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Carte de qualité des aquifères : les pesticides cumulés dans l’eau en 2007


Les pesticides de synthèse sont les micropolluants organiques les plus courants dans les eaux souterraines, largement devant les autres substances organiques représentées dans les eaux souterraines essentiellement par les solvants chlorés (voir Carte de qualité des aquifères : les solvants chlorés usuels ainsi qu'un aperçu chiffré de la contamination chimique globale de l’eau en 2007).

L'objectif des cartes présentées dans cet article est de montrer, à partir des données brutes disponibles, tout ce qu'il y a comme pesticides de synthèse dans les eaux souterraines. Nous essayons d'évaluer la contamination, non pas substance par substance, mais par l'ensemble des pesticides présents simultanément dans un même prélèvement d'eau.

Les mesures des micropolluants en général et des pesticides en particulier sont extrêmement hétérogènes selon les endroits pour une même année de mesure. Cela concerne les lieux et les fréquences des mesures, la nature et les nombres de substances recherchées ainsi que les limites analytiques pratiquées. Si bien qu'à une échelle nationale, la recherche de ces substances s'apparente plus à une pêche aléatoire qu'à une recherche systématique efficace.
A ce sujet, le lecteur pourra utilement consulter les articles de la rubrique Micropolluants chimiques, la note méthodologique Comment Eau-Evolution évalue les contaminations chimiques et la toxicité ainsi que l'index des substances chimiques.

Dans ce contexte, la réalisation d'une carte de qualité est assez périlleuse et ne peut donner qu'une image sous-évaluée et peu cohérente des contaminations réelles.
Eau-Evolution essaye néanmoins d'élaborer une indication des contaminations qui traduise le moins mal possible la réalité, tout en restant pragmatique face à la mauvaise qualité générale de ces données. L'objectif est que chacun puisse se faire au moins une idée de la réalité de la présence des pesticides dans nos nappes souterraines.

Deux points de vue distincts et complémentaires sont possibles pour décrire de façon globale la contamination par les pesticides d'un échantillon d'eau prélevé dans une nappe souterraine :
-le nombre de substances qui sont présentes simultanément dans un même prélèvement.
-la concentration totale de ces substances dans un même prélèvement.

Ces deux points de vue ne sont pas identiques car le nombre de pesticides quantifiés dans un même prélèvement n'est pas forcément lié à la concentration totale mesurée dans ce prélèvement.

Pour Eau-Evolution, la catégorie des pesticides regroupe toutes les substances chimiques synthétiques utilisées ou ayant été utilisées autrefois pour leur pouvoir biocide par les secteurs agricole, mais aussi industriel et domestique (si la plupart des substances chimiques de synthèse utilisées dans les secteurs domestiques et industriels ont un effet biocide plus ou moins marqué, toutes ne sont pas utilisées pour cet effet biocide), ainsi que leurs produits de dégradation.
Cette catégorie des pesticides selon Eau-Evolution est composée en écrasante majorité de ce que l'on appelle "les phytosanitaires" de synthèse. Sachant qu'il est souvent difficile de trier selon les usages : par exemple certains herbicides classés dans les phytosanitaires sont largement utilisés aussi dans les secteurs domestiques, etc.
S'ajoutent à ces phytosanitaires quelques substances utilisées pour leur pouvoir biocide à la fois par les secteurs agricoles et industriel et domestique, ou parfois exclusivement par les secteurs industriel et domestique. Ces substances non autorisées aujourd'hui pour l'usage phytosanitaire ont pu l'être par le passé et se retrouver dans les milieux à cause de cet usage. Nous ne pouvons donc pas les exclure de la catégorie des pesticides si on veut donner une image cohérente de ce type de pollution. Il ne doit sans doute pas exister de substances reconnues pour leur pouvoir biocide qui n'aient pas, à un moment ou un autre, été utilisée par l'agriculture intensive. Les peintures anti-salissures au TBT par exemple ont aussi été utilisées en pisciculture et pour tous les appareillages immergés.
Les points de vue "nombre de pesticides cumulés par prélèvement" ou "masse des pesticides cumulée par prélèvement " ne sont que peu influencés par la prise en compte de ces quelques substances biocides pas uniquement utilisées directement sur les surfaces agricoles.

