coordonnées exactes des stations de mesure…

Selon la publication, les publis SOeS présentent et/ou commentent les mêmes chiffres de façon incohérente
Selon la publication, les publis SOeS présentent une moyenne nationale pour les nitrates en 2007 dans les cours d'eau qui passe de 14,2 mg/L (4) à 16 mg/L (6). Dans ce dernier cas, les publis SOeS ne donnent aucune explication sur la méthodologie utilisée. La valeur de cet indicateur est-elle au choix du lecteur ?
Pour les pesticides dans les cours d'eau, les publis SOeS disent "D’autres substances, sans être interdites, ont vu leur taux de quantification chuter comme l’isoproturon, l’alachlore et dans une moindre mesure, l’aminotriazole. La quantification du diuron diminue également mais ce pesticide reste très présent, notamment dans le nord de la France" (6) mais aussi "Les pesticides classés prioritaires et dangereux, mais encore autorisés en 2007 comme le diuron et l’isoproturon, ne présentent aucune tendance notable" (7). Pour le diuron et l'isoproturon, les tendances annoncées ne sont donc pas les mêmes selon les documents publiés.
Toujours pour les pesticides dans les cours d'eau, les publis SOeS annoncent "Présente en 2007 dans plus de 13% des stations, l’atrazine…" (7). Mais elles annoncent aussi pour cette même année 2007 "L’atrazine et son métabolite principal l’atrazine déséthyl ne sont pas quantifiés dans respectivement 56 % (1 015 stations sur 1 819) et 60 % (715 stations sur 1 186) des points de mesure" (7). Les publis SOeS annoncent de même "le métolachlore est également quantifié sur près de 12 % des stations" (7). Mais elles annoncent aussi pour cette même année 2007 pour le métolachlore "Plus de la moitié des stations ne présente toutefois aucune quantification dans l’année (714 sur 1 318 soit 54 %)" (7). Au lecteur donc de choisir son pourcentage de stations quantifiées entre 13 % et 44 % pour l'atrazine, et entre 12 % et 46 % pour le métolachlore !
Pour les pesticides dans les nappes souterraines, les publis SOeS disent "Outre l’atrazine et ses métabolites (atrazine déséthyl, atrazine déisopropyl, 2-hydroxy-atrazine), les substances les plus quantifiées dans les eaux souterraines en 1997 sont la simazine, le diuron, la terbuthylazine, l’oxadixyl, le tébutame, le lindane, l’isoproturon et l’oxadiazon. Ces molécules montrent des taux de quantification en régression entre 1997 et 2007" (6) mais aussi "La fréquence de quantification du diuron, substance prioritaire de la DCE, est en légère progression" (7). Pour le diuron, les tendances annoncées ne sont donc pas les mêmes selon les documents publiés.
Toujours pour les pesticides dans les nappes souterraines, les publis SOeS disent "De nouvelles molécules, non recherchées en 1997, terbuthylazine déséthyl et AMPA, enregistrent des taux de quantification importants en 2002. De même, le glyphosate, absent des analyses de 1997, montre un taux de quantification de 4,6 % en 2002, diminuant à 0,86 % en 2007 (environ 2 % en 2004 et 2005)" (6). D'une part les publis SOeS ne marquent pas d'étonnement devant un saut de pourcentage de quantification dans des nappes de plus de 30 % à moins de 10 % en l'espace de seulement 5 ans pour le terbuthylazine déséthyl, ou un saut de plus de 20 % à moins de 5 % pour l'AMPA dans la même durée. D'autre part, les publis SOeS ne tiennent même plus compte de leur "effort de recherche" qu'elles proposent pourtant pour interpréter les graphes de tendance et qui est justement particulièrement faible pour ces trois substances en 2002. Avec des commentaires incohérents avec le premier cité : "Les variations de l’effort de recherche ne permettent pas d’interpréter les évolutions de la fréquence de quantification de son métabolite, la terbuthylazine déséthyl" (7) et "Les efforts de recherche du glyphosate et de son métabolite l’AMPA sont trop récents pour mettre en évidence une tendance des fréquences de quantification" (7).
Le mystère reste donc entier sur tous ces chiffres, pourcentages et tendances qui, n'ayant aucun sérieux statistique, n'auraient de toute façon jamais dus être publiés et pour le moins interprétés au niveau d'un service statistique national.

Et quelques autres exemples pour compléter…

Les publis SOeS précisent "Bien que… et que les années de sécheresse puissent aggraver sensiblement la concentration des polluants" (5). Pour les nitrates par exemple, c'est le contraire.
Les publis SOeS expliquent "L’eau de pluie n’est pas «pure» : elle véhicule entre autres des éléments traces mettalliques, des éléments chimiques comme l’azote via les nitrates et l’ammonium dissout (pouvant représenter jusqu’à 10 kg/ha) et même des pesticides, qui peuvent ainsi être dispersés et participer à la contamination des eaux" (6). Les gouttelettes des pesticides provenant des pulvérisateurs au moment des traitements et de la volatilisation à partir des surfaces contaminées ne sont pas dispersées par la pluie, mais par le vent et l'ensemble des courants atmosphériques.

Les publis SOeS titrent certains paragraphes par "Les nitrates dans les cours d’eau en 2007 : des concentrations plus importantes dans le Nord-Ouest" (6) ou "Les nitrates dans les nappes en 2007 : situation plus dégradée pour une grande moitié Nord"(6) ou "La contamination au regard des pesticides se confirme" (6) ou "Les pesticides dans les cours d’eau en 2007 : des concentrations plus fortes dans les régions agricoles intensives" (6). En voilà des informations nouvelles et pertinentes qui vont pouvoir servir de référence !

Les publis SOeS annoncent "Les pesticides dans les eaux souterraines en 2007 : des nappes moins contaminées que les cours d’eau" (6). Que les publis SOeS commencent par évaluer correctement et sous tous ses aspects la contamination des cours d'eau par les pesticides. Même chose pour la contamination des nappes. Après seulement, elles pourront s'autoriser à les comparer (au fait, que signifie une "nappe contaminée" ou un "cours d'eau contaminé" en statistique non décomplexée des écosystèmes aquatiques ?) !

Les publis SOeS annoncent "Aucune tendance à la baisse ne se dessine concernant les pesticides" (5). Sur quelles statistiques exactement cette affirmation est-elle étayée ? Peut être que c'est vrai, mais où sont les preuves de cette affirmation ? Et de quelle baisse s'agit-il, des masses, des nombres, des toxicités, des impacts ? Il aurait fallu dire que, depuis 13 ans qu'on les mesure, les publications officielles n'ont toujours pas présenté de véritables tendances pour les pesticides. Ce qui nous ramène à la remarque précédente puisqu'avant de s'occuper des tendances, il faudrait d'abord être capable d'évaluer correctement la contamination réelle.

Les publis SOeS annoncent "L’évolution de la quantification des pesticides : un changement des pratiques" (6) ou "Ces bilans sont l’occasion de dresser chaque année la liste des 15 substances les plus quantifiées, en majorité des herbicides. L’examen de ces listes montre un glissement dans les pratiques, lié notamment à l’interdiction de certains produits survenue ces dix dernières années, comme l’atrazine en 2003, et au recours de plus en plus répandu à d’autres produits comme le glyphosate" (6) ou "Reflet de pratiques évoluant selon les interdictions prononcées, le glyphosate et son métabolite l’AMPA sont très présents depuis le début des années 2000 dans les cours d’eau, remplaçant ainsi l’atrazine parmi les pesticides les plus quantifiés" (7) ou "Certains pesticides historiquement assez quantifiés comme le tébutame, l’oxadiazon ou l’oxadixyl ont peu à peu laissé leur place au glyphosate et à son métabolite l’AMPA, reflet de changement de pratiques" (7). Depuis quand le remplacement d'une molécule ancienne par une autre plus récente constitue-t-il un "glissement dans les pratiques" ? A ce compte-là, les pratiques "glissent" depuis l'invention des pesticides ! Au moment où l'on célèbre l'année de la biodiversité, n'est-on pas en droit d'attendre autre chose au niveau d'un service statistique national pour les tendances des pesticides dans les eaux que ce bavardage stupide et stérile ?

Les publis SOeS annoncent en gros titre "La qualité des rivières s’améliore pour plusieurs polluants, à l’exception des nitrates" (3). En analysant le contenu de ces publications et au vu des nombreuses insuffisances de ses méthodes, on constate que "plusieurs polluants" ce sont simplement les baisses triviales déjà connues et montrées avec le SEQ des DBO5, nitrites et ammonium traités en station d'épuration depuis longtemps, des orthophosphates dont l'usage a été considérablement réduit ; et que "à l’exception des nitrates", c'est simplement que la méthode des publis SOeS n'est pas prévue pour voir des tendances non triviales de paramètres très influencés par les cycles climatiques annuels et pluriannuels comme les nitrates. L'effet d'accroche "à l’exception des nitrates" est donc tout à fait injustifié.

Les publis SOeS vont encore plus loin en annonçant "on constate tendanciellement une stabilisation, voire une amélioration, des paramètres de qualité des cours d’eau" (5) ou "l’état des eaux superficielles renvoie cependant l’image d’une évolution plutôt encourageante" (5) ou encore "Des tendances relativement positives s’esquissent pour la qualité des eaux superficielles" (5). Les seules tendances que les publis SOeS ont montré (d'ailleurs sans aucun élément sur leur significativité) et cela ne prouve en rien la pertinence des méthodes utilisées, ce sont des tendances triviales qui concernent des paramètres triviaux. Rien que des choses déjà connues depuis un certain temps. Il semble donc qu'il y ait une généralisation d'autant plus abusive qu'aucune tendance pertinente et robuste n'est proposée pour les nitrates et les pesticides.

Les publis SOeS expliquent "Réglementairement, deux seuils de concentration sont à considérer pour les «pesticides totaux» : - 0,5 µg/l : concentration au-delà de laquelle l’eau n’est plus potable et nécessite un traitement en vue d’une consommation humaine ; - 5 µg/l : concentration au-delà de laquelle il n’est plus possible de traiter l’eau pour la rendre potable" (6). Dans ce dernier cas, il faudrait préciser "sauf dérogation". Et qu'il ne s'agit pas de concentration moyenne.

Comment les publis SOeS en 2010 peuvent-elles affirmer que 2007 est une année de référence pour les données de surveillance alors que le SOeS signale en même temps sur ces données de pesticides 2007 (Exploitation nationale des données 2007 de pesticides dans les eaux : résultats et enseignements, 11 Mars 2010 SOeS, 13p.) : "Des stratégies locales d’observation pas forcément compatibles avec une synthèse nationale", -"Des limites de quantification variables dans le temps et dans l’espace, -et en inadéquation avec les NQ", -"Des NQE pour un nombre limité de substances (cours d’eau)", -"Des substances très quantifiées sans NQE", -"Des tendances nationales difficiles à établir" ? Ou encore "pas d'avis possible" concernant le respect des NQE (7) pour 1601 stations sur 1820, -"Les analyses étant confiées à différents laboratoires, les limites de quantification ne sont donc pas homogènes sur l’ensemble du territoire" (7) ? Au fait, ce sont les laboratoires qui décident ? N'y a-t-il donc pas de cadrage national sur les limites analytiques des analyses à réaliser ?
L'Ifen (8) disait en 2006 "Avec la mise en place du système d’information sur l’eau et des contrôles de surveillance et opérationnels pour la directive cadre, des progrès significatifs sont attendus sur les données de contamination des eaux par les pesticides. En particulier au niveau : -de la représentativité spatiale des réseaux de connaissance générale de l’eau ; -de l’homogénéisation des stratégies de mesures et de la qualité des données (en particulier, limites de quantification maximales, fréquences de mesure minimales avec des périodes obligatoires de prélèvements, liste nationale minimum de molécules à rechercher, etc.) ; -des durées de mise à disposition de l'information au niveau national"
Apparemment, pour cette année 2007 de référence, la DCE et le SIE n'auraient pas accouché de toutes ces belles promesses (voir aussi les articles du site Eau-Evolution sur les données chimiques 2007) ou bien ont une vision bien peu patrimoniale des maximum des LQ et des minimum des fréquences, des listes nationales de molécules à rechercher, etc.

