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L’Atrazine et le Déséthylatrazine (2) : les eaux souterraines des régions agricoles


Résumé : Suivi et devenir de l’atrazine, pesticide largement utilisé de 1960 à 2003. Dans les nappes peu oxygénées et peu renouvelables, la contamination est désormais installée pour plusieurs décennies et avec des teneurs qui peuvent être élevées.


Cet article sur les nappes souterraines fait suite et complète l’article L’atrazine dans les eaux (1) : les cours d’eau.

L’Atrazine est un herbicide largement utilisé en France depuis 1960. Son utilisation a été limitée en1997 puis totalement interdite en septembre 2003. Elle fait partie des pesticides les mieux et les plus longtemps mesurés dans les eaux.

Une fois épandue, l’atrazine (A) entame des processus de dégradation de type physico-chimique, par photolyse et hydrolyse, et/ou biologique par les microorganismes du sol et de l’eau. Ces processus produisent essentiellement du déséthylatrazine (DEA), mais aussi du Déisopropylatrazine (DIA), du Déséthyldéisopropylatrazine (DEDIA) et de l’Hydroxyatrazine (HA).
Les temps de dégradation sont très variables selon les supports (air, eau, sédiments, sol, etc.) et les conditions physico-chimiques (lumière, température, pH, etc.), comme le montre cette fiche Atrazine de l’Ineris : "Temps de ½ vie dans l’eau (hydrolyse à pH7) : Stable ; Temps de ½ vie dans l’eau (photolyse) : 335 j. ; Temps de ½ vie dans l’atmosphère (photo-oxydation) : 2,6 h. ; Temps de ½ vie dans les sols : 40 j. ; Temps de ½ vie dans les sédiments aérobies : 28 – 134 j. ; Temps de ½ vie dans les sédiments anaérobies : 608 j.".

L’atrazine et ses métabolites, tous très solubles et mobiles, peuvent être temporairement retenus par adsorption dans les sols et la matière organique. Mais ils finissent tôt ou tard par rejoindre les cours d’eau et les nappes souterraines selon le processus suivant :
Les pluies qui suivent les épandages apportent par ruissellement de l’eau très fortement contaminée en atrazine dans les cours d’eau, en provoquant des pics de concentration marqués du printemps à l’été.
Le restant de ces substances, avec une teneur en atrazine proportionnellement moins élevée, migre par lessivage dans les sols et dans les eaux souterraines dont leurs teneurs peuvent augmenter pendant encore plusieurs années après l’arrêt des apports en surface. Il n’y a en effet que peu, voire pas du tout, de biodégradation, dans les eaux souterraines, et ce d’autant plus qu’elles sont moins oxygénées et se renouvellent moins vite. Si bien que l’atrazine est capable d’y persister pendant plusieurs décennies. Il en est de même pour le DEA qui serait aujourd’hui considéré, selon le rapport La qualité de l'eau et assainissement en France (annexe 47),"comme plus toxique que la molécule mère".

Au vu de toutes ces propriétés de l’atrazine, on s’attend logiquement à l’heure actuelle à des teneurs en augmentation ou au mieux stables pour les nappes contaminées à faible taux de renouvellement, et à la disparition des pics printaniers dans les cours d’eau. Mais qu’en est-il réellement ?

Eau-Evolution essaye, sur plusieurs exemples de rivières et de nappes souterraines situées dans des régions agricoles, de faire parler les données brutes de qualité des eaux. Il s’agit d’évaluer non seulement la contamination réelle des eaux par l’atrazine et ses métabolites, mais aussi la pertinence de la recherche de cette contamination.

Pour les eaux souterraines exposées à la contamination, les questions se posent en ces termes :
  • Les protocoles de mesure permettent-ils d’évaluer précisément la contamination par l’atrazine et ses métabolites et son évolution : les LQ sont-elles suffisamment basses d’un point de vue patrimonial ? Les fréquences des prélèvements sont-elles adaptées à la grande variabilité des concentrations dans les nappes libres ou karstiques ? Tous les métabolites sont-ils recherchés ? Y a-t-il suffisamment de points de mesure dans les nappes phréatiques des régions agricoles ?
  • Quelles concentrations trouve-t-on actuellement dans les eaux souterraines ?
  • Est-ce que l’on constate des évolutions des teneurs en atrazine, en DEA et de l’état de dégradation de l’atrazine marquée par le quotient DEA/A ?