Méthodologie

Pour réaliser les cartes de qualité, on a appliqué la méthodologie Eau-Evolution présentée dans l'article Comment sont réalisées les cartes de qualité des rivières et dont les principes d'évaluation de la qualité au niveau d'une station de mesure s'appliquent aussi aux eaux souterraines.

Pour les mêmes raisons que celles indiquées dans les articles de la rubrique Micropolluants chimiques, on peut légitimement considérer que, malgré les distinctions des codes remarques, toutes les limites analytiques présentées sont des LQ (limites de quantification).

Les calculs de qualité sont effectués avec Excel 2007. Les cartes de qualité sont réalisées en langage PHP.

Par souci de transparence, les points les plus pollués sont placés au-dessus et, s'ils occultaient ainsi les points les moins contaminés, avec une taille réduite par rapport à ces derniers. Le lecteur est invité à utiliser l'outil LES CARTES INTERACTIVES pour fabriquer des cartes plus personnalisées (sélection des seuils, des couleurs, des tailles, des stations à afficher, etc.).

Particularités des données pesticides

Les résultats présentés ne sont représentatifs que des données publiques exportées de la Banque ADES en juillet 2010 pour les réseaux RCS et RCO (Contrôles de surveillance et opérationnels).

Pour les statistiques sur les substances quantifiées, on a conservé les données disponibles des réseaux RCS et RCO qui concernent la France entière, avec 36 stations hors métropole sur un total de 1643 stations avec recherche de pesticides disponibles (soit 2,1% des stations recherchées).
Les analyses des stations hors métropole représentent 1,1% du total des analyses effectuées et 1,9% des analyses quantifiées.

Il semble, particulièrement pour les données issues du RCO, qu'il y ait quelques erreurs et/ou absences d'informations propres à induire des erreurs. Nous en avons corrigé certaines comme :
-Les fractions de mesure déclarées comme "inconnues", "eau filtrée" ou "eau brute" ont été rassemblées, les pesticides étant pour la plupart très solubles dans l'eau.
-Les valeurs nulles déclarées comme quantifiées ont été traitées comme non quantifiées sans toutefois que ces LQ nulles n'entrent dans les statistiques sur les LQ.
-Des concentrations avec des valeurs très élevées associées à des LQ aussi très élevées que nous pensons exprimées en ng/L et que nous avons donc divisées par 1000.
-Les analyses avec des valeurs non renseignées ont été supprimées.

Calculs par station et sélection des points

Pour chaque station de mesure de la qualité de l'eau, on a calculé les valeurs maximales rencontrées en 2007 des deux variables associées aux deux points de vue sur la contamination cumulée énoncés plus haut. La valeur la plus élevée rencontrée dans l'année sur une station de mesure laisse augurer de l'ampleur des contaminations et de la gamme des autres valeurs susceptibles d'être mesurées tout au long de l'année sur cette même station.

Plus encore que pour les macropolluants, les mesures disponibles sur l'ensemble du territoire ne permettent pas de calculer des moyennes annuelles pertinentes de façon à compléter le point de vue donné par les valeurs élevées ce ces variables.

Nous présentons aussi quelques statistiques décrivant les substances quantifiées en 2007 :
-Les minimum, médiane, moyenne et maximum.
-Les nombres de quantifications totaux ainsi que ceux associés à des valeurs de concentration plus ou moins élevées.

Les pesticides non quantifiés sont assimilés à 0 (nq=0) dans le total des concentrations, ce qui sous-évalue d'autant plus l'évaluation des contaminations que les LQ sont élevées.