Les publis SOeS annoncent "Le développement de bases de données et d’outils statistiques permet de suivre l’évolution de l’environnement et de mettre en perspective les débats actuels sur une base chiffrée et précise" (5). Est-ce que le "développement d'outils statistiques" dans le domaine de l'eau, c'est la trivialissime méthode à base de moyennes de moyennes de moyennes pour les macropolluants, ou, pour les pesticides, les anciennes méthodes des pourcentages de quantification abandonnées car dépourvues de sens mais ressorties sans scrupule des tiroirs pour l'occasion ? Par exemple pour les pesticides, où est la "base chiffrée et précise" sur laquelle des débats étayés pourraient s'appuyer (voir ci-dessus) ?

Les publis SOeS déclarent entre autres pour justifier leur nouvelle méthode d'évaluation que "Un nouveau système d’évaluation conforme à la DCE est en cours de développement mais il ne permet pas, a priori, l’étude d’une tendance déconnectée des aspects réglementaires" (2). Ainsi, selon les publis SOeS, les tendances évaluées par la DCE pour les macropolluants dans les cours d'eau ne sont "a priori" que réglementaires. Elles ne viseraient donc pas à montrer une situation objective réelle au regard d'une ressource patrimoniale ?

Les publis SOeS affirment "La directive-cadre sur l’eau (DCE), politique communautaire dans le domaine de l’eau, fixe comme objectif l’atteinte du bon état des eaux en 2015. Elle définit celui-ci à partir d’un bilan très complet sur l’état écologique, chimique, biologique et quantitatif des différentes catégories d’eau" (6). Un bilan très complet ? Comme par exemple avec l'état chimique qui ne prend en compte qu’un tout petit nombre des toxiques susceptibles d’être présents dans l’eau, qui les prend en compte avec des concentrations maximales qui ont peu de chance d'être bien évaluées, des moyennes arithmétiques annuelles peu représentatives et des seuils de toxicité établis sur des connaissances empiriques et fragmentaires, qui ne tient pas compte du niveau de dépassement de ces seuils, et qui ne tient pas compte de la toxicité cumulée de toutes les substances ? En quoi des valeurs moyennes sont-elles pertinentes pour des substances hautement saisonnières comme les pesticides ? Un simple suivi pour les sédiments ? Cet état chimique n'est qu'un leurre et nivelle gravement par le bas toute la problématique de la toxicité réelle des eaux et des sédiments.

DES METHODES D'UN AUTRE TEMPS A BASE DE MOYENNES ET DE POURCENTAGES REDUCTEURS, TRIVIAUX ET INADAPTES

Synthèse des méthodes des publis SOeS

Evaluation de la qualité annuelle par station
Les publis SOeS ne calculent que des moyennes annuelles pour évaluer l'état des eaux pour les nitrates, les autres macropolluants et les pesticides, en cours d'eau comme en nappes souterraines (excepté quelques cartes réglementaires de respect dichotomique des normes NQE pour les cours d'eau).
Ces moyennes sont tantôt pondérées par le temps (nitrates en cours d'eau) mais tantôt non (nitrates en cours d'eau et nappes, pesticides en cours d'eau et nappes), sans qu'on sache pourquoi elles ne le sont pas alors que les publis SOeS nous expliquent que cette pondération améliorerait leur représentativité.
Les fréquences de mesure minimum exigées sont de 4 ou 6 mesures/an pour les nitrates en cours d'eau, 4 mesures/an pour les pesticides en cours d'eau, et aucune exigence pour les nitrates ni pour les pesticides dans les nappes.
Pour les "pesticides totaux", on exige un minimum de 29 substances/prélèvement en cours d'eau, et 2 (ou 10 ?) substances pour l'année (ou par prélèvement ?) en eaux souterraines.

Evaluation de la qualité annuelle par entité géographique
Pour les nitrates et autres macropolluants en cours d'eau, les publis SOeS calculent les moyennes des qualités des stations sur chacun des 55 BV Rnde (ou des 187 secteurs hydrographiques selon les publications) sans aucune interrogation sur la représentativité hydro-spatiale au sein de chaque bassin Rnde ou secteur hydrographique (lien amont-aval, surreprésentativité des grands cours d'eau, etc.). Au niveau national, elles calculent la moyenne des qualités ainsi calculées des 55 BV Rnde (pondérées par leur surface). Les moyennes pour l'ensemble des 55 BV Rnde ne sont pas plus pertinentes sur le plan hydro-spatial, en particulier parce que beaucoup de ces BV Rnde ne sont pas indépendants, eux-mêmes liés amont-aval. Devant la complexité réelle de la problématique de la représentativité hydro-spatiale, la "pondération surfacique" des publis SOeS parait tout à fait ridicule.
Pour les nitrates en nappes (excepté pour la carte de qualité, voir ci-après) et pour les pesticides en cours d'eau et nappes, l'agrégation par entité géographique se fait directement au niveau national. Les publis SOeS calculent des pourcentages de points sur des échantillons nationaux sans notion de leur représentativité hydro-spatiale.
Pour les nitrates en nappes, les publis SOeS présentent une carte de qualité étonnante où elles font la moyenne des qualités des points de mesure sur chacun des 187 secteurs hydrographiques de surface. Déjà qu'elles esquivaient toute notion de représentativité pour les stations d'un bassin Rnde ou d'un secteur hydrographique, que dire de la représentativité de points de nappes souterraines moyennés selon les délimitations des secteurs hydrographiques ? A quand une carte des cours d'eau où les stations de mesure seraient moyennées selon les délimitations des nappes souterraines ?

Evaluation des tendances
Les publis SOeS ne se basent aussi que sur des moyennes pour évaluer les tendances pour les macropolluants étudiés. Pour les cours d'eau, les moyennes de moyennes de moyennes produisent des indicateurs nationaux annuels, comme par exemple "l'oxygène dissous en France en 1998". Ces indicateurs synthétiques constituent un précieux sésame qui ramène les méthodes des publis SOeS à ce que l'Insee par exemple sait faire dans les domaines non écologiques : des indices chaînés. Les tendances nationales de ces indicateurs sont initiées sur des critères non-écologiques en 1998, avec les biais que cela peut induire dans ce type d'indice. Ces indicateurs nationaux synthétiques occultent une méthode d'obtention archaïque et grossière avec une triple couche de non-représentativité et ils débouchent donc sur des tendances peu interprétables et qui ne montrent que les trivialités déjà connues : les macropolluants traités par les stations d'épuration ou dont les rejets ont été limités ont baissé. La méthode est si simpliste qu'elle ne peut en aucun cas servir à produire des tendances performantes, pertinentes, à valeur informative utile et exploitables.
Pour les nitrates en nappes, les publis SOeS comparent, dans des gammes de concentration moyennes arbitraires, des pourcentages nationaux de points entre 97-98, 2002 et 2007 qui n'ont aucune représentativité hydro-spatiale et sont donc en réalité incomparables.
Quant aux pesticides, en nappes ou en cours d'eau, les publis SOeS ne présentent carrément aucune tendance sur la contamination globale. Les tendances présentées se réfèrent à certaines substances dont on compare des pourcentages de quantification sans aucune représentativité à tous points de vue et donc en réalité incomparables entre 1997 et 2007. Les tendances de ces pourcentages de quantification ne montrent donc des trivialités, à savoir que les substances interdites sont moins quantifiées dans les cours d'eau, et encore. La méthode est de toute façon inadaptée à montrer quoi que ce soit.
Il n'y a donc finalement dans le meilleur des cas que des simulacres de tendance de qualité de l'eau, mais aucune tendance réellement exploitable.

Synthèse des critiques

Les principales critiques des méthodes des publis SOeS s'articulent de façon synthétique autour des 5 axes suivants :
=>Aucune utilisation des méthodes modernes de l'analyse statistique et probabiliste des données écologiques.
-La technicité des publis SOeS se borne à l'utilisation de moyennes arithmétiques et de pourcentages. Aucune des méthodes utilisées n'est solide et la méthode d'évaluation des tendances à base de triple couche de moyennes non-représentatives laisse entendre que les publis SOeS ne connaitraient même pas l'existence des sciences modernes de l'analyse statistique des données écologiques.
-Aucune prise en compte mathématique des phénomènes cycliques, saisonniers, annuels et pluriannuels, avec en particulier l'élimination des effets de la pluviométrie sur les concentrations.
-Aucune prise en compte mathématique des voisinages spatio-temporels alors que les données sur l'eau sont caractérisées par une forte dépendance dans l'espace et dans le temps, pour les eaux de surface comme pour les eaux souterraines.
-Aucun couplage mathématique entre l'état des eaux et les pressions qui s'exercent, ou entre l'état des eaux et la biodiversité ne serait-ce qu'aquatique.
=>La représentativité spatio-temporelle des évaluations de l'état des eaux est pratiquement complètement occultée alors qu'elle constitue un des piliers essentiels de leur pertinence.
-Les moyennes annuelles/station utilisées pratiquement partout ne sont pas représentatives. Les exigences très insuffisantes sur la qualité des données n'en autorisent pas le calcul et les rendent d'autant plus abusives qu'elles servent de base aux évaluations à l'échelle nationale.
-Aucune représentativité non plus pour les pourcentages nationaux de stations ou d'analyses.
-La représentativité hydro-spatiale des échantillons de stations à l'échelle d'un bassin hydrographique ou hydrogéologique ou à l'échelle nationale n'est jamais traitée.
=>La représentativité des pollutions étudiées par rapport aux pollutions réelles est tout autant occultée. L'aperçu présenté est particulièrement réducteur, que ce soit par rapport à chaque type de pollution étudié ou parce que l'aspect multidimensionnel des pollutions n'est absolument pas traité.
-Les moyennes annuelles et les pourcentages de stations ou de quantifications ne sont qu'un point de vue très réducteur sur les principales caractéristiques des pollutions et des contaminations. En particulier l'aspect des concentrations maximales et des périodes sensibles est pratiquement occulté.
-Il n'y a aucune vision globale ni aucune analyse multivariée des pollutions et des contaminations. Les types de pollutions sont traités de façon isolée. Les pollutions ne sont pas replacées dans le contexte climatique à long terme ni à très long terme (changement climatique).
-Des pans entiers des sources de dégradation des écosystèmes aquatiques sont occultés.
=>Les tendances présentées ne sont en réalité que des simulacres de tendances inexploitables et sans aucun intérêt, aussi bien pour les nitrates et les autres macropolluants traités que pour les pesticides.
-Les tendances sont fondées sur des chiffres annuels qui n'ont aucune représentativité à tous points de vue et ne peuvent donc indiquer que des évolutions triviales. Elles ne sont ni robustes ni fiables.
-Les tendances sont présentées sur des périodes de temps tronquées de façon inadaptée.
-Les tendances ne concernent que les tendances d'un aspect réducteur de la pollution étudiée, la moyenne annuelle, le pourcentage de stations dans une gamme de concentration arbitraire ou la fréquence de quantification.
=>Les règles de base des statistiques et des sciences de l'eau sont bafouées et la qualité technique lamentable des publications fait honte au service public.
-Les précisions de bases nécessaires à la crédibilité de n'importe quelle statistique sont absentes. Les pourcentages ne sont pas même pas accompagnés des effectifs qui les supportent et encore moins de leur représentativité. Aucune présentation des incertitudes sur les résultats, que ce soit pour les moyennes ou pour les pourcentages. Aucun chiffrage de robustesse ni de significativité.
-Beaucoup de confusions, d'imprécisions, d'incohérences et de contradictions.
-Des erreurs méthodologiques grossières. Des résultats et des commentaires peu pertinents, peu fiables et même inexacts.
-Des effets d'annonces et affirmations gratuites qui relèvent plus de la propagande que des sciences statistiques.

