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Carte de qualité des rivières : tous les micropolluants cumulés dans l’eau en 2007 (pesticides, HAP, PCB, autres substances de synthèse et métaux)


L'objectif des cartes présentées dans cet article est de montrer, à partir des données brutes disponibles, tout ce qu'il y a comme micropolluants dans l'eau. Nous essayons d'évaluer la contamination, non pas substance par substance, mais par l'ensemble des micropolluants simultanément dans un même prélèvement d'eau. Des cartes de qualité substance par substance dans l'eau ou dans les sédiments sont élaborées dans d'autres articles pour zoomer sur certains micropolluants présentant un intérêt particulier.

Les micropolluants sont des substances soit organiques soit minérales. On les classera schématiquement dans les deux familles respectives des "micropolluants synthétiques" (toutes les substances organiques produites par les activités humaines) et des "métaux" (au sens large : métaux, métalloïdes et autres).

La présence des micropolluants synthétiques dans les milieux naturels est intégralement liée aux activités humaines. La référence est donc pour eux "zéro contamination".
Le cas des HAP est en réalité un plus complexe car si l'homme est responsable de la plupart des contaminations (chimie, déversements et fuites d'hydrocarbures et d'huiles usagées, combustion de carburants fossiles, chauffage au bois, brûlis, production de gaz, raffinage du pétrole, préservation et traitement du bois, eaux de ruissellement des routes et parkings asphaltés, industrie métallurgique, industrie du caoutchouc, gaz d'échappement automobile, production d'électricité en centrales thermiques, incinération de déchets, fabrication de papier goudronné, etc.), elles peuvent aussi avoir une origine naturelle (feux de forêts, décomposition de la matière organique dans les sols, sols bitumineux).
Certains métaux aussi peuvent exister à l'état naturel (fond géochimique). Mais leur présence dans l'eau est, comme pour les HAP, largement liée aux activités humaines (voir par exemple Aperçu de la pression sur la ressource en eau (1) : Micropolluants chimiques).

Après avoir cartographié la pollution chimique plutôt liée à l'agriculture intensive (Carte de qualité des rivières : les pesticides cumulés dans l’eau en 2007), puis celle plutôt liée aux secteurs industriels et domestiques (Carte de qualité des rivières : les micropolluants hors pesticides cumulés dans l’eau en 2007 (HAP, PCB, autres substances de synthèse et métaux)), nous faisons à présent un bilan tous secteurs confondus.

Ci-dessous un petit schéma explicatif :



Lorsque l'on s'intéresse aux impacts possibles des micropolluants sur la vie aquatique, on ne peut absolument pas raisonner substance par substance : beaucoup de métaux lourds par exemple ne pénètrent au travers des membranes cytoplasmiques et nucléaires des cellules vivantes que grâce à certaines substances synthétiques qui leur servent de transporteur pour leur permettre de se fixer sur les gènes ou les séquences de régulation de l'ADN en provoquant mutations, troubles de la division cellulaire et cancers.

Les mesures des micropolluants en général sont extrêmement hétérogènes selon les endroits pour une même année de mesure. Cela concerne les périodes et les fréquences des mesures, mais aussi la nature et les nombres de substances recherchées ainsi que les limites analytiques pratiquées. Si bien qu'à une échelle nationale, la recherche de ces substances s'apparente plus à une pêche aléatoire qu'à une recherche systématique efficace.
A ce sujet, le lecteur pourra utilement consulter les articles de la rubrique Micropolluants chimiques, la note méthodologique Comment Eau-Evolution évalue les contaminations chimiques et la toxicité ainsi que l'index des substances chimiques.

Dans ce contexte, la réalisation d'une carte de qualité est assez périlleuse et ne peut donner qu'une image sous-évaluée et peu cohérente des contaminations réelles.
Eau-Evolution essaye néanmoins d'élaborer une indication des contaminations qui traduise le moins mal possible la réalité, tout en restant pragmatique face à la mauvaise qualité générale de ces données. L'objectif est que chacun puisse se faire au moins une idée de la réalité de la présence des micropolluants dans nos cours d'eau.

Deux points de vue distincts et complémentaires sont possibles pour décrire de façon globale la contamination par plusieurs familles chimiques de micropolluants d'un échantillon d'eau prélevé dans une rivière, et pour évaluer son impact possible sur la vie aquatique :
-le nombre de substances qui sont présentes simultanément dans un même prélèvement.
-la toxicité totale de ces substances dans un même prélèvement.

Beaucoup des micropolluants des familles des HAP, des PCB et des métaux ne sont pas ou peu solubles dans l'eau. On les trouve préférentiellement dans les matières en suspension et les sédiments sur lesquels ils s'adsorbent et se désorbent suivant les conditions du milieu (pH, température, etc.). S'ils sont peu présents dans l'eau filtrée, on peut néanmoins les trouver à des concentrations variables dans l'eau brute qui contient plus ou moins de particules solides organiques et minérales en suspension.


Méthodologie

Voir la méthodologie générale de réalisation des cartes dans Comment sont réalisées les cartes de qualité des rivières.

Pour les mêmes raisons que celles indiquées dans les articles de la rubrique Micropolluants chimiques, on peut légitimement considérer que, malgré les distinctions des codes remarques, toutes les limites analytiques présentées sont des LQ (limites de quantification).

Les calculs de qualité sont effectués avec Excel 2007. Les cartes de qualité sont réalisées en langage PHP.

Par souci de transparence, les points les plus pollués sont placés au-dessus et, s'ils occultaient ainsi les points les moins contaminés, avec une taille réduite par rapport à ces derniers. Le lecteur est invité à utiliser l'outil LES CARTES INTERACTIVES pour fabriquer des cartes plus personnalisées (sélection des seuils, des couleurs, des tailles, des stations à afficher, etc.).


Particularités des données

Sur la question des doublons, à savoir une même substance chimique recherchée deux fois ou plus à la même date sur la même station, notre stratégie est, sauf cas particuliers, la suivante : privilégiant le point de vue patrimonial et non réglementaire sur l'état des eaux, il nous importe finalement peu que ces doublons soient liés à tel ou tel producteur ou réseau de données. Donc tant mieux si la même substance est recherchée deux fois à la même date. Il faut juste s'assurer que l'on ne la compte pas deux fois dans les nombres de substances quantifiées ou les nombres de substances recherchées. Pour cela, on élimine les doublons en conservant en priorité la valeur quantifiée maximale s'il y a des valeurs quantifiées, et on rassemble toutes les mesures effectuées à la même date comme faisant partie du même prélèvement sur la station concernée.

Les substances de synthèse, pesticides, HAP, PCB et autres substances chimiques, sont mesurées en eau brute.