Les limites analytiques de l'ensemble des mesures disponibles pour l'année 2007 varient entre 0,001 µg/L et 100 µg/L. Elles peuvent beaucoup varier même pour une seule substance selon les endroits ou les dates.
La fréquence des prélèvements aussi est très variable. Elle varie de 1 à 17 prélèvements sur l'ensemble des stations mesurées en 2007.
Les nombres de pesticides recherchés dans un même prélèvement varient de 1 à 382. Les nombres de prélèvements avec plus de 20 substances recherchées simultanément vont de 0 à 16 prélèvements pour l'année 2007 selon les endroits.
On ne peut pas juger de la pertinence de la recherche en se limitant à une seule des conditions : LQ basses, fréquences des mesures élevées ou nombre de substances recherchées par prélèvement élevé. Il faut que ces trois conditions soient réunies. Qu'une seule d'entre elles ne soit pas respectée, et la recherche n'est pas pertinente. Les stations de mesures qui réuniraient toutes ces conditions sont très rares, voire inexistantes. C'est la raison pour laquelle il est impossible, à partir des données disponibles actuellement, de dresser une carte des contaminations vraiment pertinente à l'échelle nationale.

Compte tenu des disparités des protocoles de recherche des pesticides, la sélection des stations ne peut donc se faire que de façon pragmatique en trouvant un compromis entre le nombre de stations sélectionnées et la pertinence la moins mauvaise de l'indicateur correspondant :
Pour chaque station, il s'agit de s'assurer qu'un effort de recherche minimum a bien été réalisé afin de ne pas lui attribuer une contamination faible purement artefactuelle.
Ceci a conduit Eau-Evolution à ne retenir que celles sur lesquelles il y a eu au moins un prélèvement de plus de 20 substances au cours de l'année.
A cette sélection s'ajoutent bien entendu les stations significativement contaminées, même si l'effort de recherche n'a pas été suffisant, c'est-à-dire sur lesquelles on a, malgré la mauvaise qualité de la recherche, trouvé au moins 3 pesticides différents ou au moins 1 µg/L de pesticides dans un même prélèvement.


Les cartes de qualité

Les cartes sont présentées avec le fond Eau-Evolution "zones agricoles". Ce fond est plus adapté aux eaux de surface, mais il permet, en attendant mieux, de donner des repères géographiques et de faciliter la comparaison spatiale des pollutions.

Toutes les concentrations sont exprimées en µg/L.

Les évaluations de la qualité sont forcément des évaluations a minima et l'ensemble des valeurs de qualité présentées ne sont représentatives que des données publiques téléchargées pour les réseaux RCS et RCO (Contrôles de surveillance et opérationnels) sur la Banque ADES en juillet 2010.

Rappelons que ces cartes traduisent les méthodes d'évaluations patrimoniales indépendantes et affranchies de tout aspect réglementaire propres à Eau-Evolution, et que chacun est invité à apporter sa critique et sa contribution pour les améliorer.

Les nombre de pesticides présents simultanément dans un même prélèvement

De façon à pouvoir estimer au mieux le nombre de pesticides présents simultanément, voici 3 cartes réalisées avec les mêmes valeurs par station, mais présentées avec des seuils (couleur noire) croissants égaux respectivement à 2, 4 et 6 pesticides différents quantifiés dans un même prélèvement d'eau :









Le nombre de pesticides présents dans un même prélèvement en 2007 atteint la valeur maximale de 14 substances.

Les niveaux des concentrations quantifiées pour chaque substance sont détaillés dans un tableau présenté plus bas.


Les concentrations totales de pesticides dans un même prélèvement

De façon à pouvoir estimer au mieux la masse totale de pesticides présents simultanément, voici 4 cartes réalisées avec les mêmes valeurs par station, mais présentées avec des seuils (couleur noire) croissants égaux respectivement à des totaux de 0,05 µg/L, 0,2 µg/L, 0,6 µg/L et 0,8 µg/L de pesticides dans un même prélèvement d'eau :












La concentration totale de pesticides mesurée dans un même prélèvement en 2007 atteint la valeur maximale de 88,15 µg/L (pour un cocktail de Fosetyl-aluminium, de Chlortoluron et de Diuron).

Les zones les plus concernées par les pesticides en 2007

Ci-dessous, les zones qui sont, toujours bien entendu à partir des données brutes disponibles et des méthodes d'évaluation Eau-Evolution, les plus concernées par les pesticides en 2007.

Le point de vue du nombre de pesticides cumulés traduit le mieux selon nous, compte tenu de mauvaise la qualité des données, la contamination réelle des eaux :



La taille des points est proportionnelle aux valeurs de façon à ce que l'on distingue plus nettement les zones concernées.