METHODE

Les données de 14 qualitomètres ont été téléchargées en juillet 2009 à partir du portail national ADES. Ces qualitomètres, choisis pour leur localisation dans des nappes libres ou semi-captives de grandes régions agricoles (9 points dans la nappe de Beauce et 5 dans les nappes phréatiques d’Aquitaine) mais aussi pour leur richesse relative en données sur les pesticides, sont situés sur les communes suivantes (fiches point d’eau ADES) :

Tous ces forages, exceptés ceux de Blanquefort, Mont-de-Marsan, Hontanx et Maylis en Aquitaine, sont utilisés pour la production d’eau potable et suivis en particulier dans le cadre du réseau SISE-EAUX dédié au contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine.

Calcul et affichage du pourcentage d’atrazine DEA/A sur les graphiques :
  • Si A n’est pas quantifiée et DEA non plus, le rapport n’est pas calculé
  • Si A n’est pas quantifiée et si DEA est q, le rapport réel est supérieur à la valeur indiquée DEA/LQ(A) (flèche vers le haut sur le graphe)
  • Si A est q et DEA aussi, la valeur présentée est la valeur exacte du rapport (à l’incertitude analytique prés bien entendu)
  • Si A est q et si DEA non q, le rapport réel est inférieur à la valeur indiquée LQ(DEA)/A (flèche vers le bas sur le graphe)
  • Si A est q et DEA non recherché, le rapport n’est pas calculé

Pour plus de détails sur les données et les méthodes, voir les articles : Voir ou télécharger les données sur les eaux souterraines (piézométrie et qualité de l'eau), Petit lexique pour comprendre les données sur l’eau et Comment Eau-Evolution évalue les contaminations chimiques et la toxicité.

RESULTATS

Pour certaines nappes de surface, les concentrations en atrazine peuvent présenter, comme dans le cas des cours d’eau, des évolutions cycliques saisonnières.

L’Atrazine est interdite depuis 2003, et les rivières sont, de façon générale, de moins en moins contaminées. Il est cependant normal d’en retrouver dans les eaux souterraines contaminées plusieurs années après cette date et avec des teneurs encore en augmentation :
  • La dégradation de l’atrazine, sa désorption du sol et décomplexification de la matière organique et sa migration dans les eaux souterraines se font de façon progressive et parfois assez lentes selon les supports, les profondeurs et les conditions climatiques
  • L’atrazine et ses métabolites déjà présents dans les nappes ne se dégradent pas rapidement
  • Les taux de renouvellement de certaines nappes phréatiques peuvent être assez faibles, avec pour conséquence des temps de séjour importants pour les polluants
De la même façon que pour les eaux de surface, voir L’atrazine dans les eaux (1) : les cours d’eau, le quotient DEA/A peut donner quelques indications intéressantes sur l’origine de l’atrazine. Il est plutôt supérieur ou égal à 1 dans les eaux souterraines, la dégradation de l’atrazine y étant déjà normalement plus ou moins avancée suite à la traversée des sols. Mais pour certaines nappes phréatiques à taux de renouvellement élevé ou présentant des courts-circuits hydrauliques avec la surface (karsts, etc.), il peut être bien inférieur. Si ce quotient est faible après 2003 dans une telle nappe souterraine, on peut bien entendu suspecter une utilisation interdite d’atrazine à la surface de la zone d’alimentation de la nappe concernée, mais les interprétations sont beaucoup plus délicates qu’en surface car les processus de dégradation et de transfert de l’atrazine et du DEA sont très complexes et pas généralisables et les fréquences de mesures systématiquement insuffisantes (voir résultats ci-dessous).