Pour ce qui concerne les métaux : rappelons qu'ils sont entendus au sens large (métaux lourds ou de transition et quelques métalloïdes, alcalino-terreux et autres). Nous n'avons pas intégré le fer dont la présence ne présente pas grand intérêt dans de telles cartes de contamination.
Sur la base des données de toxicité disponibles, les métaux mesurés en eau brute ne peuvent pas contribuer à la toxicité. Compte tenu du fait que très peu de métaux possédant des données de toxicité sont mesurés en eau filtrée à l'échelle de l'ensemble du territoire, la toxicité des métaux dans l'eau est donc très insuffisamment prise en compte.
Pour les quelques contributions à la toxicité du zinc et du cadmium, nous avons pris en compte les références de toxicité correspondant à une dureté peu élevée, la dureté n'était en effet pas disponible partout et la différence de toxicité est relativement modeste dans cette estimation de toxicité faite à partir de données disponibles aussi disparates.
Pour les quelques contributions à la toxicité des métaux, nous n'avons pas tenu compte du bruit de fond géochimique parce que -ces données n'étaient, sauf erreur, pas disponibles, -l'industrie chimique déverse beaucoup de ces métaux et -nous souhaitons estimer la toxicité réelle de l'eau tous micropolluants confondus et non pas une toxicité ajoutée.


Calculs par station et sélection des points

Pour chaque station de mesure de la qualité de l'eau, on a calculé les valeurs maximales rencontrées en 2007 des deux variables associées aux deux points de vue énoncés plus haut. La valeur la plus élevée rencontrée dans l'année sur une station de mesure laisse augurer de l'ampleur des contaminations et de la gamme des autres valeurs susceptibles d'être mesurées tout au long de l'année sur cette même station.
Bien entendu, les maximum sur un même prélèvement pour l'ensemble des micropolluants ne sont pas la somme des maximum pour le groupe des pesticides et des maximum pour le groupe de autres micropolluants, puisque les dates des maximum annuels ne coïncident a priori pas.

Plus encore que pour les macropolluants, les mesures disponibles sur l'ensemble du territoire ne permettent pas de calculer des moyennes annuelles pertinentes de façon à compléter le point de vue donné par les valeurs élevées de ces variables.

Les concentrations sont exprimées en µg/L.

Nous présentons aussi quelques statistiques décrivant les substances quantifiées en 2007 :
-Les minimum, médiane, moyenne et maximum.
-Les nombres de quantifications totaux ainsi que ceux associés à des valeurs de toxicité plus ou moins élevées.
Pour les métaux, on a présenté les mesures en eau brutes et les mesures en eau filtrée sur des lignes différentes.

Les substances non quantifiées sont assimilées à 0 (nq=0) dans le total des doses toxiques, ce qui sous-évalue d'autant plus l'évaluation des contaminations que les LQ sont élevées.

Les limites analytiques, la fréquence des prélèvements, les nombres de substances recherchées dans un même prélèvement varient beaucoup selon les endroits.
On ne peut pas juger de la pertinence de la recherche en se limitant à une seule des conditions : LQ basses, fréquences des mesures élevées ou nombre de substances recherchées par prélèvement élevé. Il faut que ces trois conditions soient réunies. Qu'une seule d'entre elles ne soit pas respectée, et la recherche n'est pas pertinente. Les stations de mesures qui réuniraient toutes ces conditions sont très rares, voire inexistantes. C'est la raison pour laquelle il est impossible, à partir des données disponibles actuellement, de dresser une carte des contaminations vraiment pertinente à l'échelle nationale.

Compte tenu des disparités des protocoles de recherche des micropolluants, la sélection des stations ne peut donc se faire que de façon pragmatique en trouvant un compromis entre le nombre de stations sélectionnées et la pertinence la moins mauvaise de l'indicateur correspondant :
Pour chaque station, il s'agit de s'assurer qu'un effort de recherche minimum a bien été réalisé afin de ne pas lui attribuer une contamination faible purement artefactuelle.
Ceci a conduit Eau-Evolution à ne retenir que celles sur lesquelles à la fois les pesticides et les micropolluants autres que les pesticides sont mesurés et avec les critères de sélection suivants :
-Pour les pesticides, au moins un prélèvement de plus de 40 substances entre les mois de mai et d'août.
-Pour les autres micropolluants, au moins un prélèvement de plus de 40 substances durant l'année (ce qui exclut en particulier toutes les stations du bassin Adour-Garonne pour lesquelles il y a d'ailleurs très peu de données disponibles sur les métaux et les HAP dans le support eau).
A cette sélection s'ajoutent bien entendu les stations significativement contaminées, même si l'effort de recherche n'a pas été suffisant, c'est-à-dire sur lesquelles on a, malgré la mauvaise qualité de la recherche, trouvé au moins 10 substances différentes dans un même prélèvement.


Les cartes de qualité

Les contaminations par les micropolluants concernent a priori l'ensemble du territoire, même si certaines ne se rencontrent qu'en lien direct avec la présence de zones agricoles, urbaines ou industrielles.

Nous avons donc choisi de superposer les deux fonds explicatifs Eau-Evolution qui soulignent les grandes zones agricoles, urbaines et industrielles en relation avec la qualité des eaux de surface.

Rappelons que ces cartes traduisent les méthodes d'évaluations patrimoniales indépendantes et affranchies de tout aspect réglementaire propres à Eau-Evolution, et que chacun est invité à apporter sa critique et sa contribution pour les améliorer.

Les nombre de micropolluants présents simultanément dans un même prélèvement

De façon à pouvoir estimer au mieux le nombre de micropolluants présents simultanément, voici 4 cartes réalisées avec les mêmes valeurs par station, mais présentées avec des seuils (couleur noire) croissants égaux respectivement à 5, 10, 15 et 20 micropolluants différents quantifiés dans un même prélèvement d'eau :












Le nombre de micropolluants présents dans un même prélèvement en 2007 atteint la valeur maximale de 45 substances.

Les niveaux des concentrations quantifiées pour chaque substance sont détaillés dans un tableau présenté plus bas.


La toxicité totale des micropolluants dans un même prélèvement

Nous présentons ici la toxicité potentielle de type chronique (LTC) des substances. Comme pour les concentrations, la valeur la plus élevée rencontrée dans l'année laisse augurer de la gamme des autres valeurs susceptibles d'être mesurées tout au long de l'année. La "dose toxique" correspondant à une substance LTC dans un prélèvement donné est très logiquement le nombre de fois que sa concentration mesurée y dépasse sa LTC. Le "bon état toxique" est alors défini par : la moyenne des cumuls des doses toxiques de toutes les substances LTC mesurées à différentes périodes de l'année doit rester inférieure à 1. La toxicité cumulée maximale par prélèvement présentée sur les cartes laisse augurer de ce que pourrait être cette toxicité cumulée moyenne si la qualité des mesures (fréquence, LQ, etc.) en permettait le calcul. Par ailleurs, une des cartes de toxicité présentée ci-dessous est réalisée à partir du seuil de "4 doses toxiques" qui correspond à l'ordre de grandeur d'une toxicité potentielle aigue (LTA) pour les espèces aquatiques (voir Comment Eau-Evolution évalue les contaminations chimiques et la toxicité).
Ci-dessous un petit rappel terminologique :



De façon à pouvoir estimer au mieux la toxicité totale des micropolluants présents simultanément, voici 4 cartes réalisées avec les mêmes valeurs par station, mais présentées avec des seuils (couleur noire) croissants égaux respectivement à 4, 8, 12 et 16 doses toxiques cumulées dans un même prélèvement d'eau :












La toxicité totale des micropolluants présents dans un même prélèvement en 2007 atteint la valeur maximale de 31216 doses toxiques (les toxicités très élevées proviennent le plus souvent des HAP).