Mais voici aussi le point de vue complémentaire de la masse des pesticides cumulés :



Dans l'ensemble, on retrouve à peu près la même répartition géographique des contaminations. On distingue cependant des zones concernées plutôt par des concentrations élevées tandis que d'autres le sont plutôt par des cocktails de plusieurs substances élevés. Mais il ne faut pas oublier que la disparité géographique des protocoles de mesure rend toute comparaison sujette à caution.

On trouvera une tentative de présentation simultanée des deux points de vue dans l'article Carte de qualité des rivières et aquifères : une vision globale pour les pesticides cumulés dans l’eau en 2007.

La carte ci-dessous montre un autre point de vue sur l'effet cocktail. Elle présente en effet, pour chaque station de mesure, non pas le nombre de pesticides différents quantifiés simultanément dans un même prélèvement, mais le nombre de pesticides différents quantifiés pour l'année entière :


Le nombre de pesticides différents quantifiés dans une même station au cours de l'année 2007 atteint la valeur maximale de 15 pesticides.

Un petit aperçu de la qualité de la recherche des pesticides en 2007

La qualité de la recherche a une grande influence sur le résultat obtenu. Voici par exemple l'ampleur de l'éventail de tous les pesticides qui ont été recherchés, non pas simultanément dans un même prélèvement, mais tout au long de l'année :


Le nombre de substances différentes recherchées dans une même station au cours de l'année 2007 atteint la valeur maximale de 402 substances.

Ci-dessous, une carte présentant les fréquences des prélèvements de pesticides avec au moins 20 substances recherchées par prélèvement, ce qui fait très peu au regard des 142 pesticides qui ont été quantifiés en 2007 (voir paragraphe suivant) et au regard du nombre de pesticides que l'on aurait pu quantifier en les recherchant mieux :


La fréquence des prélèvements recherchant au moins 20 pesticides simultanément dans l'eau au cours de l'année 2007 atteint la valeur maximale de 16 (un peu plus de 1 mesure par mois). Lorsque cette fréquence est faible, on peut s'attendre à ce que les périodes qui correspondent aux pics des présences des pesticides, ne soient pas mesurées. En effet, les nappes polluées sont principalement des nappes libres où les concentrations peuvent beaucoup varier selon la saison et la pluviométrie (voir L’Atrazine et le Déséthylatrazine (2) : les eaux souterraines des régions agricoles).

Bien entendu, il ne suffit pas de faire beaucoup d'analyses pour que la recherche soit pertinente : il vaut mieux une analyse avec une limite de quantification suffisamment basse que 100 avec des LQ trop élevées pour quantifier quoi que ce soit !
Le graphique ci-dessous présente la disparité de l'effort de recherche du point de vue de la bassesse des LQ des analyses réalisées pour l'année pour les 30 substances les plus quantifiées (les LQ des analyses quantifiées ne sont malheureusement pas disponibles) :


Il faut savoir que pour les pesticides, dans le Système d'évaluation de la qualité des eaux souterraines publié en 2003, le premier seuil de contamination est de 0,01 µg/L par substance (0,001 µg/L même pour certaines substances) : "L'état patrimonial du SEQ Eaux souterraines fournit une échelle d'appréciation de l'atteinte des nappes par la pollution et permet de donner une indication sur le niveau de pression anthropique s'exerçant sur elles sans faire référence à un usage quelconque". Les LQ ne devraient donc pas excéder 0,01 µg/L, d'autant plus que l'on sait le faire sur le plan analytique. Cette valeur ne représente en outre que le dixième de la norme eau potable par pesticide et il est nécessaire que les LQ ne la dépassent pas si on prétend évaluer correctement l'évolution ainsi que la somme des concentrations des pesticides.
On constate que pour pratiquement chacune de ces 30 substances choisies en exemple, une partie des analyses est effectuée avec des LQ qui ne dépassent pas la valeur de 0,01 µg/L. Pourquoi donc toutes les autres analyses ne le seraient-elles pas aussi ?