L’idée est donc de suivre les évolutions de l’atrazine et du DEA en regroupant les points d’un même type de nappe au niveau des sols et des climats.
Plutôt que de faire des moyennes et agrégations de toutes sortes qui n’auraient aucun sens compte tenu de la variabilité des concentrations et des liaisons temporelles et géographiques entre les points de mesure, Eau-Evolution préfère présenter des exemples détaillés.

Les graphiques sont commentés à titre indicatif. Au lecteur de les analyser en fonction de ses propres interrogations Les critiques, commentaires et éléments d’interprétation complémentaires sont toujours les bienvenus sur ce site.

La recherche de l’atrazine et de ses métabolites

Ci-dessous quelques chiffres concernant cet échantillon de 14 qualitomètres relativement bien mesurés.

Les limites analytiques

Comme Eau-Evolution l’a déjà signalé dans de nombreux articles sur les micropolluants, il est impossible de faire des statistiques fiables sur les limites analytiques : on ne dispose des données de LQ que pour les analyses non quantifiées et les codes remarques pour ces analyses non quantifiées ne paraissent pas toujours correspondre au bon type de limite (LD ou LQ).
Les limites analytiques, toutes donc assimilées à des LQ, sont très variables, avec des valeurs parfois élevées, même à partir de 2005 :
  • Atrazine : de 0,01 µg/L à 0,08 µg/L, et à partir de 2005 : de 0,01 µg/L à 0,05 µg/L
  • DEA : de 0,01 µg/L à 0,05 µg/L, et à partir de 2005 : de 0,01 µg/L à 0,05 µg/L
  • DIA : de 0,01 µg/L à 0,1 µg/L, et à partir de 2005 : de 0,01 µg/L à 0,1 µg/L
  • DEDIA : 0,04 µg/L à 0,05 µg/L, et à partir de 2005 : 0,04 µg/L
  • HA : 0,05 µg/L
A partir de 1995 : sur l’ensemble des 166 mesures effectuées pour lesquelles on dispose de la valeur de la limite analytique (analyses non quantifiées), 110 (66%) ont une limite supérieure ou égale à 0,04 µg/L et 1 a une limite supérieure ou égale à 0,1 µg/L. Seules 52 mesures, soit 31%, sont inférieures ou égales à 0,02 µg/L (7 mesures seulement égales à 0,01 µg/L).

Si on se limite aux années récentes, soit à partir de 2005 : sur l’ensemble des 107 mesures effectuées pour lesquelles on dispose de la valeur de la limite analytique (analyses non quantifiées), 53 (50%) ont une limite supérieure ou égale à 0,04 µg/L et 1 à une limite supérieure ou égale à 0,1 µg/L. Seules 51 mesures, soit 48%, sont inférieures ou égales à 0,02 µg/L (7 mesures seulement égales à 0,01 µg/L).

Les progrès sont faibles et il n’est pas acceptable qu’à partir de 2005, seules 48% des mesures (analyses non quantifiées) de l’atrazine et de ses principaux métabolites aient une limite analytique de 0,02 µg/L. Cela signifie aussi que sur les 381 mesures effectuées à partir de 2005, on peut en mettre au moins 56, soit 15%, à la poubelle car réalisées avec des limites trop élevées et pas comparables !

On note aussi qu’après 2005, seules 6% des mesures (analyses non quantifiées) de l’atrazine et de ses principaux métabolites ont une limite analytique de 0,01 µg/L !

Ces résultats semblent plus mauvais que ceux des eaux de surface, car les données contiennent proportionnellement plus de LQ pour le DIA : c’est un des artefacts liés au fait que l’on ne dispose des données de LQ que pour les analyses non quantifiées.

L’importance des recherches

Eau-Evolution a eu des difficultés pour trouver des qualitomètres suffisamment renseignés. Le lecteur est d’ailleurs engagé à consulter les fiches points d’eau ADES (voir Voir ou télécharger les données sur les eaux souterraines (piézométrie et qualité de l'eau) d’un grand nombre de qualitomètres pour constater par lui-même qu’il n’y a que très peu de données disponibles et en quantité suffisante pour être exploitables, sur l’atrazine comme sur les autres pesticides et micropolluants en général.