La variabilité géographique des nombres de micropolluants recherchés dans un même prélèvement

La carte ci-dessous donne un aperçu de la disparité géographique des nombre de substances recherchées simultanément dans l'eau, donc de la non-adaptation des protocoles de mesure pour l'estimation à un niveau national des cocktails de ces substances :



En 2007, on a recherché jusqu'à 583 substances distinctes dans un même prélèvement.

Les stations absentes de cette carte ne correspondaient pas aux critères minimum de sélection énoncé dans le paragraphe "Méthodologie".

Rappelons que le nombre de substances recherchées ne fait pas toute la pertinence de la recherche, les LQ, les fréquences et les périodes de mesure sont elles-aussi très importantes.


La variabilité géographique des LQ utilisées pour les recherches

Rappelons que l'on ne connait malheureusement les LQ d'un paramètre que sur les stations où il y a des analyses non quantifiées de ce paramètre.

La variabilité géographique des limites analytiques parait très importante et tout à fait injustifiée. Nous avons choisi un ou deux exemples pris dans chacune des 5 familles de micropolluants : HAP, PCB, Pesticides, Autres synthétiques et Métaux. Sur certaines stations de mesures, les LQ des analyses varient au cours de l'année 2007. Nous avons donc présenté deux cartes pour chacun des paramètres concernés, une avec les LQ minimum, l'autre avec les LQ maximum. Toutes les LQ des substances synthétiques sont relatives à des mesures en eau brute. Pour le Cadmium, nous avons séparé les LQ sur deux cartes distinctes, suivant qu'elles concernent les mesures en eau brute ou en eau filtrée.
Les valeurs disponibles respectives de ces LQ sont représentées sur les cartes suivantes :


Les LQ maximum du Fluorène (LTC=0,3 µg/L) vont de 0,005 à 0,02 µg/L (1 µg/L exceptionnellement).

Les LQ minimum du Fluorène vont de 0,005 à 0,02 µg/L.


Les LQ du PCB 35 (LTC=0,001 µg/L) vont de 0,001 à 0,005 µg/L.
Certaines zones sont donc mesurées avec une limite analytique de 5 fois la dose toxique chronique LTC.


Les LQ maximum du Diuron (LTC=0,2 µg/L) vont de 0,01 à 0,1 µg/L.

Les LQ minimum du Diuron vont de 0,001 à 0,1 µg/L.


Les LQ maximum de l'Atrazine (LTC=0,6 µg/L) vont de 0,01 (0,005 µg/L exceptionnellement) à 0,1 µg/L.

Les LQ minimum de l'Atrazine vont de 0,005 à 0,03 µg/L.


Les LQ maximum de l'Ethyl Hexyl Phtalate (LTC=1,3 µg/L) vont de 0,05 à 5 µg/L.

Les LQ minimum de l'Ethyl Hexyl Phtalate vont de 0,05 à 5 µg/L.
Certaines zones sont donc mesurées avec une limite analytique de presque 4 fois la dose toxique chronique LTC.


Les LQ maximum du Cadmium en eau brute vont de 0,15 à 2 µg/L.

Les LQ minimum du Cadmium en eau brute vont de 0,15 à 2 µg/L.


Les LQ du Cadmium en eau filtrée (LTC=0,08 µg/L et au maximum 0,25 µg/L pour les eaux très dures) vont de 0,2 à 1 µg/L.
Certaines zones sont donc mesurées avec une limite analytique de 12,5 fois la dose toxique chronique LTC.

Comme pour les sédiments, ces répartitions géographiques des valeurs des LQ évoquent plus les contours des grands bassins versants administratifs (réseaux ou sous-réseaux de mesures, laboratoires, etc.) que des limites relevant d'une justification scientifique et patrimoniale. Du point de vue patrimonial, il est difficile de comprendre pourquoi toutes les analyses ne sont pas systématiquement effectuées avec les limites analytiques les plus basses possibles sur le plan technique pour l'année concernée. Cela paraît un énorme gâchis !


Les zones les plus concernées par les micropolluants en 2007

Ci-dessous, les zones qui sont, toujours bien entendu à partir des données brutes disponibles et des méthodes d'évaluation Eau-Evolution, les plus concernées par les micropolluants en 2007.

Le point de vue du nombre de micropolluants cumulés traduit le mieux selon nous, compte tenu de l'hétérogénéité des données de qualité et de l'insuffisance des données de toxicité, la contamination et le potentiel de toxicité réels des eaux :



La taille des points est proportionnelle aux valeurs de façon à ce que l'on distingue plus nettement les zones concernées.

Il ne faut pas oublier que la disparité géographique des protocoles de mesure rend toute comparaison sujette à caution.


Des statistiques sur les substances quantifiées en 2007

Ci-dessous, quelques chiffres pour caractériser les concentrations rencontrées des micropolluants qui ont été quantifiés au moins 10 fois en 2007. Cela représente 203 des 387 micropolluants qui ont pu être quantifiés.

Ces statistiques sont données uniquement à titre indicatif car elles n'ont pas beaucoup de sens à ce niveau si global où rien n'est vraiment représentatif de rien (représentativité hydro-spatiale de l'échantillon des stations, irrégularité et insuffisance chronique des fréquences de mesures, des limites analytiques, etc.). Elles doivent encore être réalisées, et de façon représentative à tous points de vue, sur chacun des groupes de stations agricoles et/ou urbaines et industrielles identifiés dans les zonages Eau-Evolution pour prendre tout leur sens et permettre de déceler des évolutions éventuelles.

Les substances sont présentées par ordre alphabétique pour les retrouver plus facilement. Au lecteur le choix de les classer comme il le souhaite : parmi les plus quantifiées ou avec des valeurs toxiques quantifiées les plus élevées.

Toutes les concentrations sont exprimées en µg/L.