Les cartes suivantes proposent une approche géographique sur la quantité et la qualité des données, sur les exemples de l'AMPA, de l'Atrazine, de l'Atrazine déséthyl et du Diuron.
La carte ci-dessous aborde, sur l'exemple de la recherche de l'AMPA, l'ampleur des problèmes concernant la représentativité géographique des données brutes. Elle montre la localisation des stations concernées ainsi que le nombre des analyses disponibles pour chacune :


La fréquence des analyses d'AMPA dans l'eau au cours de l'année 2007 atteint la valeur maximale de 10 (moins de 1 mesure par mois).
On remarque que l'intensité de la recherche d'une molécule comme l'AMPA, pourtant pas si récente ni si anodine, n'apparait pas comme particulièrement liée à la pression agricole en surface (selon les données publiques disponibles bien entendu).

Et même quand les stations mesurées sont nombreuses, en plus de l'irrégularité et de l'insuffisance chronique des fréquences de mesures, se pose le gros problème de l'irrégularité et de l'insuffisance des limites analytiques, comme le montrent ces exemples sur le Diuron, l'Atrazine et l'Atrazine déséthyl :


Les LQ minimum observées par station en 2007 pour le Diuron vont de 0,005 à 0,1 µg/L.



Les LQ minimum observées par station en 2007 pour l'Atrazine vont de 0,005 à 0,05 µg/L.



Les LQ minimum observées par station en 2007 pour l'Atrazine déséthyl vont de 0,01 à 0,12 µg/L.


La qualité de la recherche est abordée de façon plus détaillée et avec d'autres exemples dans plusieurs autres articles et cartes de la rubrique Micropolluants chimiques.

Des statistiques sur les substances quantifiées en 2007

Ci-dessous, quelques chiffres pour caractériser les concentrations rencontrées des pesticides qui ont été quantifiés au moins 5 fois en 2007. Cela représente 68 des 142 pesticides qui ont pu être quantifiés.

Ces statistiques qui concernent la France entière sont données uniquement à titre indicatif car elles n'ont pas beaucoup de sens à ce niveau si global où rien n'est vraiment représentatif de rien (représentativité de l'échantillon des stations, irrégularité et insuffisance chronique des fréquences de mesures, des limites analytiques, etc.).

Les substances sont présentées par ordre alphabétique pour les retrouver plus facilement. Au lecteur le choix de les classer comme il le souhaite : parmi les plus quantifiées ou avec les concentrations quantifiées les plus élevées.

Les concentrations sont exprimées en µg/L.

Pour chaque substance, on a calculé les minimum, médiane, moyenne et maximum des concentrations quantifiées. On a aussi calculé le nombre de mesures quantifiées, en précisant combien parmi ces mesures sont élevées en concentration. Ces proportions sont exprimées en % du nombre total de mesures quantifiées :