La moyenne arithmétique des concentrations/station est une méthode facile à comprendre et à mettre en œuvre. Mais ces moyennes, même si elles avaient une quelconque représentativité, ne sont qu'un point de vue réducteur et trivial pour évaluer l'impact des pollutions et pour évaluer l'état des eaux et ses tendances, surtout quand il n'y a aucune élimination statistique des effets climatiques cycliques annuels et pluriannuels. Elles prennent très mal en compte les paramètres qui supportent la vie biologique, les micropolluants et tous les paramètres saisonniers. Si en avait calculé l'impact des températures de l'air en 2003 en se bornant au calcul de leur moyenne annuelle, on aurait eu du mal à comprendre l'accroissement de la mortalité des personnes âgées ! De même pour l'eau, la mortalité des saumons. Les flux des nitrates responsables des marées vertes n'ont rien à voir avec les concentrations moyennes annuelles des nitrates. Du point de vue d'un poisson, que signifie une moyenne annuelle de nitrites ou d'oxygène ? Des concentrations printanières élevées de pesticides peuvent avoir des effets délétères sur les organismes aquatiques juvéniles, même si les moyennes annuelles sont basses ! Il faudrait aussi prendre en compte au moins l'aspect des concentrations maximales, des périodes où elles ont lieu, mais aussi les successions d'années avec des concentrations maximales élevées qui peuvent avoir un impact énorme même si ces concentrations maximales baissent par la suite !

Que les publis SOeS évaluent l'état des eaux en ne se basant pratiquement que des moyennes arithmétiques annuelles/station, pour les nitrates comme pour les pesticides, pour les cours d'eau comme pour les nappes souterraines, c'est leur choix. Mais encore faudrait-il qu'elles aient le droit de les calculer : on ne peut exploiter des moyennes à un niveau national que si elles ont une représentativité suffisante. Or la qualité de la plupart des données n'autorise pas à calculer des moyennes sauf à certaines dates et sur certaines zones qui seraient localement mieux mesurées : à cause des fréquences de mesures tout à fait insuffisantes et disparates par rapport à la forte variabilité spatiale et temporelle de la qualité de la plupart des eaux de surface mais aussi souterraines et à cause des autres particularités des données sur l'eau (valeurs non quantifiées plus ou moins fréquentes selon les zones géographiques, LQ variables, etc.). La pondération des moyennes par le temps ne résout en rien l'absence de données. Que dire d'une moyenne de nitrates ou de pesticides avec 1 mesure tous les 3 mois en cours d'eau ou avec 1 mesure tous les 6 mois en nappes souterraines de surface ? Que dire d'une moyennes de "pesticides totaux", avec 29 substances recherchées par prélèvement pour les cours d'eau, et 2 (ou 10 ?) substances recherchées pour les eaux souterraines ? Ces moyennes n'ont aucune robustesse au niveau national et ne peuvent donc pas servir à des agrégations ou des calculs de tendances ultérieurs. Dans ce contexte d'exigences très laxistes sur la qualité des mesures, il est particulièrement choquant que ces moyennes ne soient pas accompagnées de leurs estimations d'erreurs, alors que, pour un service statistique national, ces calculs d'incertitudes sont certainement tout aussi faciles à programmer en routine que les moyennes.

Pour les tendances qui concernent les macropolluants, en ajoutant d'autres strates de moyennes cette fois géographiques, les publis SOeS ajoutent à la non-représentativité des moyennes temporelles/station, la non-représentativité hydro-spatiale qui est quand même l'autre pilier essentiel pour la valeur d'un indicateur présenté comme national : les moyennes par BV Rnde évitent soigneusement la question de cette représentativité hydro-spatiale sur chacun des 55 BV Rnde qui constituent eux-mêmes un échantillon national très biaisé par les liens amont-aval et la surreprésentation des grande rivières. La pondération des moyennes/BV Rnde par leur surface ne résout en rien la présence de tous ces biais. De même, les paniers semi-évolutifs ne résolvent pas l'absence de représentativité hydro-spatiale des échantillons annuels qu'ils sélectionnent.
Quant aux tendances pour les pesticides, calculées uniquement substance par substance, les publis SOeS se contentent de réutiliser en 2010 des anciennes méthodes jugées inadaptées et présentées comme provisoires, en supprimant même le garde-fou de l'échantillon constant. Dans les bilans pesticides de l'Ifen publiés en 2003 et 2004, on présentait en effet déjà ce type de pourcentages, mais avec beaucoup de précautions et en promettant qu'il y aurait des efforts méthodologiques pour les bilans suivants. La publication de ces pourcentages avait d'ailleurs été abandonnée dès 2006 sans qu'aucune méthode d'évaluation des tendances ne soit proposée à la place.
Déjà pour les données pesticides 2002 (8), l'Ifen écrivait : "La collecte annuelle des données étant consolidée, il s’agit désormais de porter l’effort de cohérence sur les points méthodologiques si on veut pouvoir établir des chroniques permettant de décrire l’évolution de la qualité des eaux par rapport aux pesticides. Cet effort doit porter sur plusieurs points : - homogénéisation des méthodes d’analyse et des limites de quantification ; - amélioration des grilles d’interprétation ; - élaboration d’une méthode de traitements des données permettant d’obtenir une quantification statistiquement représentative des résultats ; - prise en compte de l’évolution des molécules et de leurs effets de dégradation et de synergie. Un effort doit aussi être fait dans la synchronisation de la mise à disposition des informations des différents acteurs publics.
Deux pistes d’amélioration ont déjà été identifiées : - dans la perspective des réponses pour la directive fille sur les eaux souterraines, une étude vient de démarrer afin d’améliorer les méthodes de caractérisation de la contamination des nappes par les pesticides. Les principaux objectifs sont de développer des méthodes d’agrégation spatiale et temporelle des données issues des réseaux de surveillance. Il est également envisagé de reconstituer les incertitudes analytiques liées à l’hétérogénéité des méthodes d’analyse ; - fin 2003, les ministères chargés de la Santé, de l’Agriculture, de la Consommation et de l’Environnement ont confié à l’Agence française de sécurité sanitaire environnementale (Afsse), à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et à l’Institut français de l’environnement (Ifen) une mission de structuration de l’Observatoire des résidus de pesticides (ORP). Cet observatoire a pour objectifs de rassembler, en vue de leur valorisation, les informations et les résultats des contrôles et mesures des résidus de pesticides dans différents milieux et dans les produits consommés par l’homme, d’estimer les niveaux d’exposition des populations et d’identifier les actions de progrès pouvant être mises en place sur les systèmes d’information. Cette action interministérielle devrait permettre une avancée significative pour les prochains bilans annuels des pesticides dans les eaux
".
Le SOeS signale pourtant en 2010 à propos des données 2007 de pesticides dans les eaux (Exploitation nationale des données 2007 de pesticides dans les eaux : résultats et enseignements, 11 Mars 2010 SOeS, 13p.) : "Des stratégies locales d’observation pas forcément compatibles avec une synthèse nationale, -Des limites de quantification variables dans le temps et dans l’espace, -et en inadéquation avec les NQ, -Des NQE pour un nombre limité de substances (cours d’eau) -Des tendances nationales difficiles à établir". Alors que l'Ifen disait dans son bilan pesticides publié en 2007 "La mise en place, dès 2007, des nouveaux programmes de surveillance dans le cadre de l’application de la directive-cadre sur l’eau devrait faciliter, à l’avenir, la mise en évidence de tendances" (8).
C'est tout à fait inacceptable que depuis le temps que l'Ifen travaille sur les pesticides, qualité des données et des méthodes, et alors même que l'on dispose des premiers résultats de la surveillance et méthodologie DCE, les publis SOeS n'aient pas dépassé voire même régressé sur les choses que l'on publiait déjà en 2003 où l'Ifen précisait aussi "Un Cd-Rom contenant les résultats détaillés complète cette synthèse" (8) !

Non seulement pour les pesticides comme pour les nitrates, les publis SOeS ne nous proposent que des simulacres de statistiques, mais en plus elles commentent les résultats comme si c'étaient des vrais résultats statistiques fiables et chargés d'information. Il faut d'ailleurs signaler l'absence étonnante de tout chiffrage d'incertitude, de robustesse ni de significativité pour les évaluations de l'état des eaux ou des tendances. Les publis SOeS ne prennent, dans tout l'arsenal moderne des sciences environnementales (statistique et analyse des données multivariées et spatio-temporelles), que les formules de la moyenne arithmétique et des pourcentages et elles en font un usage abusif. Mais avec ces méthodes triviales et inadaptées à la problématique environnementale, on ne peut pas faire de miracles, aussi bien pour évaluer la qualité des eaux que ses tendances. D'autant plus que le chapitre "L'eau" ne développe que les nitrates et les pesticides qui font justement partie des paramètres à traiter avec des méthodes mathématiques sophistiquées. Ce n'est pas parce que, en faisant des moyennes et des pourcentages de tout et de n'importe quoi, les publis SOeS voient quelques tendances pour les paramètres à évolution évidente (polluants traités en station d'épuration ou pesticides interdits) que leurs méthodes sont pertinentes. Et surtout, ce n'est pas parce les publis SOeS ne voient pas de tendances pour les paramètres moins évidents l'on ne pourrait pas voir de tendances avec des méthodes plus modernes, plus adaptées et moins triviales.

Les chiffres annuels (moyennes ou pourcentages) dont nous assène les publis SOeS (des moyennes de nitrates dans les cours d'eau et les eaux souterraines en 2007 de "respectivement 16 mg/l et 21 mg/l à l'échelle nationale" (6), la présence de pesticides en 2007 "dans 91 % des points suivis dans les cours d’eau et de 59 % des points en eaux souterraines" (7), etc.) sont sensés représenter la qualité des cours d'eau pour un paramètre donné au niveau national et ils servent de base aux graphes de tendances. Mais même si leur calcul était représentatif à tous points de vue, ces chiffres globaux nationaux et leurs tendances ne présenteraient aucun intérêt. Car on mélange des problématiques et des contextes différents, comme par exemple les stations des Alpes avec celles de la région parisienne ou de la Bretagne. Et cette remarque vaut aussi pour les agrégations par BV Rnde qui mélangent aussi des stations avec des problématiques et des types de cours d'eau incomparables. Si on comparait l'état des eaux des pays européens avec ce genre de statistiques, un pays dont les cours d'eau anthropisés seraient très dégradés mais qui possèderait beaucoup de zones naturelles (montagneuses, etc.) auraient des meilleurs résultats qu'un pays dont les cours d'eau anthropisés seraient mieux protégés mais qui ne possèderait pas de zones naturelles. Ces indicateurs nationaux bling-bling n'ont donc aucun sens à tous points de vue.