Pour chaque substance, on a calculé les minimum, médiane, moyenne et maximum des concentrations quantifiées. On a aussi calculé le nombre de mesures quantifiées, en précisant combien parmi ces mesures sont élevées en valeurs toxiques. Ces proportions sont exprimées en % du nombre total de mesures quantifiées :

___________Nom____________Min q__Méd q__Moy q__Max q__Nb q__dont>=0,3 dos. tox_dont>=1 dos. tox
1-(3,4-dichlorophényl)-3-méthylurée0,020,020,0280,09390%0%
2,4-D0,00010,00710,032,027890%0%
2,4-MCPA0,010,030,0812,131160,8%20,6%
2,6-Dichlorobenzamide0,020,050,0640,13200%0%
2-hydroxy atrazine0,020,050,0690,92760%0%
3-chloropropène0,30,50,50,920100%95%
4-Nonylphénol ramifié0,10,20,47,8669100%38,4%
4-nonylphenols ramifiés0,10,340,55,1363100%63,6%
4-tert-butylphénol0,040,10,21,4540%0%
4-tert-Octylphenol0,040,080,10,320100%50%
Acénaphtène0,0050,010,031,394471,6%0,4%
Acénaphtylène0,0050,009650,060,472416,7%4,2%
Acétochlore0,010,060,1813,3274629,4%8,3%
Aclonifène0,020,110,211,374910,2%0%
Alachlore0,010,040,122,241126,3%7,3%
Aldicarbe0,050,110,160,44110%0%
Aluminium (eau brute)0,191221,94460034570%0%
Aluminium (eau filtrée)24882,86302160%0%
Aminotriazole0,020,1250,313,511520%0%
AMPA0,040,30,5616,59930%0%
Anthracène0,0050,010,020,2722316,1%4%
Anthraquinone0,020,0550,0720,491060%0%
Antimoine (eau brute)111,781700%0%
Antimoine (eau filtrée)2,52,52,52,5250%0%
Argent (eau brute)0,050,10,41,9110%0%
Arsenic (eau brute)0,51,53,46912650%0%
Arsenic (eau filtrée)0,453,779469,1%69,1%
Atrazine0,0050,030,0442,6122832,5%0,3%
Atrazine déisopropyl0,020,10,0840,16960%0%
Atrazine déséthyl0,010,050,0570,3617430%0%
Azinphos méthyl0,010,010,0170,05110%0%
Azoxystrobine0,010,060,0970,531001%0%
Baryum (eau brute)530,8540,943415080%0%
Baryum (eau filtrée)0,0122,529,216011457,9%12,3%
Benalaxyl0,020,070,314,6195,3%5,3%
Bentazone0,010,030,0732,85620%0%
Benzo(a)anthracène0,00490,010,0391219100%99,9%
Benzo(a)pyrène0,0010,010,021,94271822,3%5,6%
Benzo(b)fluoranthène0,0050,010,038,3208179,7%17,8%
Benzo(g,h,i)pérylène0,0020,010,021,091507100%100%
Benzo(k)fluoranthène0,0050,010,023,199573,9%14%
Béryllium (eau brute)0,040,080,25650%0%
Béryllium (eau filtrée)1010101025100%100%
Biphényle0,020,1250,434,673212,5%6,3%
Bore (eau brute)43061,1310015730%0%
Bore (eau filtrée)155061,31603925,6%0%
Bromacil0,020,060,0990,29160%0%
Bromoforme0,560,88512,1100%0%
Bromoxynil0,020,0450,060,24200%0%
Butyl benzyl phtalate0,010,020,051,78930%0%
Cadmium (eau brute)0,150,419,21880%0%
Cadmium (eau filtrée)0,020,050,344983,7%34,7%
Carbaryl0,010,040,0530,17130%0%
Carbendazime0,0050,010,0520,8831321,4%8,3%
Carbétamide0,020,050,0640,21420%0%
Carbofuran0,0050,060,171,81580%0%
Chlorfenvinphos0,010,030,0570,271668,8%18,8%
Chloro-4 Méthylphénol-30,0050,0090,030,5400%0%
Chloroforme0,20,541,12513935,3%5%
Chlorophénol-40,0050,010,020,11000%0%
Chlorothalonil0,0020,0040,0580,481216,7%8,3%
Chlorprophame0,020,070,140,84650%0%
Chlorpyriphos-éthyl0,010,040,0960,8838100%65,8%
Chlortoluron0,010,070,28,5110016,1%0,5%
Chrome (eau brute)0,512,51627960%0%
Chrome (eau filtrée)0,1107,11810071%67%
Chrysène0,0050,010,021,981798100%95,8%
Clomazone0,010,040,0930,3120%0%
Cobalt (eau brute)0,30,71,2101990%0%
Cobalt (eau filtrée)0,050,24,5105791,2%43,9%
Cuivre (eau brute)0,52,33,76913190%0%
Cuivre (eau filtrée)1,685033,9170102100%100%
Cyproconazole0,020,0850,21,88185,6%0%
Cyprodinil0,010,050,0620,29250%0%
DDD 44'0,0010,0030,00650,031952,6%26,3%
DDT 24'0,0010,0020,0060,042548%16%
DDT 44'0,0010,0020,00570,074334,9%9,3%
Décabromodiphényl oxyde/éther0,50,91,15,46188100%100%
Desméthylisoproturon0,020,030,0340,11170%0%
Desméthylnorflurazon0,050,080,271,4290%0%
Diazinon0,020,040,110,73110%0%
Dibenzo(a,h)anthracène0,0050,010,041,899100%100%
Dibutylétain0,0040,010,020,52644,5%1,9%
Dicamba0,010,070,141,7580%0%
Dichlobenil0,050,070,110,32140%0%
Dichloroéthylène-1,2 cis0,20,521,713,3640%0%
Dichlorométhane1,216,631,85107689,5%38,2%
Dichlorprop0,020,030,0650,96901,1%0%
Dieldrine0,0010,0020,00620,031040%30%
Diflufenicanil0,010,030,0380,25407100%60,4%
Dimétachlore0,020,060,110,72230%0%
Dimethenamide0,0050,050,131,53060%0%
Diméthoate0,020,0950,342,5100%0%
Diméthomorphe0,020,10,245,5530%0%
Dinitrocrésol0,050,070,0760,11120%0%
Dioctylstannane0,0050,010,023,94140%0%
Diphenyltin0,0050,0070,0090,02140%0%
Diuron0,010,040,1434,2438741%12,9%
EDTA15,36,625270%0%
Endosulfan bêta0,0010,0030,0120,071593,3%33,3%
Endrine0,0010,0020,00480,054839,6%10,4%
Epichlorohydrine111162100%0%
Epoxiconazole0,010,030,0450,28890%0%
Etain (eau brute)1482241650%0%
Etain (eau filtrée)1010101025100%100%
Ethofumésate0,020,190,55,2910%0%
Ethyl hexyl phthalate0,051,55212155488,5%57,1%
Fénuron0,030,070,140,87290%0%
Fludioxonil0,040,080,0980,3100%0%
Fluoranthène0,0050,010,037,16378324,3%4,2%
Fluorène0,0050,010,030,733873,1%1%