Eau-Evolution a tenté d’exploiter les données concernant l’ensemble des métabolites de l’atrazine pour observer l’évolution de la proportion entre l’atrazine et l’ensemble de ses métabolites. Mais finalement, seul le quotient DEA/A a pu être exploité.
Le graphique suivant montre en effet qu’il n’y a que relativement très peu de recherche de métabolites autres que le DEA et le DIA. De plus, le DIA, lorsqu’il est recherché, est relativement très peu quantifié, les LQ n’étant pas assez basses par rapport aux teneurs réelles et souvent égales ou supérieures à 0,04 µg/L même après 2005 :


Pour ces qualitomètres répartis sur plusieurs régions agricoles, 93% des mesures d’atrazine et 94% des mesures de DEA sont quantifiées.

L’ordre de grandeur du nombre de mesures annuel pour ces 10 dernières années sur ces qualitomètres, choisis rappelons-le pour leur richesse en données sur les pesticides, toutes points confondus, est de 1 à 2 mesures par an pour Atrazine et DEA. Il n’est plus que de 0 à 1 par an pour DIA, et négligeable pour HA et DEDIA.

Au regard (graphiques ci-dessous) de l’importance des fluctuations temporelles des teneurs de ces substances dans ce type de nappes, il aurait fallu des fréquences de mesure d’au moins 1 tous les 2 mois, soit 6 mesures par an ! Pour l’atrazine, on ne trouve effectivement cette fréquence qu’en 2006 sur le qualitomètre de Hontanx.

On peut donc se demander si l’évaluation de la contamination des eaux par ces substances ne serait pas un peu "bidon" ? Comment peut-on prétendre estimer les niveaux réels des concentrations et leur évolution avec ce nombre tout à fait inadapté de mesures ? Les analyses coûtent cher ? Il semble qu’il y ait des pollueurs, donc des payeurs…

L’atrazine, le DEA et le rapport DEA/A en régions agricoles

Eau-Evolution présente, pour chacun des qualitomètres sélectionnés, un zoom avec une échelle adaptée (0-0,2 µg/L) aux concentrations de l’atrazine dans les eaux souterraines pour voir l’évolution de ce pesticide et du rapport DEA/A, ainsi que chacune des dates de mesure. Ce zoom est complété par une vue d’ensemble des évolutions du DEA.

Les flèches vers le bas (A quantifiée et DEA non quantifié, donc DEA/A réel inférieur à la valeur indiquée) sont précisées sur les graphiques à partir de 2004.
Pour ne pas compliquer la lecture, on ne précise pas les flèches vers le haut (A non quantifiée et DEA q, donc DEA/A réel supérieur à la valeur indiquée) qui n’apportent pas d’information intéressante puisqu’elles concernent les valeurs d’atrazine non quantifiées et des rapports DEA/A tous plus grands que 1.

Quelques points dans la nappe de Beauce

Les qualitomètres présentés ici se situent tous entre Châteaudun et Orgères-en-Beauce. On peut ainsi observer la variabilité des teneurs et des évolutions d’un point à l’autre.
Les communes concernées sont, du nord-est au sud-ouest : Villeau, Villars, Neuvy-en-Dunois, Sancheville, Pré-Saint-Evroult, Villiers-Saint-Orien, Nottonville, Varize et Lutz-en-Dunois.

Commune de Villeau




Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,11 µg/L, celle du DEA autour de 0,08 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait faible : DEA/A autour de 0,8.
Les concentrations paraissent très variables.

Commune de Villars




Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,08 µg/L, celle du DEA autour de 0,14 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait moyenne : DEA/A autour de 1,6.
Les concentrations paraissent très variables.

Commune de Neuvy-en-Dunois




Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,1 µg/L, celle du DEA autour de 0,11 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait moyenne : DEA/A autour de 1,1.

Commune de Sancheville




Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,12 µg/L, celle du DEA autour de 0,1 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait moyenne : DEA/A autour de 1.
Les concentrations paraissent très variables.

Commune de Pré-Saint-Evroult




Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,13 µg/L, celle du DEA autour de 0,13 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait moyenne : DEA/A autour de 1.
Les concentrations paraissent très variables.