QUELQUES REMARQUES SUR L'EFFACEMENT SOUDAIN DU SEQ MAIS AUSSI DES CONCENTRATIONS MAXIMALES SUR LEQUEL IL ETAIT FONDE

Non seulement les publis SOeS nous présentent des moyennes qui n'ont pas beaucoup de représentativité ni de pertinence sur les plans statistique et écologique, mais en plus elles évacuent tous les autres aspects dont celui des concentrations maximales. On s'attend donc à une justification étayée pour l'abandon brutal de l'aspect des concentrations maximales dans leurs évaluations de la qualité et des tendances. Pour nous expliquer en particulier pourquoi les spécialistes avaient jusqu'à présent jugé bon de retenir les concentrations maximales et non pas les moyennes comme moyen d'évaluation officiel de l'état et les tendances (SEQ) ! D'autant plus que l'on nous annonce des "méthodes éprouvées".

Ci-dessous, le bavardage abscons des publis SOeS sur l'abandon du SEQ :
-"L’état des eaux est évalué à ce jour à l’aide de l’indice SEQ (Système d’Evaluation de la Qualité des Eaux), décliné selon le milieu : pour la qualité de l’eau en SEQ-Eau (SEQ-eau cours d’eau, eaux souterraines, plans d’eau et eaux marines), pour celle du milieu physique en SEQ-Physique et pour les aspects biologiques en SEQ-Bio. Cet indice SEQ permet de qualifier l’état de l’eau par rapport à une altération et vis-à-vis d’un usage particulier et dans une optique de dépassement de seuil ponctuel. Cet outil d’évaluation est construit par rapport à un milieu «référence» qui s’apparente plutôt à une petite rivière de montagne et est exprimé en classes de qualité avec code couleur associé. Mis à jour sur une période définie, généralement une année, cet indice n’est non seulement pas adapté aux critères d’évaluation de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE) mais ne permet pas non plus d’appréhender facilement une tendance, puisque basé sur des aptitudes à des usages particuliers. Un nouveau système d’évaluation conforme à la DCE est en cours de développement mais il ne permet pas, a priori, l’étude d’une tendance déconnectée des aspects réglementaires. L’objectif du SOeS au travers de cette étude a été de développer une méthodologie d’indice qui permette d’appréhender une tendance de l’état des eaux. L’indice porte sur la physico-chimie des cours d’eau, selon une approche par paramètre et s’appuie sur les travaux antérieurs menés au CGDD/SOeS sur l’air" (2).
-"La France, grâce aux agences de l’Eau, dispose d’un historique important pour la surveillance de la qualité physico-chimique des cours d’eau. Afin d’exploiter les différents résultats obtenus, l’outil SEQ-eau (Système d’évaluation de la qualité des eaux) a succédé en 1992 aux premières grilles d’analyses. Un nouveau système, conforme aux exigences de la directive-cadre sur l’eau (DCE), est en cours de développement. Ces outils d’analyse permettent de qualifier l’état d’un cours d’eau vis-à-vis d’un ensemble de paramètres au regard de leurs concentrations et de normes établies. Il est en revanche difficile de tirer de ces résultats une tendance à long terme (sur plus de dix ans par exemple). Une méthode statistique a de ce fait été développée par le Service de l’observation et des statistiques (SOeS), afin de prendre en compte la variabilité du réseau de mesure, dans le but de disposer d’indices d’évolution de la qualité des cours d’eau" (4).
-"Les anciens systèmes des grilles, le SEQ ou le SEEE à venir ne permettent pas d’appréhender facilement une tendance. Ils sont en effet soit axés sur des aptitudes à des usages particuliers, soit très dépendants des aspects réglementaires. Ainsi, ils considèrent en priorité le dépassement de normes ou valeurs seuils à un instant donné et non l’évolution sur le long terme. Partant de ce constat, le SOeS a développé une méthodologie d’indice statistique afin d’apprécier l’évolution de la qualité physico-chimique des cours d’eau, en s’appuyant sur des travaux précédemment menés sur la qualité de l’air" (4).
-"La présentation des résultats 2007 évolue sensiblement par rapport à celle utilisée dans les précédents bilans de l’Ifen. Ainsi, les grilles d’analyse du système d’évaluation de la qualité des eaux (SEQ-Eau) utilisées jusqu’à présent ont été abandonnées afin de s’adapter aux nouveaux critères d’évaluation résultant de la DCE" (7). Cette justification est la seule trouvée pour le cas spécifique de bilan sur les pesticides dans les eaux.

Si on comprend bien, pour les macropolluants les publis SOeS rejettent le SEEE (Système d'Evaluation de l'Etat des Eaux), qui n'est autre à peu de choses près que l'ancien SEQ rendu conforme à la DCE, en soulignant les limites dues à son côté réglementaire ("il ne permet pas, a priori, l’étude d’une tendance déconnectée des aspects réglementaires"). Alors même que comme l'indique le récent document eaufrance Les efforts de surveillance de la qualité des cours d'eau (juin 2010) dit "Les objectifs d’évaluation de la DCE (2000), repris dans la troisième loi sur l’eau (2006), sont très différents des précédents : ils portent leur intérêt non plus sur les usages qui peuvent être faits de l’eau, mais sur l’état écologique des cours d’eau eux-mêmes".
Mais pour les pesticides, les publis SOeS rejette le SEQ parce qu'il ne serait pas réglementaire ("les grilles d’analyse du système d’évaluation de la qualité des eaux (SEQ-Eau) utilisées jusqu’à présent ont été abandonnées afin de s’adapter aux nouveaux critères d’évaluation résultant de la DCE" ou "la concentration totale en pesticides, ou «pesticides totaux», qui correspond, pour une station, à la somme des analyses quantifiées de pesticides, moyennée sur l’année (moyenne arithmétique). Ce paramètre, qui fait partie des seuils réglementaires pour les eaux souterraines a également été calculé pour les cours d’eau" (7)).

Pour l'évaluation des tendances des macropolluants, le SEQ "ne permet pas non plus d’appréhender facilement une tendance, puisque basé sur des aptitudes à des usages particuliers" mais on lit aussi "Il est en revanche difficile de tirer de ces résultats une tendance à long terme (sur plus de dix ans par exemple)". Si on comprend bien, on peut quand même avoir des tendances à partir du SEQ, mais pas sur plus de dix ans ! Difficile de comprendre pourquoi "sur plus de dix ans" : soit la méthode permet de calculer des tendances soit non. De plus, les publis SOeS, avec leur nouvelle méthode, ne nous proposent des tendances au niveau national que de 1998 à 2007 (soit 10 ans). Quant à l'évaluation des tendances micropolluants et pesticides en particulier, il n'y a tout simplement pas de nouvelle méthode SOeS.

Les publis SOeS expliquent à propos des pesticides "L’exploitation des données relatives aux pesticides dans les cours d’eau a été réalisée conformément aux préconisations du «Guide technique, Évaluation de l’état des eaux douces de surface de métropole» (Guide technique actualisant les règles d’évaluation de l’état des eaux douces de surface de métropole, mars 2009, Direction de l'eau et de la biodiversité, 74p.) élaboré par le Ministère en charge de l’environnement (cf. chapitre 3 - Règles d’évaluation de l’état chimique)" (7). Pourtant les publis SOeS n'appliquent pas les préconisations de ce même guide pour présenter l'état des cours d'eau vis-à-vis des macropolluants dont les nitrates, à savoir l'usage du percentile 90 et non de la moyenne. Alors même que la DCE s'efforce d'évaluer l'état écologique des cours d'eau et aussi sa tendance : comme le SEQ, la DCE prévoit 5 seuils pour les macropolluants ("Pour chaque masse de d'eau, l'état écologique est qualifié selon cinq classes : très bon, bon, moyen, médiocre et mauvais. Il est dans tous les cas caractérisé par l'écart aux conditions de références qui sont les conditions représentatives d'une eau de surface pas ou très peu influencée par l'activité humaine"). Ces 5 seuils permettent en particulier de vérifier l'objectif prévu de "ne pas détériorer l’existant (qui s’entend comme le non-changement de classe d’état)". Les publis SOeS semblent donc confondre les objectifs en terme de dépassement de seuils (bon état pour la DCE ou classe de qualité "bonne" pour le SEQ) avec les méthodes d'évaluation en 5 classes de qualité qui permettraient de faire des tendances acceptables pour les macropolluants à condition que les seuils soient patrimoniaux et donc suffisamment bas.