___________Nom____________Min q__Méd q__Moy q__Max q__Nb q__dont>=0,05 µg/L_dont>=0,1 µg/L
1-(3,4-dichlorophényl)-3-méthyl-urée0,020,020,020,0490%0%
2,4-D0,030,0590,060,133850%12,5%
2,4-MCPA0,040,210,411,7683,3%66,7%
2,6-Dichlorobenzamide0,020,090,33,48764,4%49,4%
2-hydroxy atrazine0,010,030,050,2212232,8%13,1%
Acétochlore0,020,0450,110,9981850%11,1%
Alachlore0,0180,040,21,81136,4%9,1%
Aldicarbe sulfoxyde0,030,030,030,0450%0%
Aminotriazole0,070,320,380,927100%85,7%
AMPA0,050,130,33,470100%90%
Anthraquinone0,030,050,050,1757,1%14,3%
Atrazine0,0050,040,071,48128341,3%14,3%
Atrazine déisopropyl0,010,060,070,3632261,8%23%
Atrazine déséthyl0,010,070,111,67205268,5%36,3%
Azoxystrobine0,020,040,080,24742,9%28,6%
Bentazone0,020,050,124,718349,2%22,4%
Bromacil0,030,130,754,493588,6%65,7%
Bromoxynil0,020,0340,030,0460%0%
Carbendazime0,020,030,251,27633,3%33,3%
Carbofuran0,020,0550,191,11656,3%37,5%
Chlordécone0,240,733,625,513100%100%
Chlorfenvinphos0,020,020,020,0290%0%
Chlorpyriphos-éthyl0,020,020,020,02160%0%
Chlortoluron0,0140,050,121,16051,7%20%
Cyprodinil0,040,070,070,11560%20%
Déisopropyl-déséthyl-atrazine0,0370,050,070,162360,9%34,8%
Déséthyl-terbuméton0,010,160,692,71984,2%78,9%
Desmethylnorflurazon0,050,270,330,8111100%63,6%
Dieldrine0,00850,030,150,5811643,8%43,8%
Diflufenicanil0,0060,0350,050,111241,7%16,7%
Dimétachlore0,020,060,080,17580%40%
Dimethenamide0,040,080,090,17666,7%33,3%
Diuron0,0050,040,11,322443,8%19,2%
Epoxiconazole0,020,030,030,07520%0%
Ethidimuron0,030,060,10,281361,5%38,5%
Folpel0,0170,070,070,11683,3%16,7%
Glyphosate0,050,20,5912,942100%88,1%
Heptachlore époxyde endo trans0,0050,0070,0090,0178100%0%
Hexachlorocyclohexane alpha0,020,030,030,04190%0%
Hexachlorocyclohexane bêta0,00720,091,110,6222774,1%44,4%
Hexachlorocyclohexane delta0,010,030,060,291020%10%
Hexachlorocyclohexane gamma0,0070,020,030,111612,5%6,3%
Hexazinone0,020,070,130,581163,6%45,5%
Hydroxyterbuthylazine0,010,030,060,192642,3%38,5%
Imidaclopride0,020,090,10,222090%50%
Ioxynil0,0240,0450,040,062650%0%
Isoproturon0,010,0650,131,25066%30%
Linuron0,020,10,140,282771,4%57,1%
Mécoprop0,020,040,070,2071145,5%18,2%
Métalaxyl0,020,030,030,04130%0%
Métazachlore0,0120,040,070,3643447,1%26,5%
Métobromuron0,0760,320,290,5025100%80%
Métolachlore0,0050,040,145,512948,8%30,2%
Monuron0,020,030,050,191040%10%
Naphtalène0,010,0140,040,345520%7,3%
Norflurazone0,020,020,030,06540%0%
Oxadiazon0,010,070,080,432065%25%
Oxadixyl0,010,070,110,5411464%42,1%
Pentachlorophénol0,0080,020,020,061010%0%
Propazine0,020,060,060,09683,3%0%
Simazine0,0060,030,050,3645428,4%10,1%
Simazine-hydroxy0,10,1450,150,256100%100%
Sulcotrione0,050,070,080,155100%20%
Tébuconazole0,020,030,050,151136,4%9,1%
Terbuméton0,020,030,030,133917,9%5,1%
Terbuthylazine0,010,030,040,2612024,2%5%
Terbuthylazine désethyl0,010,040,060,3626546%14,3%
Trifluraline0,0060,020,020,03210%0%

Ainsi par exemple, 35 analyses de Bromacil ont été quantifiées dans l'eau des nappes mesurées sur la France entière durant l'année 2007. Les concentrations quantifiées allaient de 0,03 µg/L à 4,49 µg/L. 66% de ces 35 analyses quantifiées avaient une concentration d'au moins 0,1 µg/L.

Les graphiques ci-dessous présentent quelques points de vue sur les substances que l'on rencontre le plus souvent dans les eaux souterraines, selon bien entendu le jeu de données et la qualité de la recherche médiocres et peu représentatives disponibles :








Un exemple du manque de représentativité des données brutes disponibles et des difficultés qui s'en suivent pour interpréter les résultats synthétiques : l'atrazine déséthyl est recherchée sur 1475 stations contre 704 stations pour le naphtalène, sans compter le manque de représentativité de leur position géographique ni l'irrégularité des protocoles de mesure.
Ces points de vue montrent que les herbicides de la famille des triazines ainsi que leurs métabolites sont les grands gagnants. Pour un zoom sur la problématique de l'Atrazine et de ses métabolites dans les eaux souterraine, voir L’Atrazine et le Déséthylatrazine (2) : les eaux souterraines des régions agricoles.