Fluroxypyr0,010,0350,0760,55200%0%
Flusilazole0,020,040,0941,17326,3%3,1%
Glufosinate0,020,120,220,98140%0%
Glyphosate0,020,20,44284670,2%0%
Heptachlore0,000030,000110,00140,01290%0%
Hexachlorobenzène0,0010,0020,0050,032128,6%23,8%
Hexachlorocyclohexane alpha0,0010,0020,00810,066827,9%19,1%
Hexachlorocyclohexane bêta0,0010,0020,0070,047931,6%15,2%
Hexachlorocyclohexane delta0,0010,0020,00510,036933,3%5,8%
Hexachlorocyclohexane gamma0,0010,0050,0120,5539648%15,9%
Hexaconazole0,020,0650,313,38160%0%
Hexazinone0,020,070,110,41210%0%
Hydroxyterbuthylazine0,010,10,110,32210%0%
Imazaméthabenz-méthyl0,0060,030,0822,2950%0%
Imidaclopride0,020,060,216631,6%1,6%
Indéno(1,2,3-cd)pyrène0,0020,010,021,11460100%100%
Iprodione0,010,050,132,71981%0%
Isoproturon0,010,070,2120195542,3%14,4%
Isoxaben0,020,060,0920,26130%0%
Isoxaflutole0,050,280,9162596%48%
Linuron0,010,040,0621,953991,3%0,3%
Manganèse (eau brute)13063,5404032520%0%
Manganèse (eau filtrée)1,212,325110590%0%
Mécoprop0,010,030,0812,23970%0%
Mercure (eau brute)0,020,030,183680%0%
Mercure (eau filtrée)0,0050,010,060,662835,7%21,4%
Mésotrione0,020,0450,0540,16180%0%
Métalaxyl0,020,040,112,1850%0%
Métaldéhyde0,020,110,171,21430%0%
Métamitrone0,020,090,221,65300%0%
Métazachlore0,010,040,0661,44568,8%1,3%
Méthabenzthiazuron0,010,060,110,91550%0%
Méthomyl0,020,0950,371,4100%0%
Méthyl-2-Fluoranthène0,0050,010,030,132433,3%8,3%
Méthyl-2-Naphtalène0,0050,010,032,577510,3%0,1%
Méthylphénol-20,050,080,10,38170%0%
Métobromuron0,020,080,150,55110%0%
Métolachlore0,010,050,7465316150%0%
Molybdène (eau brute)0,51,3568,32400%0%
Molybdène (eau filtrée)1010101125100%100%
Monobutylétain0,0030,0060,0233050%0%
Naphtalène0,010,020,0331,9112910,1%0%
Napropamide0,020,060,171,1210%0%
n-Butyl Phtalate0,020,10,23,79550%0%
Nickel (eau brute)0,534,321632850%0%
Nickel (eau filtrée)0,624130124521,8%0,9%
Nicosulfuron0,020,060,10,759750,5%16,5%
Nonylphénols0,040,210,37,8221092%35,1%
Norflurazone0,020,070,0790,26270%0%
Octylstannane0,0050,020,030,212020%0%
Oryzalin0,020,040,0470,19140%0%
Oxadiazon0,010,030,0842,82826%0,7%
Oxadixyl0,010,050,070,451100%0%
Parathion éthyl0,000030,000040,00110,02200%0%
PCB 350,0010,0030,0050,0110100%100%
Pendiméthaline0,010,040,0630,84707,1%1,4%
Pentabromodiphényl oxyde/éther0,010,10,10,5712100%100%
Pentachlorobenzène0,0020,010,050,291573,3%66,7%
Pentachlorophénol0,010,020,4321,83663,6%2,7%
Phénanthrène0,0050,010,02524679,7%2,4%
Phenyltin0,0050,010,040,34710%0%
Phosphate de tributyle0,050,070,441230%0%
Phoxime0,00050,080,0890,4977100%100%
Piperonyl butoxyde0,040,070,0960,34600%0%
Plomb (eau brute)0,21,32,817036180%0%
Plomb (eau filtrée)0,1107,69941069,3%62,2%
Prochloraz0,020,060,060,11130%0%
Procymidone0,010,030,0812,31990%0%
Propoxur0,020,020,0260,05110%0%
Propyzamide0,010,040,0945,452250,9%0%
Prosulfocarbe0,020,030,0620,24110%0%
Pyrène0,0050,020,0630,85225593,5%31,2%
Pyridate0,020,030,0280,06170%0%
Pyriméthanil0,010,040,142,7590%0%
Sélénium (eau brute)112,2152180%0%
Sélénium (eau filtrée)101010,11226100%100%
Simazine0,0060,020,0512,393531,7%0,3%
Simazine-hydroxy0,10,150,281,8160%0%
Spiroxamine0,050,1750,190,39140%0%
Sulcotrione0,020,070,10,58430%0%
Tébuconazole0,010,060,111,92247,1%0,9%
Tébutame0,0060,030,0610,8660%0%
Tellurium (eau brute)111,32550%0%
Tellurium (eau filtrée)10101010250%0%
Terbuméton0,020,020,0320,07170%0%
Terbuthylazine0,0060,030,0752,71771,1%0%
Terbuthylazine désethyl0,010,030,0380,31150%0%
Terbutryne0,020,060,172,75750%0%
Tétrabutylétain0,0050,020,030,185910%0%
Tétrachloréthène0,20,60,84,981833,3%0%
Tétrachlorure de carbone0,522,72,85,91520%0%
Tetraconazole0,020,090,110,23120%0%
Thallium (eau filtrée)1010101025100%100%
Titane (eau brute)0,759,93266760%0%
Titane (eau filtrée)1,1106,51048100%75%
Toluène0,211,37,8340%0%
Tributylétain0,00010,0080,0180,39134100%98,5%
Trichlorobenzène-1,2,30,010,30,30,62564%48%
Trichlorobenzène-1,2,40,00540,010,050,54513,3%2,2%
Trichloroéthane-1,1,10,20,720,93350%0%
Trichloroéthylène0,20,971,7128515,3%2,4%
Trichlorophénol-2,4,50,00250,00470,0080,06180%0%
Trichlorophénol-2,4,60,00250,00480,021,22470%0%
Triclopyr0,010,040,0781,992321,3%0%
Tricyclohexylétains0,0050,010,010,04120%0%
Trifluraline0,0060,020,0932,514789,4%42,6%
Trioctylétain0,010,020,12,1290%0%
Triphénylétain0,0050,020,030,22470%0%
Uranium (eau brute)0,20,91,1192560%0%
Vanadium (eau brute)0,524654850%0%
Vanadium (eau filtrée)135,41056100%100%
Zinc (eau brute)1111819322610%0%
Zinc (eau filtrée)1,950105,54480152100%97,4%

On constate que les concentrations rencontrées dans les eaux sont souvent loin de n'être que "des traces". Il est donc permis de douter de la pertinence des bonnes pratiques agricoles pour les pollutions diffuses et des seuils d'autorisation pour les rejets industriels ponctuels qui permettent des concentrations réelles dans l'eau aussi élevées.