Dans le cadre du calcul des moyennes annuelles des concentrations des macropolluants en cours d'eau, les publis SOeS ont choisi pour les valeurs non quantifiées d'"affecter à ces analyses la moitié de la limite associée (option de l’Agence européenne pour l’environnement et de la Directive Cadre sur l’Eau). Du fait de son usage au niveau européen, cette dernière option de calcul a été appliquée" (2). En quoi l'usage au niveau européen dans un contexte méthodologique européen (qui nivelle forcément par le bas les exigences sur les données disponibles et sur les méthodes d'évaluations) justifie-t-il la pertinence de ce critère pour la méthode particulière d'évaluation des tendances des publis SOeS ? Et quand on lit par exemple sur Comprehensive Study on Riverine Inputs... que "According to the RID Principles, it is necessary to choose an analytical method which gives at least 70 % of positive findings (i.e. no more than 30% of the samples below the detection limit)", cet usage au niveau européen ne recommande-t-il aussi pas d'abaisser suffisamment les limites analytiques pour qu'au moins 70 % des mesures soient quantifiées (la lecture de "table 3.5 : Limits of Detection or Quantification achieved by Contracting Parties, as far as reported, for river sample analysis" est assez intéressante au sujet des pratiques européennes) ?
Les publis SOeS expliquent, à propos du choix de la fréquence de mesure minimale des macropolluants (2) : "Pour assurer une certaine représentativité des stations sélectionnées, la méthodologie reprend certains critères antérieurs : - du bilan pesticides : disposer de 4 analyses minimum dans l’année ; - du SEQ : 1 analyse minimum par trimestre" ou encore "La fréquence des analyses peut être assez variable, que ce soit d’une station à une autre ou d’une année sur l’autre. Les critères du SEQ ont été reconduits : seules les stations présentant au minimum 1 analyse par trimestre sont retenues". Sauf que le SEQ (y compris celui du bilan pesticides) ne calculait pas de moyennes et que les données étaient moins mal adaptées au SEQ qu'au calcul de moyennes comme le souligne pourtant elles-mêmes les publis SOeS "des analyses qui sont répétées sur une courte période dans un autre objectif, principalement de dépassement de seuil" (4). Au fait, que signifie "une certaine représentativité" en statistique non décomplexée des écosystèmes aquatiques ?
Pour la pondération par le temps, les publis SOeS trouvent encore caution auprès de l'agence européenne "Cette méthode est par ailleurs préconisée dans des études de méthode publiées par l’AEE" (2). Mais la préconisation européenne pour calculer une moyenne est-elle aussi de 4 mesures/an pour évaluer des tendances dans les cours d'eau ? On lit par exemple sur Surface water quality monitoring "Frequent samples are generally taken when the purpose of a monitoring programme is to observe trends" et "The sampling and measuring frequency are generally monthly or even more frequent". Et l'agence européenne ne s'appuie-t-elle pas aussi sur d'autres indicateurs statistiques que la moyenne, comme les minimum, maximum et autres quantiles, pour caractériser les concentrations annuelles ?
Les publis SOeS expliquent "la pondération par le temps permet donc de limiter l’impact d’analyses répétées sur des périodes sensibles en vue de détecter des dépassements de seuils et donc d’avoir une moyenne annuelle, certes lissée mais plus représentative" (2). Examinons en quoi la pondération par le temps rend, comme l'affirment les publis SOeS, ces moyennes "plus représentative" (2). Il est exact que la pondération par le temps débiaise un jeu de données par rapport à l'irrégularité des mesures, cette technique est bien connue depuis longtemps et nul n'est besoin de mettre 3 pages d'exemples pour le montrer comme le font les publis SOeS (2) ! Mais elle ne va pas pour autant le rendre plus représentatif de la contamination réelle : car pour évaluer correctement la pollution et ses tendances, il faut une agrégation temporelle qui soit représentative non pas de la pollution estimée selon un jeu de données particulier, mais de la pollution réelle sur la station de mesure. Et pour des paramètres saisonniers comme les nitrates, cela signifie qu'il faut arriver à estimer le niveau réel du ou des pics, ce qui nécessite d'avoir des fréquences de mesures relativement élevées, et d'autant plus élevées que les variations des concentrations sont importantes, donc que les lessivages des nitrates sont rapides (cours d'eau de petite taille, épisodes pluvieux violents, etc.). La simple pondération par le temps ne peut absolument pas restituer le manque de données relatif à des fréquences de mesure de 4 ou même 6 voire 12 mesures/an dans certains cas ! Compte tenu de la mauvaise qualité des données brutes à l'échelle nationale, la pondération par le temps des moyennes n'est finalement qu'un aspect très secondaire de leur représentativité: si la fréquence de mesure est suffisamment élevée par rapport au type de pollution et au contexte environnemental, la pondération améliore mais ne change pas foncièrement les moyennes. Par contre si la fréquence n'est pas suffisante, la moyenne n'a aucune valeur statistique de représentativité par rapport à la pollution réelle, qu'elle soit ou non pondérée par le temps.
En d'autres termes, il est abusif de laisser entendre que la pondération par le temps rendrait représentatives des moyennes calculées sur la base de seulement 4 mesures/an et affranchirait de la nécessité d'avoir une base d'au moins 1 mesure par mois ; elle débiaise simplement et améliore à juste titre la représentativité d'une moyenne calculée sur une base de mesures suffisante mais quand des mesures supplémentaires sont effectuées certains mois pour mieux cerner les pics de concentration.
On le voit par exemple sur ces petites simulations de fréquences de prélèvement effectuées sur les jeux de 31 mesures d'atrazine dans la Seine à Amfreville en 2000 ou de 12 mesures de nitrates à St-Maur-sur-le-Loir :




Pour l'atrazine à Amfreville, à l'aval d'un grand bassin versant où les variations des concentrations sont a priori relativement amorties, la moyenne pondérée des 31 analyses est de 0,11 µg/L. Les moyennes pondérées obtenues en extrayant 1 mesure au hasard parmi celles de chaque trimestre, c'est-à-dire en simulant un échantillon de 4 mesures/an effectuées au rythme de 1 mesure/trimestre, varient au moins entre 0,06 µg/L et 0,18 µg/L, ce qui fait donc un facteur 3 et jusqu'à 63 % d'écart avec celle des 31 mesures ! Si on simule un échantillon de 6 mesures/an effectuées au rythme de 1 mesure tous les 2 mois, les moyennes pondérées obtenues varient au moins entre 0,09 µg/L et 0,13 µg/L, ce qui fait donc encore un facteur 1,5 et 15 % d'écart avec celle des 31 mesures !
Pour les nitrates à St-Maur-le-Loir, donc sur un cours d'eau de taille assez modeste, la moyenne pondérée des 12 analyses est de 26,7 mg/L. Les moyennes pondérées obtenues en extrayant 1 mesure au hasard parmi celles de chaque trimestre, c'est-à-dire en simulant un échantillon de 4 mesures/an effectuées au rythme de 1 mesure/trimestre, varient au moins entre 14,8 mg/L et 41,0 mg/L ce qui fait donc un facteur 3 et jusqu'à 54 % d'écart avec celle des 12 mesures ! Si on simule un échantillon de 6 mesures/an effectuées au rythme de 1 mesure tous les 2 mois, les moyennes pondérées obtenues varient au moins entre 20,4 mg/L et 34,9 mg/L ce qui fait donc encore un facteur 1,7 et jusqu'à 31 % d'écart avec celle des 12 mesures !
Ces exemples montrent l'incapacité de cette technique simpliste à pallier au manque de données et à rendre les moyennes suffisamment représentatives des pollutions réelles pour que l'on puisse les comparer dans le temps ou dans l'espace et les utiliser comme base fiable pour calculer des tendances.

Un point synthétique comparatif par type de polluant et de milieu sur les méthodes utilisées par les publis SOeS ou par la DCE (le "réglementaire") pour traiter les données annuelles de concentration, montre que les publis SOeS n'utilisent en fait pas de méthodes foncièrement différentes de celle de la DCE qui leur permettraient "l’étude d’une tendance déconnectée des aspects réglementaires" (2) :
-Pour les nitrates dans les nappes, la DCE calcule une moyenne annuelle (fréquence minimum conseillée de 2 mesures/an, pas de pondération par le temps). Les publis SOeS aussi (pas de fréquence minimum, pas de pondération).
-Pour les pesticides dans les nappes, la DCE calcule une moyenne annuelle des "pesticides totaux" et aussi par substance (fréquence minimum conseillée de 2 mesures/an, pas de pondération par le temps). Les publis SOeS aussi (pas de fréquence minimum, pas de pondération).
-Pour les nitrates et autres macropolluants dans les cours d'eau, la DCE calcule le percentile 90 et utilise 5 classes de qualité (fréquence minimum imposée de 6 mesures/an). Les publis SOeS calculent une moyenne annuelle exactement comme pour la méthode DCE pour les nitrates dans les nappes (fréquence minimum de 4 mesures/an et pondération de la moyenne, ou parfois fréquence minimum de 6 mesures/an et pas de pondération). La concentration maximale paraît prise en compte dans l'évaluation de la DCE, mais le percentile 90 (maximum écrêté de 10 % des valeurs les plus élevées) présente de gros biais en raison de fréquences insuffisantes pour cerner les niveaux réels des pics ou parce qu'il élimine d'autant plus de concentrations élevées que les mesures sont plus nombreuses quand les concentrations sont basses, etc.
-Pour les pesticides dans les cours d'eau, la DCE calcule une moyenne annuelle et vérifie que la concentration maximale ne dépasse pas une norme (NQE), mais uniquement substance par substance et uniquement pour les substances de la directive et quelques substances complémentaires (fréquence minimum imposée de 12 mesures/an pour les substances de l'état chimique et de 4 mesures/an pour les autres pesticides, pas de pondération). Les publis SOeS aussi, et elles calculent en plus une moyenne annuelle des "pesticides totaux" donc exactement comme pour la méthode DCE pour les pesticides dans les nappes (fréquence minimum de 4 mesures/an, pas de pondération). La concentration maximale paraît prise en compte pour certaines substances dans l'évaluation de la DCE et des publis SOeS, mais quand on considère les niveaux élevés des seuils (les seuils respectifs pour la simazine, l'isoproturon, le diuron et l'atrazine, sont de 4 µg/L, 1 µg/L, 1,8 µg/L et 2 µg/L) et l'inadaptation des fréquences de mesures à l'évaluation des niveaux réels des pics, on réalise que c'est un leurre. Et c'est d'autant plus un leurre que la plupart des substances prises en compte sont interdites ou en cours d'interdiction, que donc que ces normes seront rapidement respectées alors que l'état chimique réel ne sera pas forcément meilleur. Le rajout de substances ne sera aussi qu'un leurre si le décalage temporel entre ce que l'on rajoute et ce que l'on devrait rajouter perdure.

Pour les macropolluants dont les nitrates dans les cours d'eau, la "méthodologie d’indice qui permette d’appréhender une tendance de l’état des eaux" des publis SOeS n'est en fait que la méthode DCE appliquée pour les nitrates dans les eaux souterraines. Sauf que les publis SOeS pondèrent les moyennes par le temps (ce qui ne compense pas l'absence de données surtout quand elles sont cycliques annuelles et pluriannuelles) et qu'elles ajoutent d'autres couches de moyennes géographiques pour passer de la qualité/station à la qualité nationale (en s'affranchissant quasiment de leur représentativité hydro-spatiale). Les publis SOeS éliminent complètement l'aspect des concentrations élevées. Pourtant, même la DCE qui fait un usage pour le moins abusif et inadapté aux données de la moyenne (par exemple pour les pesticides dans les cours d'eau et dans les nappes, ou pour les nitrates dans les nappes souterraines) a fait exception pour les macropolluants dans les cours d'eau. La Circulaire DCE n° 2005-12 du 28 juillet 2005 relative à la définition du "bon état" énonce en effet, pour les paramètres physico-chimiques de qualité de l'eau supportant la vie biologique : "Pour l’évaluation de l’état, la méthode de calcul du percentile 90 % doit être utilisée : essentiellement en raison du fait que la méthode des moyennes est moins pertinente car les organismes biologiques sont affectés par une concentration maximale, même si son occurrence est faible. De plus, cette méthode est en continuité avec les pratiques actuelles" ! Les "pratiques actuelles" étaient le SEQ. La surveillance et l'évaluation DCE sont prévues pour des calculs basés comme le SEQ sur des concentrations maximales avec donc des fréquences de mesure minimales préconisées (6 mesures/an) inadaptées aux moyennes, tout en évaluant aussi les tendances sur la France entière. Sur une problématique aussi essentielle que celle des nitrates, la seule convergence pour ces deux évaluations officielles de la qualité des cours d'eau et les tendances, c'est que la fréquence minimale exigée des mesures ne peut pas permettre de calculer sérieusement ni des maximum (DCE) ni des moyennes (publis SOeS)…
Comment expliquer que les publis SOeS éliminent tout l'aspect des concentrations maximales élaboré au fil du temps par les experts sur l'eau pour évaluer l'état des cours d'eau mais aussi pour évaluer ses tendances, quitte à produire des indices sans aucune valeur statistique à cause de données inadaptées aux moyennes ? Est-ce que les autorisations de rejet des stations d'épuration vont, elles aussi, renier cet aspect et tolérer des concentrations très élevées pendant les étiages des cours d'eau du moment qu'une moyenne annuelle pondérée par le temps avec 1 mesure tous les 2 ou 3 mois est bonne ? Qu'importe pourtant de lire que la moyenne annuelle pondérée par le temps aurait baissé si toutes les espèces sensibles disparaissent à cause de périodes dans l'année où les concentrations leurs sont toxiques !