Commune de Villiers-Saint-Orien




Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,15 µg/L, celle du DEA autour de 0,18 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait moyenne : DEA/A autour de 1,2.

Commune de Nottonville




Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,17 µg/L, celle du DEA autour de 0,3 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait moyenne : DEA/A autour de 1,7.
Les concentrations paraissent très variables.

Commune de Varize




Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,11 µg/L, celle du DEA autour de 0,2 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait élevée : DEA/A autour de 2.

Commune de Lutz-en-Dunois




Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,15 µg/L, celle du DEA autour de 0,3 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait élevée : DEA/A autour de 2,2.
Les concentrations paraissent très variables.

Bilan des contaminations et du niveau de dégradation de l’atrazine

Ci-dessous un schéma résumant la situation géographique des communes et les ordres de grandeur des teneurs en Atrazine et en DEA, ainsi que des quotients DEA/A :


On observe que la zone sud (Villiers-Saint-Orien, Nottonville, Varize et Lutz-en-Dunois) est plus contaminée, avec des teneurs en atrazine et en DEA plus élevées. L’atrazine y est aussi plus dégradée.
Le 3 avril 2007, la somme des teneurs en atrazine et en DEA (A + DEA) était de 0,65 µg/L à Lutz-en-Dunois et de 0,88 µg/L à Nottonville !

Quelques points dans les nappes phréatiques d’Aquitaine

Les points sont géographiquement très éloignés, répartis de la Gironde (Blanquefort) au bassin de l’Adour (Mont-de-Marsan, Hontanx et Maylis) et au bassin de la Garonne Pyrénéenne (Vieille-Saint-Girons). Les résultats ci-dessous montrent la grande variabilité des contaminations et des niveaux de dégradation de l’atrazine. La dégradation de l’atrazine parait dans l’ensemble plus avancée que pour la nappe de Beauce.

Sous la Gironde

Commune de Blanquefort :



Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,05 µg/L, celle du DEA autour de 0,04 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait parfois très faible : DEA/A autour de 0,5.
Les concentrations paraissent très variables.


Sous le Bassin de l’Adour

Commune de Mont-de-Marsan :



Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,07 µg/L, celle du DEA autour de 0,18 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait élevée : DEA/A autour de 2,4.


Commune de Hontanx :



Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,09 µg/L, celle du DEA autour de 0,22 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait élevée : DEA/A autour de 2,4.


Commune de Maylis :



Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,06 µg/L, celle du DEA autour de 0,14 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait élevée : DEA/A autour de 2,3.


Sous le Bassin de la Garonne Pyrénéenne

Commune de Vieille-Saint-Girons :



Les teneurs récentes en atrazine évoluent autour de 0,05 µg/L, celle du DEA autour de 0,05 µg/L.
La dégradation de l’atrazine parait moyenne : DEA/A autour de 1.
Les concentrations paraissent très variables.