Quelques commentaires

Les différences géographiques, souvent par grand bassin versant Agence de l'eau, des stratégies de recherche (LQ, nombre de substances recherchées, fréquences des prélèvements, etc.), obéissent-elles à une nécessité de protection et de connaissance d'une ressource déclarée patrimoniale et à un quelconque principe de précaution ?

Il y a un décalage bien connu entre la contamination des eaux souterraines et les pratiques agricoles en surface. Si on trouve actuellement un nombre relativement modéré de molécules avec leurs différents métabolites et produits de dégradation dans les eaux souterraines, ce qui correspond aux pratiques anciennes, le tableau va forcément évoluer d'ici quelques années vers plus de substances et de produits de dégradation mais avec des concentrations moindres (voir Carte de qualité des rivières : les pesticides cumulés dans l’eau en 2007). Et dans ce contexte, la protection des eaux souterraines ne peut pas se faire sans en particulier un abaissement très significatif des limites analytiques des analyses.
L'examen des LQ utilisées sur l'exemple des 30 substances ayant les plus grands nombres d'analyses quantifiées, montre que pour chacune d'entre elle (sauf quelques exceptions en pire ou en mieux), pas plus de 10 % à 20 % seulement des analyses sont réalisées avec des LQ qui ne dépassent pas 0,01 µg/L. On constate aussi que c'est possible sur le plan technique d'utiliser des LQ ne dépassant pas 0,01 µg/L puisque certains le font. On ne peut donc pas comprendre et en tout cas accepter que l'Etat n'ait pas pris la précaution élémentaire d'imposer, au moins depuis la mise place de la DCE en 2000, et au moins pour 2007, que toutes les analyses de pesticides sur l'ensemble du territoire soient effectuées avec des LQ ne dépassant pas le seuil patrimonial de 0,01 µg/L.

Il est regrettable que les données ne soient pas homogènes et de qualité suffisante (LQ, fréquences des mesures, nature et nombres de substances recherchées, représentativité géographique, etc.) pour dresser des cartes pertinentes au niveau national. La contamination cumulée reste par principe sous-évaluée. Néanmoins, l'image donnée par les deux points de vue, concentration totale et nombre de substances, même si elle reste sous-évaluée, semble assez cohérente avec la répartition géographique et la nature des activités agricoles en surface et la présence de nappes vulnérables.

La contamination de référence pour ces pesticides de synthèse est "zéro contamination". Parmi les nappes de surface, seules les nappes situées au droit des zones montagneuses et/ou naturelles sont restées préservées des pesticides.

Les concentrations ainsi que les nombres de substances présentes dans les eaux souterraines situées sous les zones anthropisées apparaissent très élevées. Comment a-t-on pu fermer les yeux si longtemps en surface pour en arriver là, alors que l'on sait que les eaux souterraines conservent longtemps voire très longtemps leurs pollutions, qu'elles sont un compartiment clé du cycle de l'eau et qu'elles conditionnent étroitement l'état des sols et des eaux de surface ? Devant ce gâchis durable d'une ressource pourtant déclarée "patrimoniale" il y a 20 ans et qui se retrouve aujourd'hui en Contamination à Durée Indéterminée, pourra-t-on un jour refaire confiance à nos gestionnaires ?

Beaucoup d'argent a sans doute été économisé au détriment de la nature avec une agriculture et une industrie que personne ne peut plus nier, au regard des contaminations chimiques effectives des eaux souterraines et superficielles, être non durables soit, plus prosaïquement, sales et destructrices de l'environnement (voir les articles de la rubrique Micropolluants chimiques).
Ne va-t-on pas devoir à présent dépenser cet argent au centuple en analyses chimiques, en aides et soutiens pour faire tout ce qui n'a jamais été fait à savoir rendre réellement ces secteurs propres, pour décontaminer l'eau potable, pour les soins anticancéreux et autres, pour restaurer ce qui peut encore l'être de la biodiversité, etc.?




Création : 9 août 2010
Dernière actualisation :

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