Le SEQ avait une approche globale. Les publis SOeS ont une approche éclatée "L’indice porte sur la physico-chimie des cours d’eau, selon une approche par paramètre" (2) qui paraît très rétrograde. Elles n'en justifient d'ailleurs pas l'intérêt environnemental. Il est clair que cette "approche par paramètre" simplifie encore plus des calculs déjà très simplifiés.
Le SEQ permettait de prendre en compte les incertitudes analytiques alors que cette question est complètement occultée dans la méthode des publis SOeS.
Les publis SOeS critiquent la non-adaptation du SEQ aux critères de types de milieux "Cet outil d’évaluation est construit par rapport à un milieu «référence» qui s’apparente plutôt à une petite rivière de montagne et est exprimé en classes de qualité avec code couleur associé. Mis à jour sur une période définie, généralement une année, cet indice n’est non seulement pas adapté aux critères d’évaluation de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE)". Mais les moyennes par BV Rnde de la méthode des publis SOeS ne mélangent-elles pas sans complexe les stations des petites rivières de montagne ou des zones amont avec celles des avals des grands cours d'eau (voir par exemple les bassins Rnde "Adour-et-Nivelle", "Dordogne sauf l'Isle", "Marne", etc.) ?
La critique des publis SOeS sur les classes de qualité du SEQ semble oublier que le SEQ s'exprime aussi en indice de qualité de 0 à 100.

Pour les pesticides, les publis SOeS calculent des moyennes des "pesticides totaux" en signalant en même temps que cette moyenne (qui n'est déjà pas du tout adaptée aux données sur les macropolluants cycliques) n'est pas adaptée aux micropolluants "Cette méthodologie n’est malgré tout pas applicable aux micropolluants (pesticides, métaux…), en raison de contraintes inhérentes à ces paramètres, essentiellement analytiques, liées aux limites de quantification, qui rendent difficiles le calcul de moyennes annuelles". Le fait de calculer la moyenne (sans d'ailleurs ne plus faire aucune allusion à une pondération par le temps) de la somme des pesticides ne résout pourtant en rien les difficultés du calcul de moyennes annuelles par substance. Cela en rajoute au contraire une couche. Autant pour les 15 pesticides prioritaires et dangereux de la DCE, les moyennes effectuées sur des mesures au moins mensuelle en cours d'eau pour calculer l'état chimique sont a priori déjà approximatives (la DCE exige au moins 12 mesures/an pour calculer la moyenne annuelle des substances servant à l'état chimique). Autant les moyennes des publis SOeS des "pesticides totaux", compte tenu de tout ce qui varie d'une station à l'autre (fréquences des mesures, LQ, nombres de substances recherchées, périodes des mesures, etc.), ont une valeur statistique quasiment nulle. Les publis SOeS se contentent par exemple de seulement de "plus de quatre analyses dans l’année" (1 mesure tous les 3 mois) pour les autres pesticides en cours d'eau.

Le SEQ calculait déjà systématiquement, en plus des concentrations maximales (écrêtées à 90%) par pesticide, les "pesticides totaux" maximaux, dans les cours d'eau comme dans les nappes. Le SEQ n'était cependant pas du tout adapté à ce type de contamination parce que l'écrêtage était abusif vu la fréquence insuffisante des mesures, parce que les seuils n'étaient pas patrimoniaux (c'est-à-dire suffisamment bas) et parce qu'il n'en prenait pas en compte toute la problématique, dont l'effet cocktail. Mais la méthode des publis SOeS ne fait pas mieux que le SEQ, au contraire. La concentration moyenne des "pesticides totaux", même si les données étaient d'une qualité suffisante pour que cet indicateur ait une quelconque valeur statistique, n'est qu'un point de vue très réducteur sur la contamination des eaux par les pesticides, et d'autant plus que les dosages diminuent avec l'arrivée de nouvelles substances très toxiques en cocktail.

Pour les macropolluants comme pour les "pesticides totaux", les publis SOeS écartent donc les concentrations maximales sans réelles justifications, ni scientifiques, ni pédagogiques.
Le bannissement du SEQ par les publis SOeS s'accompagne donc à la fois de l'abandon passé sous silence pudique de toute la problématique des concentrations élevées et de la création de la problématique du calcul de moyennes à partir de données inadaptées.
Pourquoi le SEQ créé en 1971 et amélioré en 1999 pour "permettre une très bonne connaissance de l’état global d’un cours d’eau afin de suivre son évolution dans le temps" a-t-il été utilisé pendant si longtemps par les gestionnaires de l'eau pour évaluer l'état des rivières et son évolution s'il est moins apte à le faire qu'une méthode aussi simpliste que celle des publis SOeS à base uniquement de moyennes et sur des paramètres éclatés ? Le SEQ avait certes des limites, que ce soit pour les tendances ou pour les micropolluants, mais s'il n'était pas déjà un peu moins mal adapté à la problématique des écosystèmes aquatiques et aux fréquences de mesures insuffisantes que la moyenne, on ne se serait peut être pas creusé la tête à l'époque pour l'inventer ! Même avec le SEQ, les évolutions dans les cours d'eau de l'atrazine ou des macropolluants traités en station d'épuration ou d'usage limité sont visibles. De plus, la méthode SEQ ne doit pas être confondue avec les seuils choisis pour l'appliquer et qui peuvent aussi être des seuils patrimoniaux. Même les problèmes récents liés au SEQ, en particulier son manque de prise en compte des qualités des zones de référence n'ont pas été résolus dans les indicateurs nationaux des publis SOeS.

Finalement, c'est un peu comme si les publis SOeS avait subitement banni toute utilisation du SEQ, et auraient donc (dans l'urgence de présenter des résultats ?) glané des morceaux de méthodes et de critères de sélection un peu partout (Directive Cadre, Agence européenne, SEQ, méthode SOeS sur l'air, ancienne méthode abandonnée de l'Ifen, indices chaînés de l'Insee, réglementaire, patrimonial, etc.) pour nous servir des ersatz de méthodes. Mais les publications d'un "service à compétence nationale au ministère de l’écologie" missionné pour "produire et diffuser l'information sur l'environnement en France" pouvaient-elles ne présenter que des évaluations tronquées de tous les aspects des concentrations maximales, volet qui constitue pourtant une part incontournable de toute évaluation un tant soit peu sérieuse de la ressource en eau ("tendre vers une information de plus en plus large") ? Et plus généralement, n'étions-nous pas, en 2010, en droit d'attendre d'un service statistique national une vue méthodologique qui prendrait en compte de façon moderne, rigoureuse et argumentée la problématique de l'évaluation de la qualité des eaux et de ses tendances, de façon globale et par type de pollution?

L'absence de justifications étayées sur les plans statistiques comme écologiques pour l'élimination brutale du SEQ et son remplacement soudain par des moyennes encore plus bancales, ainsi que la rupture brutale de la continuité des statistiques nationales présentées sur la qualité de l'eau (sans aucun élément de comparaison avec les bilans précédents aussi bien dans les calculs que dans les règles de colorations des cartes), paraissent tout à fait contraires au Code de bonnes pratiques de la statistique européenne de 2005 qui prévoit que "Les statistiques européennes doivent présenter une cohérence interne et dans le temps" et que "Les statistiques sont présentées sous une forme qui facilite une interprétation correcte et des comparaisons utiles". Sans compter les autres principes souligné par l'Insee qui précise "Le Code de bonnes pratiques de la statistique européenne s'applique stricto sensu aux statistiques à vocation européenne, c'est-à-dire celles établies à destination d'Eurostat et de la Banque centrale européenne. Le Conseil national de l'information statistique (Cnis) a préconisé néanmoins d'étendre son application à toute la statistique publique, y compris la production à seul usage national. L'Insee et les services statistiques publics se mettent donc progressivement en conformité avec le Code pour toute leur production statistique" et qui, comme le montrent les nombreux exemples présentés, sont loin d'être respectés par les publis SOeS comme par exemple les principes : "Engagement sur la qualité", "Méthodologie solide", "Pertinence", "Exactitude et fiabilité"…

CONCLUSION : INCOMPETENCE ?
_____________ESCROQUERIE STATISTIQUE ? OU LES DEUX ?_____________


AUCUNE VUE GLOBALE, DES THEMATIQUES ESSENTIELLES OCCULTEES ET LE RESTE N'EST QUE DU MAUVAIS BAVARDAGE SUR FOND DE METHODES STATISTIQUES TRIVIALES ET DE COMPARAISONS DE CHIFFRES STATISTIQUEMENT INCOMPARABLES

Des pans entiers d'informations essentielles (eutrophisation, indicateurs biologiques, sédiments, quantitatif, morphologie, DOM-TOM, tous les micropolluants autres que les pesticides, etc.) ont été zappés et sans justification des 8 pages du chapitre "L'eau" 2010 qui signale pourtant que 2007 est "une année de référence" pour la surveillance des eaux.
Mais pire, les nitrates et les pesticides déclarés comme les "paramètres parmi les plus problématiques pour la qualité des eaux" ont été traités avec des méthodes grossières, simplistes et inadaptées aux données comme aux problématiques, en ne donnant qu'un aperçu réducteur de la pollution des eaux et nullement "une perception suffisamment large et profonde des évolutions en cours" : les quelques informations techniques qui ont survécu sont bâties sur un usage systématique, abusif et inconsidéré de la triviale formule statistique de la moyenne.
A croire que la problématique environnementale sur l'eau (phénomènes multifactoriels, cycliques annuels et pluriannuels, interdépendants dans le temps et dans l'espace, etc.) n'a rien de spécifique et qu'il n'existe aucune autre méthode statistique. Comment se fait-il que l'on n'utilise pas les progrès réalisés depuis une vingtaine d'années dans l'analyse statistique des données écologiques, en particulier avec les prises en compte mathématiques des phénomènes cycliques et des voisinages spatio-temporels ? De plus, on ne voit nulle part de chiffrage de représentativité hydro-spatiale, d'incertitude ou de robustesse statistique des informations publiées pour les cours d'eau comme pour les nappes souterraines.

Evidemment, quand on bafoue de façon aussi insoutenable la problématique de l'eau et des données sur l'eau avec des calculs complètement inadaptés, quand on se limite à l'usage de la moyenne arithmétique, quand on ne s'embarrasse pas plus que cela des questions de représentativité temporelle et hydro-spatiale, comme si l'écologie pouvait se traiter à l'instar des domaines économiques ou sociaux des statistiques, n'importe qui peut produire des méthodes, des chiffres et des pourcentages de toutes sortes, mais cela n'a rien à voir avec des vraies statistiques environnementales. Les publis SOeS n'ont pas adapté les statistiques à la problématique environnementale : avec des méthodes dont la principale caractéristique est de permettre d'appréhender tout le domaine de l'eau très facilement, elles ont réduit l'environnement à la lorgnette de statistiques type indice de prix ! Il y a fort à parier qu'il n'y aurait rien à conserver de ces publications si on les soumettait à une relecture d'experts scientifiques indépendants sur la qualité de l'eau et ses méthodes d'évaluation.

Ce faisant, les publis SOeS font un bond statistique et écologique de 30 ans en arrière. Elles ne montrent aucune maîtrise de la chose statistique. Si bien qu'elles ne présentent que des évidences triviales déjà connues ou des tendances statistiquement infondées. Quelle est l'utilité de publications officielles qui calculent et comparent entre eux des moyennes ou des pourcentages qui n'ont aucun sérieux ou qui présentent des commentaires fumeux sur des chiffres insensés ? Pour les pesticides par exemple, il faudrait peut être mieux étudier, non pas comment les publis SOeS évaluent les tendances, mais comment ces publications officielles en 2010 n'évaluent toujours pas les tendances alors qu'elles disposent des données sur ce sujet depuis 1997.