CONCLUSION

Ces quelques exemples apportent des éléments de réponse aux questions posées dans l’introduction :
  • Les LQ sont-elles suffisamment basses d’un point de vue patrimonial ? Non, car seulement 6% des LQ (analyses non quantifiées) sont égales à 0,01 µg/L. Ces LQ ne devraient pourtant jamais dépasser, surtout à partir de 2005, ce seuil de 0,01 µg/L, d’ailleurs choisi dès 2003 comme référence pour les pesticides par le Système d'évaluation de la qualité des eaux souterraines publié en 2003 (0,001 µg/L même pour certaines substances) : "L'état patrimonial du SEQ Eaux souterraines fournit une échelle d'appréciation de l'atteinte des nappes par la pollution et permet de donner une indication sur le niveau de pression anthropique s'exerçant sur elles sans faire référence à un usage quelconque."
  • Les fréquences de mesure sont-elles adaptées à la variabilité, souvent grande, des concentrations dans l’eau des nappes phréatiques ? Non, on est très loin, sur l’ensemble des qualitomètres, des fréquences minimales qui permettraient d’évaluer les contaminations réelles et leurs évolutions.
  • Tous les métabolites sont-ils recherchés ? Non : le DIA est moins bien mesuré que l’atrazine et le DEA, et les autres métabolites sont très peu recherchés. Tous les métabolites de l’atrazine sont pourtant potentiellement toxiques et devraient être mesurés parce l’eau est une ressource patrimoniale et aussi pour juger de son aptitude à la production d’eau potable.
  • Les mesures ciblent-elles suffisamment les nappes phréatiques des régions agricoles ? Non, pour les pesticides, il n’y a que très peu de données sur les pesticides disponibles, avec un historique peu fourni et sur trop peu de points dans ces nappes phréatiques
  • Quelles concentrations trouve-t-on actuellement dans les eaux souterraines ? Les teneurs quantifiées à partir de 2007 varient entre 0,02 µg/L et 0,63 µg/L : 0,02 à 0,25 µg/L pour l’atrazine ; 0,03 à 0,63 µg/L pour le DEA ; 0,02 à 0,11 µg/L pour le DIA ; 0,04 à 0,14 µg/L pour le DEDIA. Elles révèlent donc la contamination avancée d’une ressource sensée être patrimoniale qui alimente les eaux de surface et qui constitue l’essentiel de notre ressource en eau potable. Et on peut penser qu’un échantillon plus vaste de points de mesure mettrait en évidence des concentrations récentes quantifiées supérieures.
  • Est-ce que l’on constate des évolutions des teneurs en atrazine, en DEA et de l’état de dégradation de l’atrazine marquée par le quotient DEA/A ? Pour la plupart des cas, l’insuffisance de la qualité de la recherche et de la durée des historiques ne permettent pas de constater une quelconque évolution : La fréquence des mesures est tout à fait insuffisante au regard des fluctuations temporelles des concentrations pour espérer dégager une tendance. De plus les points de mesures sont trop dispersés au regard des fluctuations géographiques des concentrations pour espérer dégager une vue d’ensemble des contaminations pour une même nappe.


Le reste de la conclusion est identique à celle exprimée dans L’atrazine dans les eaux (1) : les cours d’eau.


Note :
Pour Eau-Evolution, la catégorie des pesticides regroupe toutes les substances utilisées, ou ayant été utilisées autrefois, pour leur pouvoir biocide par les secteurs agricole mais aussi industriel et domestique. Le classement de certaines substances est difficile et souvent délicat. Une quinzaine de substances sur les 972 recensées ont d’ailleurs changé de catégorie avec mise à jour de l’index des substances depuis la rédaction de cet article (n-Butyl Phtalate, Butyl benzyl phtalate, Formaldehyde, etc.). Cela ne change en rien les résultats concernant les quantifications. Le lecteur est tout à fait libre de classer les substances dans la catégorie qui répond au mieux à ses interrogations. L’auteur rappelle que l’objectif premier de cette vitrine est de proposer des méthodes pour appréhender au mieux la réalité de la contamination chimique des milieux aquatiques. Les experts chimistes et toxicologues sont fortement invités à participer à l’amélioration de la pertinence de l’index des substances chimiques.


Création : 26 juillet 2009
Dernière actualisation :

Commentaires (fermés depuis mars 2014)

Cyrille WWF, le 2009-09-17 17:34:05

« L’Atrazine et le Déséthylatrazine : (1) les cours d’eau et (2) les eaux souterraines des régions agricoles ». Deux articles remarquables qui en disent long et qui sèment le doute quant à l’éventualité d’une utilisation frauduleuse encore actuellement de l’atrazine pourtant interdite depuis 2003. Si l’on fait le parallèle entre ces analyses conduites par une experte qui prend toutes les précautions d’usage pour ne pas dire que l’atrazine est encore utilisée, difficile d’en avoir la preuve formelle, et le rapport de l’IGE (Inspection Général de l’Environnement) du 18 janvier 2005 sur la question des pesticides (Bilans des plans d’action régionaux de lutte contre les pollutions de l’eau par les pesticides dans le cadre du plan national), le doute diminue. Pour ma part cette molécule est encore utilisée, alors que l’on sait qu’elle est fortement préjudiciable pour l’AEP. Que fait la police de l’Eau ?


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