D'après les données disponibles en 2007, les nombres de quantification par famille sont de : 28385 pour les métaux et de 60561 pour les substances synthétiques dont 27923 pour les pesticides, 22238 pour les HAP, 38 pour les PCB et 10362 pour les autres substances synthétiques (pour les métaux, on a bien entendu pris le nombre total de quantifications en eau brute et eau filtrée par substance).

Comme expliqué ci-dessus, les statistiques sur la distribution des valeurs des concentrations qui ont été quantifiées n'ont pas beaucoup de sens sur des groupes de stations non homogènes. Cela aurait encore moins de sens de calculer des pourcentages de quantification par substance (en ramenant les nombres de valeurs quantifiées aux nombres de recherches) ni de les comparer entre eux : car les substances ne sont pas forcément recherchées aux mêmes endroits et avec les mêmes fréquences ni les mêmes LQ. Ces pourcentages globaux n'auraient donc aucune pertinence au niveau de la représentativité statistique et nous avons préféré ne pas les présenter dans le tableau ci-dessus.

Même si les données ne sont pas représentatives, on osera cependant, car cela ne peut que faire progresser la prise de conscience, décrire le cocktail statistique des contaminations des eaux des cours d'eau en nombres de substances : il y a 1/3 de métaux pour 2/3 de substances synthétiques.
Il y a plus précisément 32% de métaux, 31% de pesticides de synthèse, 25% de HAP et 12% d'autres substances organiques.

Les deux images suivantes décrivent la nature des substances quantifiées dans les eaux respectivement en proportion numérique et massique de l'ensemble des analyses quantifiées.
Les substances quantifiées dans les eaux en proportion numérique :



Les substances quantifiées dans les eaux en proportion massique :



Comme expliqué ci-dessus, les mesures n'étant pas représentatives, ces proportions n'ont qu'un caractère indicatif et surtout pédagogique en présentant une vue globale des résultats des analyses quantifiées.
On remarquera que les proportions en effectif ne correspondent généralement pas aux proportions en masse.
A condition de tenir compte aussi de la composition des sédiments (Carte de qualité des rivières : tous les micropolluants cumulés dans les sédiments en 2007 (pesticides, HAP, PCB, autres substances de synthèse et métaux)),on peut faire un lien certain avec les pressions de l'agriculture et des rejets industriels dans les eaux (voir Aperçu de la pression sur la ressource en eau (1) : Micropolluants chimiques), excepté pour les HAP dont les origines ne sont largement pas liées qu'aux rejets industriels dans les eaux.
Cette contamination par les HAP paraît d'ailleurs extrêmement inquiétante, d'autant plus que la fiche HAP 2006 de l'Ineris conclut : "L’objectif de rejets anthropiques nuls semble extrêmement difficile à atteindre, au moins à court terme, notamment à cause de l’omniprésence et de l’importance des rejets. Les rejets atmosphériques liés au transport automobile ou au chauffage urbain semblent ainsi particulièrement difficiles à réduire. En outre les cokeries, même si elles appliquaient les meilleures techniques disponibles actuelles, resteraient significativement émettrices de HAP".


Quelques commentaires

Les cartes ci-dessus montrent que les micropolluants contribuent forcément à la perte de biodiversité dans les milieux aquatiques mais aussi dans les milieux terrestres anthropisés car toutes les espèces, aquatiques comme terrestres, ont besoin d'eau pour vivre.
Cette eau qui est aussi le miroir de la conscience environnementale des hommes est tout simplement devenue l'auberge espagnole des substances chimiques.
Et quand on prend aussi en compte la contamination des sédiments (Carte de qualité des rivières : tous les micropolluants cumulés dans les sédiments en 2007 (pesticides, HAP, PCB, autres substances de synthèse et métaux)) : comment fait-on pour trouver des rivières en "bon état chimique" ?

Après des décennies de rejets toxiques dans les milieux naturels, on peut se demander s'il y a vraiment un pilote dans l'avion : les autorités publiques se sont-elles donné, et se donnent-elles actuellement, les moyens d'assurer la maîtrise des micropolluants qui arrivent dans les cours d'eau ? En particulier, après des décennies de réglementation des rejets industriels, il semblerait que beaucoup de rivières ne soient pas en bon état chimique : ce constat ne peut qu'interpeller sur la pertinence de ces réglementations et/ou de la façon dont elles sont appliquées !

Ces cartes sont à regarder comme des essais sur la contamination des eaux. Elles ne donnent pas une image satisfaisante des contaminations.
Elles semblent refléter plus les différences entre les protocoles des mesures que les différences entre les contaminations réelles. Si on se base sur les données disponibles, il semble qu'il n'y ait toujours pas en 2007, sur un sujet aussi important pour l'avenir de la biodiversité et de la santé humaine, de coordination des protocoles de mesure à un niveau plus exigeant que le dénominateur commun "rapportage DCE", sans obligations en particulier pour la bassesse des LQ des substances recherchées. De façon plus précise, pour les eaux comme pour les sédiments, il semble (voir aussi rubrique Micropolluants chimiques) qu'il y ait bien une coordination des protocoles de mesures pour répondre aux exigences minimum du rapportage pour la Directive cadre sur l'eau : réseaux de stations, liste de quelques substances prioritaires, fréquence de mesure pour ces substances. Mais pour nous qui nous intéressons à l'état patrimonial de la ressource, ces protocoles minimum sont tout à fait insuffisants et inaptes à traiter l'épineux mais bien réel problème de la mise en évidence des contaminations réelles en prenant en compte l'ensemble des substances, une par une et en cocktail.
Il ne semble pas y avoir de logique dans le choix des zones les mieux surveillées, surtout en ce qui concerne les zones amont des cours d'eau et les chevelus hydrographiques où le maintien de la biodiversité est particulièrement important. Ni non plus dans les choix des nombres de substances mesurées et des LQ avec lesquelles on les mesure.
A quoi sert-il de mesurer beaucoup de substances et partout, si les LQ sont trop élevées ? LQ trop élevées, non pas rapport à des normes définies substance par substance, arbitraires, conjoncturelles et par nature fluctuantes, mais par rapport aux teneurs réelles que l'on rencontre dans les eaux ou les sédiments, teneurs qui pourront s'avérer très toxiques le jour où l'on saura mesurer la toxicité réelle in situ, substance par substance mais aussi pour les coktails de substances ?
La quasi-absence artefactuelle des PCB dans les sédiments du bassin Rhône-Méditerranée en 2007 (voir Carte de qualité des rivières : les PCB cumulés dans les sédiments en 2007) est un cas d'école : relativement beaucoup de PCB recherchés et presque partout, mais, à cause des LQ relativement trés élevées, rien à l'arrivée.
On aura beau lancer notre filet à larges mailles dans toutes les rivières de France et de Navarre, on n'attrapera jamais aucun petit poison !
Ce manque de pertinence de la recherche concerne malheureusement presque tous les micropolluants et presque toutes les zones géographiques. Et finalement, la plupart de ces analyses sans doute conformes aux besoins de rapportage pour la DCE sont pratiquement inexploitables d'un point de vue patrimonial. Tout ceci est très préjudiciable pour la ressource en eau et la biodiversité.