En particulier le chapitre sur l'eau qui concentre pourtant un certain nombre d'enjeux, parait, aussi bien par son contenu que par son non-contenu, tout à fait décalé et inacceptable. Ce n'est qu'un étalage décomplexé -de statistiques sans aucune rigueur mathématique et non appropriées à la problématique environnementale en particulier pour les représentativités temporelles et hydro-spatiales ainsi que pour l'évaluation des impacts sur les milieux aquatiques, -d'affirmations gratuites étayées par aucun support chiffré, -de présentations confuses inadaptées et sans aucune homogénéité, -d'interprétations simplistes, simplificatrices et souvent erronées, -de conclusions triviales et vagues déjà connues par tout le monde depuis longtemps. Il y a régression caractérisée de la quantité et de la qualité d'informations qui ne donnaient déjà pas satisfaction. A tel point que c'est finalement salutaire que les informations que ce document a omis de donner soient aussi nombreuses et qu'il ait été publié sans la publicité habituelle !
Ce document tout à fait décalé sur l'écologie des milieux aquatiques et le traitement statistique des données environnementales constitue réellement de la désinformation, de l'escroquerie statistique, de la manipulation, de l'irresponsabilité et même du mépris vis-à-vis de l'environnement et des citoyens. Les publis SOeS sont un camouflet sévère pour les sciences écologiques et statistiques.

Ce commentaire non-exhaustif des premières publications officielles post-DCE, post-Ifen et post-Grenelle, donne un petit aperçu de la vraie réalité de l'information technique communiquée sur l'état des eaux et ses tendances. Il y a manifestement des manquements graves. Et si réellement, en tout cas pour le chapitre sur l'eau, "Ce document fait à l'aube de la mise en œuvre du Grenelle servira de point de référence pour les évaluations à venir" (Mr Degron, rédacteur en chef de "L'environnement en France - Edition 2010", dans l'article du Monde du 5 juin 2010), c'est drôlement inquiétant. Car si ce chapitre sur l'eau qui réduit les chiffres sur l'état des eaux et ses tendances à quelques calculs douteux autour d'une vision réductrice des nitrates et des pesticides doit servir "de référence", ce n'est pas sur l'état des eaux, mais bien sur l'état des publications statistiques environnementales officielles sur les eaux !

MAIS A QUOI OU A QUI CE SIMULACRE DE STATISTIQUES SERT-IL ?

Tchernobyl et jusqu'à récemment l'affaire des PCBs sont sans doute déjà oubliés, car les médias paraissent souvent au moins autant dépourvus d'esprit critique pour les publications techniques environnementales officielles sur l'eau que ces publications paraissent dépourvues de sérieux et de pertinence. Ils ont donc effectivement relayé les effets d'annonce des publis SOeS, des effets tout à fait indignes au niveau d'un service statistique national car statistiquement infondés. Comme par exemple : "L’examen des milieux aquatiques laisse également apparaître une relative amélioration de la situation pour les eaux superficielles" ou "On constate tendanciellement une stabilisation, voire une amélioration, des paramètres de qualité des cours d’eau" ou "Aucune tendance à la baisse ne se dessine concernant les pesticides" ou "Des tendances relativement positives s’esquissent pour la qualité des eaux superficielles". Alors qu'en réalité les publis SOeS ne font ici que généraliser de façon abusive quelques tendances triviales déjà connues depuis longtemps et calculées avec des méthodes réductrices et inadaptées, en oubliant soigneusement l'essentiel des problématiques actuelles et toute vision globale de ces problématiques.
Les propos des publis SOeS "Aucune tendance à la baisse ne se dessine concernant les pesticides" sont tout particulièrement totalement farfelus et inacceptables (au fait, que signifie une "baisse" des pesticides" en statistiques non décomplexées des écosystèmes aquatiques ?). Ils sont sans doute destinés à cacher le vide méthodologique inavouable et inconséquent sur lequel ils s'appuient. Ce n'est malheureusement pas parce que les publis SOeS ne voient aucune tendance, qu'il n'y a pas de tendances, et de tendances dont la connaissance permettrait d'agir plus efficacement et plus rapidement pour protéger la santé des écosystèmes et des hommes.
Ces publis SOeS sont doublement blâmables : pour n'avoir toujours rien présenté de sérieux sur le plan méthodologique et informationnel et pour fermer les portes de la connaissance de la contamination réelle des eaux aux citoyens, en leur laissant croire, avec des résultats bling-bling que personne n'oserait mettre en doute, qu'elles ont présenté tout ce qui devait et qui pouvait être fait.

Pour les pesticides : déjà en 2006, certains se posaient la question : "Entre méthodologie inadaptée, manque de rigueur flagrant, bilan inexploitable et erreurs ponctuelles, le rapport 2006 de l’Ifen sur les pesticides entretient une telle confusion sur l’état réel des eaux que l’on est en droit de se demander quel en est le véritable objectif" ou encore "Bien que l’Ifen possède aujourd’hui une base de données s’élevant à plus de 7,8 millions de résultats d’analyses (réalisées entre 1997 et 2004), il n’est toujours pas en mesure de fournir des indications sérieuses quant au niveau et à l’évolution de la contamination des eaux. Il est encore moins capable d’aider les agriculteurs à améliorer leur gestion des pesticides. Quel est donc alors l’intérêt de cette compilation d’analyses statistiques ? S’agit-il uniquement de renforcer l’image, politiquement correcte au ministère de l’Environnement, d’une eau principalement polluée par les pesticides agricoles ?" et "Dans ces conditions, il est parfaitement impossible de déterminer s’il y a amélioration ou aggravation de l’état des eaux. On constate simplement un certain niveau de pesticides, qui évolue au gré des moyens accordés pour effectuer des analyses, et en fonction des stratégies de mesures et de détection. Un résultat un peu maigre pour presque dix ans d’efforts financiers du ministère de l’Environnement !"
Et ne pourrait-on pas juger encore plus sévèrement le bilan pesticide 2010 réalisé avec les premières données issues de la surveillance DCE 2007 ? Les publis SOeS annoncent pourtant "Compte tenu des risques qu’ils représentent tant pour les milieux aquatiques que pour la production d’eau potable, la présence de pesticides dans les cours d’eau et dans les eaux souterraines fait l’objet d’un suivi régulier qui n’a cessé de se renforcer lors de la dernière décennie" (1). Bizarrement, alors que les suivis "ne cessent de se renforcer", les informations communiquées ne cessent de se dégrader en qualité comme en quantité (voir aussi Information ou désinformation sur l'état des eaux (2) : une information officielle indigente et décalée sur l'état chimique patrimonial des eaux jusqu'en 2009) !

Ce cafouillis de chiffres vides de sens, incomparables et inexploitables ne peut faire illusion sur le néant méthodologique et informatif de l'ensemble des publications sur l'eau du SOeS. L'insoutenable légèreté de l'information statistique environnementale publique que l'on découvre dans ces publications officielles est tout simplement criminelle au regard de la protection de l'environnement, de la biodiversité et des citoyens. Que "l'environnement en France" 2010, donc en particulier son chapitre "L'eau", puisse servir "une communication efficace", c'est grave. Mais que ce chapitre, et donc aussi les documents connexes publiés par le SOeS sur l'eau, puisse servir de "point de référence pour les évaluations à venir" ou qui sait pour gérer la ressource en eau, là ça devient plus que grave :
-une triple couche éprouvante de moyennes arithmétiques non-représentatives constitue-t-elle une méthode "éprouvée" ?
-des évaluations qui zappent l'aspect des concentrations maximales sont-elles patrimoniales ?
-que valent des moyennes annuelles de nitrates, d'oxygène dissous ou de pesticides avec seulement 1 mesure tous les 3 mois ?
-pourquoi tous les progrès réalisés depuis une vingtaine d'années dans l'analyse statistique des données écologiques, en particulier avec les prises en compte mathématiques des phénomènes cycliques et des voisinages spatio-temporels, sont-ils zappés ?
-quel est le sérieux d'un pourcentage de 11 % qui pourrait tout aussi bien être en réalité égal à 99 % ?
-peut-on accepter qu'une publication officielle présente des pourcentages d'analyses quantifiées comme des pourcentages de stations ou même de cours d'eau quantifiés ?
-peut-on accepter que des résultats identiques soient commentés de façon incohérente selon les publications ?
-quel est le sérieux de l'annonce pour les pesticides d'un "glissement dans les pratiques" alors qu'il ne s'agit que d'anciennes molécules remplacées par des nouvelles ?
-peut-on accepter l'information que l'atrazine est présente en 2007 sur 13 % des stations de cours d'eau alors qu'elle l'est en réalité sur environ 44 % ? Ou que le métolachlore est présent en 2007 sur 12 % des stations de cours d'eau alors qu'il l'est en réalité sur environ 46 % ?
-quel est le sérieux d'un graphe de tendance pour les nitrates en Bretagne qui commence au sommet d'un pic des concentrations lié au contexte pluviométrique pluriannuel cyclique ?
-est-il acceptable que les publications officielles n'évaluent toujours pas sérieusement la contamination et encore moins les tendances pour les pesticides dans les eaux ?
-quelle est la valeur de l'information "des nappes moins contaminées que les cours d’eau" alors qu'il n'y a aucune évaluation représentative de la contamination par les pesticides ni des nappes ni des cours d'eau ? ou de l'information "Aucune tendance à la baisse ne se dessine concernant les pesticides" alors qu'aucune tendance tout court n'est réellement présentée pour les aspects globaux ?
-comment tolérer que des publications récentes se contentent, pour les pesticides en 2010, de recycler des méthodes qui avaient été abandonnées dès 2006 car trop mauvaises à tous points de vue et qu'il n'y ait toujours pas d'"avancée significative" ?
-quel est le sérieux de la confusion entre l'occupation du sol dans un bassin versant drainé par une station et l'occupation du sol dans le bassin versant Rnde sur laquelle elle se trouve ?
-comment interpréter des allusions à la réglementation eau potable omettant de préciser qu'elle concerne des valeurs maximales et non pas les chiffres présentés uniquement avec des moyennes ?
-quel est le sérieux d'une carte de qualité et de chiffres sur les eaux souterraines agrégés suivant les contours de bassins versants de cours d'eau ?
-comment accepter l'annonce que "Des tendances relativement positives s’esquissent pour la qualité des eaux superficielles" alors que seuls la DBO5, les nitrites, l'ammonium et les orthophosphates sont concernés et qu'aucune tendance sérieuse n'est proposée pour les nitrates et les pesticides présentés pourtant comme des "problématiques clés" ?
-que faire d'une petite carte que personne ne pourra lire puisqu'il y a 15212 points dessus ?
-quel sérieux pour des tendances calculées sur la base de moyennes qui ne sont que simplement et très grossièrement estimées puisque les valeurs non quantifiées sont remplacées par LQ/2 avec en plus des LQ qui varient ?
-depuis quand la "pondération par le temps" ou les "paniers semi-évolutifs" seraient-ils suffisants pour régler les problèmes de représentativité temporelle ou hydro-spatiale des données sur l'eau ?
-comment accepter que, pour un même pesticide, des laboratoires fassent en 2007 des analyses avec des LQ supérieures à sa NQE, alors que d'autres non, prouvant ainsi qu'il est possible de faire des analyses adaptées ?
-quel est le sérieux de publications qui produisent des tendances statistiques sur des échantillons non-représentatifs et sans même afficher les effectifs des échantillons de stations ou d'analyses ?
-quel est le sens d'un indice national de qualités ou de tendances qui mélange les stations de petits cours d'eau de montagne et de fleuves et du sud au nord ?
-la messe n'est-elle pas dite avec une information officielle comme quoi le "nouveau système d’évaluation conforme à la DCE… ne permet pas, a priori, l’étude d’une tendance déconnectée des aspects réglementaires" ?
-comment des statistiques nationales sur l'eau peuvent-elles switcher brutalement du presque-tout-SEQ au presque-tout-moyenne sans fournir de justifications réelles et claires ?
-etc.

Comment espérer une amélioration des données brutes dans le sens d'une meilleure adaptation à la problématique écologique et à un traitement statistique performant, si on se contente d'un ramassis de moyennes et de pourcentages abusifs, ininterprétables et incomparables ?
Comment pourrait-on encore croire à une réelle amélioration de l'état des eaux quand les évaluations présentées paraissent aussi insoutenables et méprisantes ? Qu'est-ce qui s'améliore exactement, l'état des eaux ou l'évaluation de l'état des eaux, c'est-à-dire les valeurs de quelques indicateurs nationaux dont personne ne peut savoir ce qu'ils représentent exactement ?
Est-ce avec ces ersatz d'informations et de méthodes d'évaluation que les agriculteurs, industriels, collectivités locales et particuliers trouveront une information pertinente sur les résultats de leurs efforts de réduction des dégradations des écosystèmes aquatiques, ou un encouragement à les poursuivre ?

Peut-on rester confiant et ne pas réagir pas vivement à ces publications qui prennent les lecteurs pour des jambons ? Dans ces conditions, les pollutions ne vont-elles pas continuer à s'arrêter aux frontières de la France ? Les impact de la surexploitation des ressources en eau, la problématique des sédiments, les indicateurs biologiques, les PCB, les métaux, les HAP, tous les autres micropolluants et même les pesticides pour lesquels on n'a en réalité qu'un simulacre d'information se sont déjà arrêtés à la frontière de ces premières publications post-Grenelle de l'environnement sur l'état des eaux !

UNE MEDAILLE POUR LE CONTENU DES 8 PAGES DU CHAPITRE "L'EAU" !

Selon les informations publiées dans l'ouvrage et/ou trouvées sur le web (organigrammes, etc.), n'y aurait-il pas au moins 9 agents dont 6 chefs et directeurs (sans compter les échelons hiérarchique supérieurs) sensés avoir rédigé et/ou contrôlé et du moins avalisé le contenu du chapitre sur l'eau du rapport "L'environnement en France - Edition 2010" ? Par exemple :
-Directrice du Commissariat général au développement durable et rédactrice de l'avant-propos : Michèle Parlappado, Déléguée interministérielle et Commissaire générale au développement durable.
-Directeur du SOeS et Directeur de la publication : Bruno Trégouët.
-Membre pour l'eau du Conseil Scientifique du SOeS : René Lalement, Directeur de la connaissance et de l’information sur l’eau, Onema.
-Chef de la "Sous-direction des méthodes, données et synthèses environnementales" du SOeS : Michel David.
-Chef de la "Sous-direction de l’information environnementale" du SOeS : Valéry Morard.
-Chef du "Bureau de l’état des milieux environnementaux" du SOeS : Christian Feuillet.
-Rédacteur en chef de l'ouvrage et auteur de la synthèse du SOeS : Robin Degron.
-Auteurs du chapitre sur l'eau, "Bureau de l’état des milieux environnementaux" du SOeS : Aurélie Dubois et Laurence Lacouture.

Toutes ces publications récentes révèlant un incroyable néant méthodologique et informationnel et ne traitant à l'évidence pas correctement la problématique de l'état des eaux, on peut légitimement se demander si elles ont été confiées à des experts ? Parmi tous les responsables cités, combien d'entre eux, s'il y en a seulement, sont-ils des experts reconnus des écosystèmes aquatiques et de l'analyse des données environnementale et quelles sont leurs références scientifiques exactes dans ces domaines (nom des organismes de recherche dans lesquels ils ont exercé et liste de leurs publications dans des revues scientifiques reconnues sur l'eau et l'environnement au niveau national et international) ?

Compte tenu des enjeux immenses liés à l'information technique environnementale, confier l'information sur l'état des eaux à des experts reconnus des écosystèmes aquatiques et du traitement des données environnementales et auxquels on donnerait des moyens suffisants et surtout une indépendance totale aurait dû constituer la première décision d'un Grenelle sérieux et concerner bien entendu tous les domaines de l'environnement dont l'interdépendance mériterait d'être beaucoup mieux prise en compte, en particulier pour l'eau et la biodiversité.

Et le contenu absolument con-ster-nant du chapitre "L'eau" d'un rapport "L'environnement en France - Edition 2010" sensé être assis "sur des données bien assurées, des méthodes éprouvées" et "tendre vers une information de plus en plus large" pour nous donner "une perception suffisamment large et profonde des évolutions en cours" et qui, selon Le Monde du 5 juin 2010, "fourmille de données, et dresse le panorama le plus complet et le plus à jour de l'état des milieux naturels et des sources de pollution", mérite au moins LA MEDAILLE DE L'IMPOSTURE STATISTICO-ENVIRONNEMENTALE !




Création : 10 octobre 2010
Dernière actualisation :

Commentaires (fermés depuis mars 2014)

Cyrille WWF, le 2011-02-15 10:16:14

Avec cette démonstration, l’auteur enfonce le clou !
L’eau est une ressource patrimoniale et doit être gérée comme telle. Aussi, une information qualitative doit être dispensée afin de régir les orientations/politiques publiques pour répondre aux enjeux, faire face aux problèmes et apporter des solutions pertinentes/adaptées. Il est sûr qu’en bidouillant un peu les données ou en édulcorant la situation, on conserve encore un peu plus longtemps les modèles économiques qui nous ont conduit à cette catastrophe environnementale ! Bah, le développement durable… Nos enfants n’auront qu’à se débrouiller de la situation qu’on voudra bien leur laisser….
Ce qui est également consternant, c’est de savoir que bon nombre de personnes sont au courant de ces pratiques… J’ai honte pour eux, comment peuvent-ils le soir se regarder dans la glace et être fier de ce qu’ils font ? Quelles réponses donnent-ils à leurs enfants « Qu’as-tu fait pour endiguer cette situation, que fais tu pour améliorer les choses, est-ce que je peux être fier de toi ? ».

un citoyen, le 2011-07-22 21:50:27

Enfin quelqu'un qui ose le dire ! Ces publications officielles ne sont effectivement pas à la hauteur ! J'espère que cela va faire bouger les choses. Vivement que les politiques s'emparent de cette affaire en vue des prochaines élections !

Prof, le 2011-07-26 07:42:29

Un pavé dans la mare ! EXCELLENT IMPARABLE ! Mais ce n'est pas la première fois, j'avais déjà lu sur le site S-EAU-S ce même type d'analyse critique pour une autre publication du SOeS sur l'eau :
" Rapport 2010 sur l’eau et l’assainissement en France " (http://seaus.free.fr/spip.php?article735) .
Merci et bravo pour ce site remarquable qui va certainement faire date !!!!

louis, le 2011-08-04 08:30:20

la publication du Soes sur l'eau=l'album «les pieds nickelés font des statistiques sur l'eau» ? lol!

Webmaster, le 2011-11-01 10:20:52

Bruno TRÉGOUËT "Inspecteur général de l’Insee, chef du service de l’observation et des statistiques au ministère de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement", arrivé à la direction de l'Ifen en 2003, et directeur de la publication du rapport 2010 sur l'environnement en France, signale dans le dernier numéro (novembre 2011) de la revue "La jaune et la rouge de la communauté polytechnicienne" (http://www.lajauneetlarouge.com/article/faut-il-mesurer-l%E2%80%99environnement) que :
"la qualité des résultats laisse sans doute à désirer dans certains cas; elle est en deçà de ce qu’on peut trouver en statistiques économiques et sociales ou en données scientifiques. Il faudra à l’avenir recourir à des méthodes de mesure plus rigoureuses pour améliorer la précision des résultats".
Le site Eau-Evolution et donc cet article sur les publications du SOeS sont parus en juillet 2011.

Statman, le 2012-03-29 16:13:44

Merci pour cet article très bien documenté. C'est quand même sidérant de constater combien ces statistiques publiques sont nulles !! Des statistiques dirigées par l'Insee de ce niveau-là…
J'ai trouvé une petite bizarrerie à ajouter à votre longue liste dans L'ENVIRONNEMENT EN FRANCE 2010, pour les nitrates, à la page 20 : non seulement les nitrates dans les nappes souterraines sont présentés par rapport à des bassins versants de surface comme vous l'expliquez, mais l'outremer (4 bassins ici) n'est pas pris en compte pour les eaux de surface alors qu'il l'est pour les eaux souterraines. Si bien qu'on ne peut pas comparer les séries de moyennes par secteur, 187 secteurs dans un cas et 191 dans l'autre.

Webmaster, le 2012-03-30 07:17:07

Rép à Statman : votre remarque sur la prise en compte ou pas de l'outremer est exacte. D'autant plus que cette carte aberrante des "eaux souterraines par secteur hydrographique" et la présentation des chiffres tout à fait identique induisent le lecteur à la comparaison avec les eaux de surface.
Il semble que cette liste noire soit inépuisable… et que la cohérence, le sérieux, la lisibilité et l'exploitabilité des informations présentées ne soient définitivement pas le souci premier de ces publications. Petite précision : ce ne sont pas de publications de l'Insee, mais du ministère de l'écologie avec un directeur des publications de l'Insee…

Webmaster, le 2012-11-29 13:15:54

"Scandale à l'Onema : comment éviter la privatisation des données publiques sur l’eau ?" et "Lettre ouverte à Delphine Batho", par Marc Laimé :
"Il semble malheureusement avéré, au vu de l’instruction en cours par la Cour des comptes des très graves dévoiements qui ont affecté le fonctionnement de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA) depuis sa création en 2007 que sa tutelle, le ministère de l’Ecologie, comme l’ensemble des ministères concernés (Agriculture, Finances, Intérieur…), n’ont plus la maîtrise de l’ensemble du système français de production de données publiques sur l’eau, qui a fait l’objet en l’espace de quelques années de mutations de grande ampleur, effectuées dans la plus grande opacité. Le gouvernement doit impérativement reprendre le contrôle du système, sauf à encourir le risque, après la marchandisation du vivant, d’une marchandisation des données publiques sur l’eau, qui interdirait tout espoir de déploiement de politiques de gestion soutenable des ressources en eau". La suite sur :
http://www.eauxglacees.com/Scandale-a-l-ONEMA-comment-eviter

"L’ampleur et les conséquences prévisibles du scandale de l’ONEMA nous conduisent à interpeller Mme la ministre de l’Ecologie" … "Les dysfonctionnements mis à jour sont tels, les dévoiements si graves, que cette crise sans précédent ne peut se résoudre selon le schéma traditionnel d’un changement de direction et d’un superficiel audit sommaire, et ne sera pas résolue sur le fond en s’en remettant aux seules puissances tutélaires de l’eau, sous la forme des grands corps et des lobbies qui l’incarnent". La suite sur :
http://www.eauxglacees.com/Scandale-a-l-ONEMA-lettre-ouverte


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