Ces cartes décrivent donc une contamination cumulée par principe sous-évaluée (LQ, fréquences, périodes, nature et nombres de substances recherchées, etc.). Et c'est d'autant plus le cas pour l'évaluation de la toxicité cumulée puisque seules 57 % (plus exactement 220 parmi les 387, et sans tenir compte du fait que la plupart des métaux avec donnée de toxicité ne sont pas mesurés en eau filtrée donc ne comptent pas) des substances quantifiées en 2007 possèdent une donnée de toxicité (NQE ou NQEp).
Et cette contamination est d'autant plus sous-évaluée que les micropolluants émergents d'origine domestique et industrielle ne sont pas recherchés (stéroïdes, antibiotiques, etc.). Sans compter non plus la toxicité radioactive. Sans compter non plus l'infinitude des produits de dégradation qui, même lorsqu'ils ont une existence éphémère, peuvent impacter la vie aquatique puisqu'ils se relaient sans cesse les uns les autres.
De plus, il faudrait aussi prendre en compte dans la toxicité les conditions physiques environnementales. En particulier la température dont l'augmentation dans les eaux et les sédiments en lien avec le changement climatique pourrait bien renforcer considérablement la toxicité in situ des micropolluants toxiques.

Il ne faut pas trop chercher à comparer de façon rigoureuse les contaminations d'un grand bassin Agence de l'eau à l'autre et souvent d'une station à l'autre au sein d'un même bassin car les protocoles de recherche sont trop hétéroclites.
La seule chose que l'on puisse affirmer, c'est que la contamination réelle maximale d'une station est certainement plus importante que la contamination maximale indiquée dans la carte. Et que la vraie toxicité in situ pour les organismes aquatiques n'est pas connue, mais est certainement une réalité qui grève leur équilibre et leur maintien à long terme.

On ne peut cependant s'empêcher de comparer les ordres de grandeurs des contaminations par les micropolluants synthétiques utilisés comme biocides (pesticides) avec celles par les autres micropolluants. Les présentations de ces contaminations sur des cartes distinctes présentées dans des articles distincts ont pour objectif de répondre à ces interrogations sur l'ampleur réelle relative des contaminations par ces deux groupes de micropolluants :
La répartition géographique des contaminations n'est bien entendu pas la même. Les pesticides sont surtout présents dans les plaines agricoles alors que les autres micropolluants se retrouvent un peu partout et particulièrement dans les zones urbanisées et industrialisées.
Mais sur leurs surfaces de prédilection respectives, l'ampleur et le niveau des contaminations, si l'on tient compte que certains micropolluants hors pesticides sont des métaux dont la présence peut être naturelle, sont du même ordre de grandeur pour les pesticides et pour les non-pesticides.
La mauvaise qualité des données ne permet bien entendu pas d'oser les comparaisons des toxicités. Mais il y a fort à parier que pour un organisme aquatique, vivre dans une grande zone agricole ou vivre dans une grande zone urbaine et industrielle est tout aussi peu ragoûtant. S'il est exact que les pesticides sont un désastre, ils ne sont largement pas les seuls : la chimie hors pesticides l'est autant ! Et nous n'avons pas fini de lever le voile sur la réalité de ces contaminations qui commencent seulement à être médiatisées. La vraie-fausse "découverte" récente des PCB n'en n'est qu'un avant-goût.

Le premier groupe de micropolluants évoque les méfaits de l'agriculture productiviste tandis que le second, ceux de la chimie. Mais ces deux problématiques sont en réalité intimement liées car les pesticides sont l'un des grands fleurons de la chimie.
Qu'on le veuille ou non, la chimie est la condition essentielle de notre mode de vie moderne comme en témoigne ce membre de l'Académie des sciences (La France et l’Europe souhaitent-elles le déclin de la Chimie ?) dont un extrait :
"La chimie est souvent au service des autres industries, c’est “l’industrie des industries” ! Pas de voitures modernes sans chimie, pas d’industrie électronique sans chimie, pas de téléphones portables sans chimie, pas d'avions de dernière génération sans matériaux composites et colles efficaces, pas de nouvelles prothèses sans matériaux biocompatibles, etc. Aucun aspect de la vie moderne telle que nous la concevons n’existerait sans la chimie. Et pourtant, la visibilité de la chimie disparaît aux yeux de l’opinion publique et des jeunes en particulier. Pourquoi garder une industrie dont on ne perçoit pas directement l’utilité ?
Sans chimie, pas de médicaments. Quels que soient les progrès de la biologie et de la génétique, 80 à 90% des futurs médicaments resteront des petites molécules, faites par les chimistes (le chimiste est un Homo faber capable de créer de nouveaux objets à partir de matières premières), et agissant de manière sélective sur des cibles définies par les biologistes
". Ajoutons que sans chimie, pas d'agriculture intensive non plus.

Ces cartes de contaminations des eaux de surface par les micropolluants révèlent donc tout en amont le côté obscur et l'inconscience, non pas des pesticides, ni même de la chimie, mais de notre mode de vie moderne. Vouloir le conserver sans mettre en place un nouveau paradigme "zéro contamination des milieux naturels" pour la chimie, de l'extraction et la synthèse jusqu'aux rejets par tous les secteurs dont l'agriculture qui l'utilisent et dans tous les objets qui finissent leur vie dans la nature, c'est comme penser : "après nous le déluge !".
Mettre sur le marché une substance organique quelle qu'elle soit sans faire le nécessaire pour que la molécule mère et/ou ses produits de dégradation ne finissent pas tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre, dans la nature, c'est criminel. L'exemple de la pilule contraceptive qui féminise les espèces aquatiques à travers les chasses d'eau et les stations d'épuration collectives est un cas d'école (voir Un nouveau paradigme) : ne pouvait-on pas prévoir que ces hormones finiraient dans les rivières ? L'exemple des PCB qui contaminent tous les cours d'eau à travers les transformateurs usagés en est un autre : ne pouvait-on pas prévoir la fin de vie de ces transformateurs avant de les remplir avec n'importe quoi ? L'exemple des pesticides, ces substances fabriquées pour être directement déversées dans la nature, constitue le summum de l'inconscience. Voir aussi Aperçu de la pression sur la ressource en eau (1) : Micropolluants chimiques et le diaporama The story of stuff (une traduction française : L’histoire des choses).
Ne devrions-nous pas verdir rapidement et de façon omnisectorielle notre Dieu "Chimie", faute de quoi il risque de s'avérer fatal pour la nature et donc pour l'homme aussi ?

Deux unicellulaires aquatiques d'une rivière ordinaire du XXIe siècle :





Création : 6 février 2010
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Commentaires (fermés depuis mars 2014)

Webmaster, le 2013-01-09 11:25:46

"Les fourmis sont contaminées par les phtalates" (http://www.lefigaro.fr/environnement/2013/01/03/01029-20130103ARTFIG00509-les-fourmis-sont-contaminees-par-les-phtalates.php) : est-ce bien étonnant ? Quelques extraits de ce document :

"La surprise a été totale à l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte de Tours (Indre-et-Loire). En effet, là-bas, les scientifiques étudient l'écologie des fourmis mais pas leur exposition à la pollution. «Nous avons été sidérés de découvrir un peu par hasard que ces insectes sont tous contaminés par les phtalates», reconnaît Alain Lenoir, professeur émérite. Ces molécules produites par l'industrie entrent dans la composition des plastiques pour les rendre flexibles et leur donner une forme. Or, elles sont présentes dans les fourmis du monde entier. «Dans les forêts tropicales, dans le désert marocain, en montagne ou dans les endroits les plus éloignés de toute activité humaine», ajoute le chercheur."

"Un milligramme de phtalates par kilo de fourmi vivante"

"Quel est leur impact sur les petits insectes? Personne ne s'est encore posé la question. Alain Lenoir va prendre contact avec le laboratoire de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) basé à Nancy, qui étudie l'impact des phtalates sur les salariés des industries qui les manipulent. «Les fourmis sont très résistantes. Elles parviennent à se détoxifier de substances aussi nocives que les métaux lourds, voire l'arsenic», souligne le chercheur qui admet que, s'il avait plus de moyens, il chercherait la présence d'autres polluants. «Je ne suis pas étonnée que les fourmis soient contaminées par les phtalates. En Europe, en Amérique et en Asie, il y en a partout, dans l'air intérieur des habitations aussi bien que dans l'eau des rivières», affirme Anne-Marie Saillenfait, de l'INRS. Leur omniprésence s'explique par le fait qu'ils sont libérés sous forme de particules dans l'atmosphère. Contrairement à ce que leur apparence extérieure plutôt lisse laisse supposer, les plastiques se dégradent soit par simple contact, soit sous l'effet de la lumière ou de la chaleur."

Ce que je trouve le plus étonnant, c'est la remarque suivante qui rejoint le constat de déficience grave de la recherche concernant l'état chimique de l'eau, et qui devrait susciter l'indignation : "le chercheur qui admet que, s'il avait plus de moyens, il chercherait la présence d'autres polluants".
Que nous baratine-t-on alors sur la préservation de la biodiversité, si on ne recherche même pas "la présence d'autres polluants" chez des insectes aussi répandus que les fourmis ?
Et comment justifier que l'on ne connaisse pas "l'impact sur les petits insectes" de rejets toxiques que nous nous autorisons pourtant ? Je disais, dans la conclusion de ce bilan des micropolluants dans l'eau, que mettre sur le marché une substance organique quelle qu'elle soit sans faire le nécessaire pour que la molécule mère et/ou ses produits de dégradation ne finissent pas tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre, dans la nature, c'était criminel. Avec les exemples de la pilule contraceptive qui féminise les espèces aquatiques à travers les chasses d'eau, des PCB qui contaminent tous les sédiments cours d'eau à travers les transformateurs usagés. On peut maintenant ajouter l'exemple des phtalates…

Charly, le 2013-01-11 12:01:14

Bonjour, a visionner pendant 7 jour sur ARTE+7
http://videos.arte.tv/fr/videos/le-plastique-menace-sur-les-oceans--7233696.html
Bonne continuation.

Webmaster, le 2013-01-11 13:50:24

Merci Charly, des extraits : "les océans en reçoivent pas moins de 20 000 tonnes quotidiennement, soit 6 millions de tonnes chaque année. Or ces matières plastiques, inventées et fabriquées par Homo sapiens – fâcheuse exclusivité -, perturbent gravement le processus de la digestion océanique, et pour cause : elles sont imputrescibles, et échappent complètement à la biodégradabilité. Entières ou en fragments, jetées directement ou échappées des stations d’épuration, originaires du voisinage ou venues de l’autre bout du monde ? Nul ne peut savoir : les coupables ne sont pas responsables, et vice versa.

Aujourd’hui, il s’agit surtout d’objets en plastique, imputrescibles mais pas anodins pour autant : « L’usure, les chocs, les rayons ultraviolets finissent par fissurer et déstructurer ces substances », explique un chercheur. Sous forme de billes, ou de fragments minuscules, les macromolécules de synthèse se trouvent ainsi libérées pour une diffusion plus large, invisible, insidieuse : « Sur les côtes antarctiques, baignées par la mer la plus propre du monde, 80 % des oiseaux ont des fragments de plastique dans l’estomac. »

Les « microplastiques » ont tous les défauts : ils contiennent du DDT, du BPA (bisphénol A, aux effets hormonaux) et des PCB (polychlorobiphényles). Notons que ces derniers sont partout interdits depuis les années 1980, et restent pourtant omniprésents : la nature a la mémoire longue, et les polluants sont des bombes à retardement. En outre, ces petites billes ou fragments de plastique constituent des leurres pour de nombreux animaux marins, qui les confondent avec du plancton et s’empoisonnent en les ingérant – poison transmis aux oiseaux qui, à leur tour, les mangent. Lesquels cessent de se reproduire, leurs femelles ne pondant plus que des oeufs stériles. Enfin, pour des raisons non élucidées, les microbilles de plastique attirent « comme des aimants » les molécules toxiques rencontrées, qui s’y agglutinent. Elles entraînent aussi avec elles des spores, des oeufs de poisson, des coquillages minuscules, qui en profitent pour voyager vers des latitudes lointaines – où la reproduction et l’épanouissement de pareilles espèces exotiques ne sont pas forcément les bienvenues… L’océanographe et écologiste Marcus Eriksen, qui cherche à localiser toutes les plaques de concentration, nous invite à « prendre conscience de l’étendue des dégâts ». Quant à trouver des solutions au problème…"
(cf. http://teleobs.nouvelobs.com/rubriques/la-selection-teleobs/articles/39804-le-plastique-menace-les-oceans)

Charly, le 2013-01-12 10:13:58

Merci à vous pour cet énorme travail et cette mine d'infos que représente votre site !
PS: mon modeste blog > http://my.opera.com/charlyops/blog/
à voir tag eau.


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